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Le plan pour désengorger les urgences du Québec critiqué

Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, est convaincu de trouver 350 places d'hébergement pour soulager les hôpitaux, un optimisme qui n'est pas partagé sur le terrain.

Un texte de Davide Gentile

La salle de loisirs de la Maison d'Émilie est bondée de résidents aux yeux rivés sur le téléviseur. Cette ressource intermédiaire du centre-sud de Montréal, qui compte une soixantaine de places, est remplie à pleine capacité. « Dès qu'une personne quitte, elle est remplacée par une autre qui est sur la liste d'attente », affirme le chef de service, Jordan Marion.

Impossible ici d'exaucer, ne serait-ce qu'en partie, le vœu du ministre Barrette qui souhaite ajouter 325 places « extrahospitalières » dans la région de Montréal. Des places qui coûteront plus de 23 millions de dollars au gouvernement qui veut qu'elles soient disponibles d'ici deux mois.

« Le 23 millions, on l'investit dans la région de Montréal parce qu'on constate qu'il y a des places disponibles, expliquait Gaétan Barrette, mardi. Il n'y en a pas une tonne. Mais il y a des places. »

« Deux mois, c'est court »

Cependant, l'Association des ressources intermédiaires d'hébergement du Québec ne partage pas son optimisme. « Nous, on n'a pas été informés de l'annonce du ministre. Pas du tout », dit le directeur de cette organisation, Luc Vallerand. Il se dit surpris de cette demande du gouvernement auprès des ressources intermédiaires, qui devront fournir une part importante des 350 places recherchées.

« L'annonce du ministre est une bonne nouvelle, dans le sens où il pense vraiment qu'on est une alternative », constate M. Vallerand. Mais il affirme qu'il sera difficile pour ce réseau de résidences de livrer la marchandise.

« Notre taux d'occupation est de plus de 99 %. Il faut nous donner du temps pour développer ces places », avertit Luc Vallerand. Un défi d'autant plus complexe que tout le secteur des soins de longue durée fait face à une pénurie de préposés aux bénéficiaires, qui constituent le gros de la main-d'œuvre.

Le son de cloche est légèrement différent du côté du Regroupement québécois des résidences pour aînés. « Mes résidences commencent à recevoir des demandes des établissements pour des places dans les résidences », relate Yves Desjardins, président de l'organisme qui regroupe des résidences pour les aînés dits « autonomes » ou « semi-autonomes ».

M. Desjardins pense que ses membres vont pouvoir répondre en partie aux demandes de Québec pour ce genre de résidence. Il estime cependant que l'échéancier est un peu serré. « Deux mois, c'est court. Avant de recevoir le résident, il faut connaître le niveau de soins requis et l'état de santé de la personne », explique-t-il.

Lui aussi souligne cependant le défi que comporte le recrutement de préposés aux bénéficiaires. Les salaires dans le privé sont en effet nettement moins élevés que ce qui est offert dans les établissements publics.

Des CHSLD privés non conventionnés pourraient aussi fournir certaines des places recherchées par le gouvernement.

Malgré les points d'interrogation apportés par les résidences privées, le ministre Barrette a bon espoir de trouver les 350 places d'ici deux mois. « Nous, on a regardé ce qui était offert et possible sur le marché », a-t-il dit en entrevue au Téléjournal Grand Montréal, après avoir visionné le reportage de Radio-Canada sur le sujet.

Pendant ce temps, le taux d'occupation des civières reste élevé dans les urgences de la région de Montréal. Jeudi, il était de 212 % au Centre hospitalier régional de Lanaudière, de 169 % à l'Hôpital régional de Saint-Jérôme et de 150 % à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, dans l'est de Montréal.

Le ministre reconnaît que la situation est difficile, entre autres en raison de la grippe, particulièrement virulente cette année. « Mais quand on regarde les urgences sur une année, jamais les chiffres n'ont été aussi bons qu'aujourd'hui », affirme-t-il.

Pour faire face au pic de la saison de la grippe, qui devrait se manifester en février, le ministère de la Santé ordonne aux hôpitaux de garder les mêmes effectifs, y compris pendant la relâche scolaire.

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