L'indicateur de référence, celui qu'on utilise depuis des décennies, pour évoquer l'état de l'économie, c'est le PIB, le produit intérieur brut. Il mesure le revenu de la production intérieure d'un lieu donné - une région, une province, un État, un pays. C'est l'indice le plus utilisé, à défaut de mieux, puisque nous savons depuis longtemps qu'il est imparfait.

Un texte de Gérald Fillion

L’économiste Jean-Michel Cousineau, de l’Université de Montréal, nous en a donné une belle preuve mercredi soir à RDI économie en montrant qu’une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une croissance du revenu des ménages.

Le PIB mesure l’activité économique générée par le revenu moyen des habitants, nous a expliqué le professeur Cousineau. Le mot « moyen » est clé ici. En faisant une moyenne des revenus, on se trouve à inclure les plus forts revenus, ceux qui sont enregistrés par les plus riches de la société.

En comparant le PIB avec le revenu médian des ménages, on constate un écart important entre les deux données. Pourquoi ? Parce que le revenu médian des ménages, c’est celui qui se trouve à mi-hauteur de l’échelle des revenus. Sur 6 personnes, le revenu médian se trouve à être celui de la 3e personne.

Exemple. Louise a un revenu de 15 000 $ par année. Maxime est à 20 000 $, Nicolas est à 25 000 $. Il y a Sylvain qui touche 35 000 $, Elsa qui a un revenu de 40 000 $ et puis Yan se démarque avec un revenu de 125 000 $. Si on fait la moyenne de ces six personnes, on se retrouve avec un revenu moyen de 43 333 $ par personne. Si on prend la médiane, c'est-à-dire la troisième personne sur les six, on obtient un revenu médian de 25 000 $. C’est le gros revenu de Yan qui fait grimper la moyenne, mais il n’a pas d’effet sur le revenu médian. On pourrait dire que ce dernier revenu exprime une réalité plus près de celle des ménages de la classe moyenne.

Bref, tout ça pour vous dire que Jean-Michel Cousineau, à partir des données de Statistique Canada et de ses estimations, arrive à la conclusion que la croissance du revenu médian par habitant est plus faible que la croissance du PIB par habitant.

Dans le graphique, le revenu médian ajusté, qui tient compte des allocations et des impôts, a crû moins rapidement que le PIB par habitant entre 1981 et 2014 au Québec. Pire, le revenu médian a baissé jusqu’à la fin des années 90 alors que le PIB par habitant a progressé. Les lignes se sont suivies davantage par la suite.

Pourquoi ? « Parce que ce sont les gens à hauts revenus qui ont pu bénéficier de toute la richesse [créée] », nous a expliqué Jean-Michel Cousineau. C’est un « groupe relativement restreint » qui a touché les revenus supplémentaires reflétés dans le PIB. « Donc, il y a eu croissance, mais en exagérant un petit peu, pour quelques-uns et non pour la masse. »

Selon le professeur Cousineau, le PIB demeure une mesure économique utile, mais il faut aussi regarder la croissance du revenu médian des familles pour compléter l’information, pour jeter un regard plus juste.

Repenser le PIB

Cette réflexion s’insère dans le débat qui a cours depuis plusieurs année sur la pertinence de l’indicateur du PIB. On a parlé du rapport piloté par Joseph Stiglitz, qui a dirigé par la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social à la demande du président Sarkozy en France en 2008 et 2009. Le rapport concluait à la nécessité d’améliorer la mesure du bien-être économique en incluant des informations sur les inégalités et sur les effets de la production sur l’environnement.

Chez nous, l’économiste Jean-Pierre Aubry, un ancien de la Banque du Canada, m’écrivait récemment qu’il est « de plus en plus difficile de mesurer la croissance de la production nationale » parce que les services et le développement des technologies occupent une plus grande place dans l’économie.

« Il est possible, écrit Jean-Pierre Aubry, que le taux de croissance des PIB réel nationaux soit plus élevé et que le taux de croissance des prix soit plus faible » que les données officielles. « Dans les 15 dernières années, ajoute-il, la capacité de ce que nous pouvons faire à des coûts extrêmement bas s’est grandement accrue. Pensons à la vitesse et à l’ampleur des recherches d’informations sur Google, à la capacité de communiquer à très bas prix avec nos proches sur la planète sur FaceTime ou sur Skype et à la possibilité grandissante de faire des transactions commerciales à travers toute la planète en utilisant Internet. »

Il faut s’intéresser notamment à l’indice du Vivre mieux de l’OCDE, selon plusieurs économistes, un indice qui exprime beaucoup plus d’informations sur l’état de l’économie en prenant en compte notamment la qualité de vie, les niveaux de revenus, les coûts du logement, les conditions de travail, la santé, la sécurité, l’éducation, l’environnement, etc.

D’ailleurs, l’Institut du Québec nous apprenait avant les Fêtes que sur un total de 15 villes comparables en Amérique du Nord, Montréal était l’endroit où la qualité de vie est la meilleure, alors que la métropole se classe au 14e rang au chapitre de la croissance du PIB. Ce constat résume bien le graphique de Jean-Michel Cousineau, qui montre qu’il y a un écart important entre la croissance du PIB et celle du bien-être des familles. Il serait peut-être temps que les leaders politiques et économiques en tiennent compte.

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