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Le pétrole utilisé pour Énergie Est suscite l'inquiétude

L'utilisation du bitume dilué issu des sables bitumineux, un pétrole extrêmement difficile à nettoyer en cas de déversement, a été à nouveau remise en question dans le cadre des audiences sur le projet d'oléoduc Énergie Est, à Lévis. 

Un texte de Laurence NiosiTwitterCourriel et de Christine BureauTwitterCourriel

« Il est tellement plus visqueux que sa capacité d'adhésion est 1000 fois plus élevée que [celle du] pétrole conventionnel. Les taches restent en place », a soutenu, mardi, le professeur à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski Émilien Pelletier, à la septième journée des consultations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Le spécialiste en écotoxicologie a aussi souligné les difficultés supplémentaires posées par la présence de glace sur le fleuve Saint-Laurent, une affirmation plus tard contredite par SIMEC, une société de gestion appartenant à de grandes pétrolières canadiennes et accréditée comme organisme d'intervention par Transports Canada. 

Selon SIMEC, la glace maritime peut plutôt aider à ralentir l'étalement d'une nappe de pétrole. Elle a toutefois admis que, peu importe la saison, tout le pétrole déversé n'est pas nécessairement ramassé. L'opération de nettoyage cesse quand les agences gouvernementales « sont satisfaites ». 

Plans d'urgence et confusion 

Durant leur présentation, tous les intervenants - TransCanada, l'Office national de l'énergie (ONÉ), la Sécurité civile - ont mentionné l'importance d'une bonne collaboration pour être efficaces en cas de déversement, y compris avec les municipalités. Il y a toutefois eu confusion quand le commissaire Michel Germain a demandé lequel de tous ces postes de commandement aurait préséance.

Ayant consulté un avocat la veille, le représentant de la Sécurité publique, Steve Boivin, a répondu que Québec agirait comme leader à l'intérieur de ses compétences, et qu'il importait d'éclaircir la question de l'« arrimage » avant une éventuelle mise en service de l'oléoduc.

TransCanada a assuré de son côté qu'en cas d'urgence, toutes les données concernant le type de pétrole déversé seraient transmises aux intervenants. Autrement, ces données resteront « confidentielles », a précisé l'entreprise albertaine.

Durant la période de questions, une citoyenne a demandé à voir un tableau indiquant tous les types de pétrole transportés et leur pourcentage moyen de récupération. « Si on avait un tableau comme ça, ça pourrait nous démêler. »

Les commissaires ont également tenté de savoir quels moyens seraient utilisés en cas de catastrophe pour communiquer avec les citoyens. Des messages à la radio ont été évoqués ainsi que la distribution de brochures de façon préventive, mais sans plus de précisions.

Conduite à risque

L'exemple de Kalamazoo et de la Chaudière

En plus des mesures d'urgence, les audiences du BAPE se sont penchées mardi sur les impacts potentiels sur les milieux naturels sensibles, la flore et la faune. Plusieurs citoyens se sont montrés notamment préoccupés par les répercussions de la construction d'un pipeline sur les rivières, les milieux humides et les boisés.

L'exemple de la rivière Kalamazoo, située dans l'État américain du Michigan, été évoqué pour illustrer la difficulté à nettoyer le bitume dilué (ou dilbit) en eau douce. Plus de 3 millions de litres de ce pétrole, de la même nature que celui qui pourrait passer dans l'oléoduc Énergie Est, se sont déversés dans cette rivière, en 2010.

David Berryman, du ministère du Développement durable, a également évoqué l'exemple de la rivière Chaudière, contaminée à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic.

« On a ramassé plus de 5000 sacs de débris de sédiments souillés par le pétrole », a-t-il indiqué. En 2014, le ministère avait également, lors d'un échantillonnage de la rivière, remarqué des anomalies physiques, comme des tumeurs et des malformations, sur les nageoires des poissons.

Par ailleurs, en réponse à une citoyenne, TransCanada a affirmé qu'« il n'y a rien de prévu à l'heure actuelle » pour rembourser, payer ou fournir un système de détection des hydrocarbures à l'entrée des prises d'eau potable des municipalités.

« C'est la première fois que j'en entends parler », a admis le vice-président d'Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron.

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