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Le père Emmett Johns « Pops » est décédé

Le père Emmett Johns, fondateur de l'organisme Dans la rue, est décédé samedi à Montréal à l'âge de 89 ans.

« La mission de Dans la rue demeure profondément ancrée dans les valeurs de dévouement, empathie et respect, si chères à Pops », a écrit l'organisme en annonçant la triste nouvelle, dimanche après-midi, sur Facebook.

Nathalie Rochefort, ex-adjointe à la direction de l’organisme entre 1997 et 2001, a dit ressentir « un vide , mais un vide plein d'amour » depuis l'annonce du décès de l'homme qu'elle a côtoyé pendant quatre ans. Elle souhaite qu'on se souvienne de la capacité du père Emmett Johns à croire dans les autres et dans la foi inébranlable qu'il avait dans les jeunes.

De ces jeunes, Anthony Hachey et Alexis Charest, deux ex-itinérants, se rappellent de l'aide que « Pops » leur a apportée.

« C’est un monsieur qui était assez présent, il a aidé beaucoup de jeunes dans la région de Montréal. Je trouve ça dommage qu’un monsieur comme ça soit parti. Présentement, j’ai un toit sur la tête, j’ai des projets, et c’est à cause de M. Emmett », a ajouté Alexis Charest.

L'organisme a indiqué qu'il communiquerait plus tard les détails quant aux funérailles.

Des politiciens saluent « Pops »

Plusieurs personnalités politiques ont rendu hommage au père « Pops », dimanche.

Le premier ministre Philippe Couillard a offert ses « sincères condoléances à la famille et aux proches du père Emmett Johns », lui disant également : « Merci pour tout. »

« Mes pensées vont vers sa famille et ses proches, mais aussi tous ceux et celles qui ont connu son immense générosité, a indiqué Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien. Merci d'avoir aidé tant de gens dans le besoin. »

La ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon, a déclaré : « Triste nouvelle. Merci au Père Emmett Johns pour son dévouement et son engagement envers ceux et celles qui vivent dans la rue. »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s'est aussi exprimé sur le sujet : « le père Emmett Johns a consacré sa vie a offrir réconfort et dignité aux itinérants de Montréal. Il est, pour tout le Québec, un modèle de compassion et d'engagement. »

« Un homme exceptionnel qui a aidé des milliers de jeunes. Merci Pops », a quant à lui déclaré François Legault, chef de la Coalition avenir Québec.

Une vie de dévouement

Ce prêtre, qui était atteint de la maladie de Parkinson, a été l’un des visages importants de la lutte contre l’itinérance à Montréal. Il a sillonné pendant des années les rues du centre-ville, la nuit, dans une autocaravane pour venir en aide aux jeunes de la rue.

Né le 3 avril 1928 de parents irlandais, le père Emmett Johns a grandi dans la paroisse de Sainte-Agnès, sur Le Plateau-Mont-Royal.

Il a longtemps rêvé d’être missionnaire à l’étranger, mais ses supérieurs avaient décidé que la vie en paroisse lui convenait mieux.

À l'âge de 60 ans, alors que son église était souvent vide, il se sentait inutile et pensait sérieusement au suicide. Mais en entendant l’histoire d’un Torontois qui venait en aide aux sans-abri à bord de son autocaravane, il a repris goût à la vie et s'est dit qu’il savait exactement ce qu’il voulait faire.

En 1988, il a alors acheté un véhicule usagé, avec un prêt de 10 000 dollars, et a commencé à arpenter les rues du centre-ville la nuit jusqu’à 4 h du matin, quatre jours par semaine.

« J’étais parfois un peu effrayé de conduire la grosse roulotte dans le centre-ville la nuit », avouait-il.

Mais le père « Pops » et sa roulotte sont vite devenus des habitués de la vie nocturne de Montréal. Les jeunes y trouvaient un abri, un casse-croûte, un dépanneur et une oreille attentive.

« Beaucoup de leurs problèmes sont les mêmes que [ceux que] j'ai vécus, que je vis, j'ai encore la dépression, en plus de mon Parkinson et beaucoup des jeunes ont ce problème-là. Alors je peux sympathiser », expliquait-il à l’époque.

L'aventure ne s'est pas arrêtée là. Il a ensuite ouvert « Le bunker », le premier refuge à Montréal, qui accepte les mineurs avec leur animal de compagnie, un centre de jour et une école, pour que les jeunes intègrent le marché du travail.

Aujourd’hui, l’organisation Dans la rue compte plus de 65 employés et près de 135 bénévoles. Mais son évolution est toujours guidée par la philosophie du père Emmett Johns, qui a pris sa retraite en 2008.

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