Le 20 juin 2008, Jean Charest évoquait pour la première fois un « Plan Nord ». Trois ans plus tard, il présentait sa vision du développement du Nord québécois : 80 milliards d'investissements en 25 ans et la création ou le maintien de 20 000 emplois par an. Six ans après, voici un état des lieux.

Le Plan Nord aimé et décriéUn texte de Hugo Lavallée et Mathieu Potvin

Lorsqu’on met les pieds à Matagami, on n'a pas à chercher bien longtemps pour trouver quelqu'un qui a du bien à dire du Plan Nord.

Matagami, une ville du Nord-du-Québec qui compte près de 1500 habitants, n'a pas connu de boom spectaculaire à la suite de l'annonce du Plan Nord, contrairement à d'autres municipalités de la région. Il n'empêche que le plan a porté fruit.

Daniel Cliche parle avec passion du dernier projet de développement économique de la municipalité : la mise en place d'une cour de transbordement qui doit faciliter la manutention de marchandises et de matières premières. Située là où se termine la voie ferrée, mais aussi là où commence la route de la Baie-James, Matagami veut se positionner comme carrefour entre le nord et le sud. C'est ici que transiteront, espère-t-on, les marchandises arrivées du sud et destinées au nord, de même que les ressources extraites au nord et envoyées pour transformation au sud.

La mise en place du Plan Nord a aussi donné un élan au partenariat créé entre la Commission scolaire de la Baie-James et la mine de zinc de Glencore, également située à Matagami. Grâce à ce partenariat, les élèves inscrits dans le programme d'extraction du minerai apprennent le métier de mineur sous terre. La formation est devenue si populaire que les élèves viennent des quatre coins du Québec pour la suivre.

« Toutes les meilleures attentes que j'avais sont dépassées, et de loin. Je me sens vraiment à ma place », se réjouit Rilou Gauthier, originaire de Boucherville. Il faut dire que le taux de placement est encourageant : l'an dernier, 94 % des élèves inscrits dans le programme ont trouvé du travail après avoir obtenu leur diplôme.

Plus à l'est, à Chibougamau, on se réjouit aussi de la mise en place du Plan Nord.

« Ça nous a mis sur la carte. Ça a créé plusieurs activités qui, selon nous, sans le Plan Nord, n'auraient pas eu lieu », poursuit Mme Collin.

Plusieurs entreprises, établies dans la région, ont saisi l'occasion pour diversifier leurs activités. Plomberie Biron, active depuis 26 ans dans les secteurs résidentiel et commercial, a profité de l'implantation de la minière Stornoway pour investir un nouveau créneau. « On a pu prendre une grande expertise côté industriel et se faire connaître d'un milieu où on n'était pas connu », explique le PDG de l'entreprise, Patrick Biron.

Plus difficile sur la Côte-Nord

Autre région, autre constat. À Port-Cartier, sur la Côte-Nord, le moral est au plus bas. La multinationale FerroAtlantica devait y ouvrir « la plus importante usine au monde », dixit le premier ministre, mais l'entreprise a laissé tomber son projet.

M. Gignac reproche à Québec d'avoir trop tardé avant d'émettre les autorisations nécessaires à la réalisation du projet. « Lorsque quelqu'un veut investir dans ta région, occupe-t'en! », dit-il, impérieux.

De son côté, la directrice du Centre d'action bénévole de Port-Cartier, Laurencia Bond, constate que de nombreux chercheurs d'emploi se sont fait prendre au jeu des promesses d'emploi et de croissance économique.

« Il y a plusieurs personnes qui sont venues à Port-Cartier et qui rêvaient du bel emploi avec un bon salaire qui leur permettrait de vivre. Puis, finalement, malheureusement pour elles, ça ne se concrétisait pas. Et puis elles finissaient par atterrir en bout de ligne à venir demander du dépannage alimentaire de dernier recours », dit-elle.

Plus au nord, à Fermont, on traverse aussi une période difficile. Le prix du fer, unique ressource naturelle de la région, s’est mis à chuter en 2013. En 2014, la mine du lac Bloom a annoncé sa fermeture, ce qui a entraîné la mise à pied de 400 travailleurs. ArcelorMittal, le principal employeur de la ville, a aussi traversé une période difficile et a dû réorganiser ses activités. L'entreprise a réduit son effectif de près de 20 %.

« Ce qu'on a fait, c'est une remise à zéro de l'ensemble de l'organisation. On a revu l'ensemble de nos fonctions. [...] C'était essentiel. Parce que si on n’avait rien fait, on aurait passé une période très très très difficile », explique Pierre Lapointe, PDG exploitation minière chez ArcelorMittal Canada.

Les PME de la région ont aussi subi le contrecoup des promesses gouvernementales. Dans la foulée du Plan Nord, Alain Villeneuve, qui dirige l'entreprise de machinerie lourde Lesage Transport, avait investi pour agrandir ses locaux et acheter de nouveaux équipements. Après un boom aussi soudain qu'éphémère, Alain Villeneuve constate que les promesses de prospérité ne se sont pas matérialisées.

M. Lesage parle des équipements qu'il a achetés à fort prix il y a cinq ans et qui ont à peine servi. « Ça aurait dû travailler beaucoup plus que ça », regrette-t-il.

Tout n'est pas noir pour autant : la mine du lac Bloom, dont les actifs ont été rachetés par Champion Iron Limited, pourrait bientôt rouvrir ses portes. ArcelorMittal a pour sa part récemment annoncé des investissements de 500 millions dans la région.

L’influence du prix des métaux

Bref, les résultats du Plan Nord sont mitigés, et varient beaucoup d'une région à l'autre, principalement en fonction des métaux que chacune exploite.

M. Rodon doute de l'influence des politiques gouvernementales. « C'est quelque chose de très différent de ce qui s'est passé, par exemple, au moment du développement de la Baie-James. [...] Là, c'était l'État qui finançait des projets de développement hydroélectrique pour créer de la richesse au Québec. Dans le cas du Plan Nord, c'est le privé qui développe et c’est du développement minier à la base. [...] Ça va toujours dépendre du prix du minerai », résume-t-il.

Le directeur du développement économique de la Ville de Matagami, Daniel Cliche, estime toutefois que l’existence du Plan Nord peut influencer les grandes entreprises. « On le sait, l'industrie minière, ça se développe par des capitaux étrangers. [...] C'est des projets qui peut-être auraient vu le jour de toute façon, mais aujourd'hui, avec tout l'intérêt amené par le Plan Nord, ça amène une certaine attention sur ces projets-là. Peut-être une certaine facilité à les financer », pense-t-il.

Le Plan Nord n’a certes pas rempli toutes ses promesses. Si plusieurs ont été déçus, d’autres estiment qu’il a su donner un élan au développement du Nord. Un développement qui demeure toutefois à la merci des succès et des échecs de l’entreprise privée, mais surtout, des soubresauts de l’économie mondiale.

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