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Le PQ remplacerait le REM par une combinaison de tramways, de bus et de trains

S'il prend le pouvoir aux prochaines élections, le PQ compte remplacer le projet de Réseau express métropolitain (REM) par un vaste réseau de tramways et de bus rapides reliés aux lignes de métro et de trains pour s'attaquer aux problèmes de congestion en desservant l'ensemble de la grande région métropolitaine.

Avec ce plan baptisé « le Grand Déblocage », dont le coût est estimé à 7,4 milliards de dollars, le PQ met fin au REM de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), jugé coûteux étant donné sa portée limitée et sa capacité réelle de réduire la congestion dans les transports de la région de Montréal.

Le chef du Parti québécois compte inviter la Caisse à rejoindre son projet de Grand Déblocage. En cas de refus, Jean-François Lisée entend confier la gouvernance de son projet à l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et à des partenaires.

Si la Caisse refusait de verser les 3 milliards qu'elle consacre au REM dans le plan du PQ, M. Lisée estime qu'il pourrait dégager cette somme avec la réduction des paiements de la dette, un financement plus élevé d'Ottawa et le Fonds vert.

133 000 voitures de moins

« D’ici 2025, nous voulons réduire de 10 % la congestion routière dans la métropole et les régions voisines. Cela veut dire 133 000 automobiles de moins sur les routes, et plus de temps pour nos familles », a expliqué mardi Jean-François Lisée.

Tramways, bus rapides et trains de banlieue

Pour inverser ce « fléau », le Parti québécois mise sur un vaste plan qui combine :

  • La construction de cinq lignes de tramways de 175 stations qui couvriraient l’ensemble de l’île de Montréal en desservant entre autres le secteur de l'hippodrome, l'aéroport Montréal-Trudeau via Lachine, le Vieux-Montréal, l'est de Montréal jusqu'à la pointe de l'île et le boulevard Saint-Laurent. Une ligne de tramway est aussi projetée sur la Rive-Sud pour relier l'aéroport de Saint-Hubert, le cégep Édouard-Montpetit, le métro Longueuil, et poursuivrait jusqu’à Saint-Constant avec une branche qui traverserait à Montréal via le nouveau pont Champlain;
  • Des ajouts de gares et de départs aux six lignes de trains de banlieue qui desservent Montréal, Laval, la Rive-Nord et la Rive-Sud. Le PQ projette notamment de prolonger le train de l’est jusqu’à Joliette, la ligne Vaudreuil-Dorion jusqu’à Coteau-du-Lac, la ligne de Saint-Hilaire jusqu'à Saint-Hyacinthe et la ligne de Candiac jusqu'à Saint-Jean-sur-Richelieu. La capacité de la ligne Deux-Montagnes serait quant à elle augmentée par l'ajout de wagons à deux étages;
  • La création de neuf lignes d’autobus rapides à « haut niveau de service » entre Montréal et sa couronne (nord et sud). Au moins cinq de ces lignes de bus emprunteraient des voies réservées sur les autoroutes qui relient Montréal à ses banlieues.

La plus grande offensive anticongestion

Pour le PQ, le Grand Déblocage constituerait la « plus grande offensive anticongestion de notre histoire » et permettrait au Québec de faire un bond « sans précédent » dans le domaine de l’électrification des transports.

« Nous positionnons ainsi le Québec comme un chef de file dans la lutte contre les changements climatiques, en réduisant de 115 millions de litres la consommation de pétrole chaque année », a expliqué Marc Bourcier, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’électrification des transports.

Un rendement supérieur à celui du REM

Selon le Parti québécois, sa solution élargirait dans toutes les directions la portée et la capacité de l’actuel projet de REM en proposant un modèle de transport plus étendu et réalisable dans un délai maximal de sept ans, selon les péquistes.

Actuellement, le tracé du réseau de trains à grande fréquence proposé par la Caisse se concentre essentiellement sur le centre-ville de Montréal et l’ouest de l’île, avec une voie qui relie l’ouest de Laval à Deux-Montagnes. Sur la Rive-Sud, le tracé franchirait le fleuve Saint-Laurent dans le secteur de Brossard en empruntant le futur pont Champlain.

Le chef du Parti québécois dit ne pas être contre le REM, mais il croit que celui-ci ne permettra pas de régler les problèmes de congestion, a-t-il déclaré à l’émission En direct avec Patrice Roy, à ICI RDI.

« On recycle le tiers du REM. Les travaux qui commencent immédiatement, on les utilise pour notre propre projet. On fait mieux que le REM sur la Rive-Sud et on corrige les erreurs majeures du REM sur la Rive-Nord, sur Deux-Montagnes. On corrige les erreurs majeures du REM pour le train de l’Est qu’il va atrophier et pour le train de l’Ouest qu’il atrophie aussi.

« Nous, on veut au contraire améliorer le train de l'Ouest, aller jusqu’au Suroît. Là où le REM peut être utile, nous le prenons, là où il nuit, nous refaisons le travail. […] La Caisse a fait son travail de façon admirable, mais elle a répondu à une commande politique de M. Couillard de faire quelque chose de très précis et, en le faisant, elle nuit à la réduction de la congestion », a dit Jean-François Lisée.

Selon le PQ, le Grand Déblocage permettrait de générer 508 000 déplacements de plus que ne le ferait le projet REM, une réduction à terme de 133 000 véhicules aux heures de pointe et de 280 000 tonnes de gaz à effet de serre, soit huit fois plus que les réductions estimées pour le REM.

Il se fait tard pour annuler le REM, critique le gouvernement Couillard

« Je trouve ça très particulier, à quelques semaines du début de la construction du REM », a d’abord dit le ministre des Transports, André Fortin.

Le ministre a rappelé que, pas plus tard que la semaine dernière, le PQ a demandé au gouvernement d’aller chercher 40 millions de plus à Ottawa pour financer le projet.

« Le PQ nous dit aujourd’hui qu’il est prêt à laisser sur la table 1,3 milliard du gouvernement fédéral et 3 milliards de la Caisse de dépôt pour le développement du transport en commun dans le Grand Montréal », a ajouté M. Fortin.

De toute évidence, la construction du projet va aller de l’avant au cours des prochaines semaines, a insisté le ministre Fortin.

Le ministre ajoute qu’il y aurait « très certainement » des coûts associés au retrait de Québec dans le dossier du REM. Pour lui, la proposition du PQ est « complètement irresponsable ».

Quant au fond de la proposition, soit le fait que le tracé du REM exclut l’est de l’île de Montréal, Laval et ainsi que l’est des couronnes nord et sud, le ministre des Transports reconnaît que le projet est une solution qui ne règle pas tous les problèmes de la desserte de transport en commun dans le Grand Montréal.

« On se doit de trouver des solutions pour l’ensemble du Grand Montréal, c’est pour ça qu’on continue à travailler entre autres sur le projet de la ligne bleue et sur celui du SRB Pie-IX », a-t-il déclaré.

L’entrée en service du REM est prévue en 2021.

Le REM, un « bon projet » selon Équiterre

L'écologiste et cofondateur d'Équiterre Steven Guilbaut voit le REM d'un bon oeil, mais ajoute qu'il n'est pas une fin en soi.

« On dit souvent un tien vaut mieux que deux tu l’auras, la construction du REM va commencer très bientôt. Ce projet-là va se réaliser dans des délais très courts. Le REM est un bon projet, un projet qui a beaucoup été bonifié depuis son annonce il y a deux ans. Je pense qu’on doit le faire, mais le REM n’est pas l’absolu en termes de transport collectif dans la région de Montréal », a-t-il dit en point de presse.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain partage l'avis de l'environnementaliste concernant l'« esprit de collaboration » et l'« ouverture » de la Caisse de dépôt et placement dans le projet du REM.

« Celle-ci a été proactive et a apporté plusieurs ajustements au projet afin qu’il corresponde aux priorités des collectivités. Tout a été mis en œuvre pour que le coût global du projet soit le plus bas possible, que son rendement soit stable et à long terme et que sa mise en service se fasse dès l’été 2021. [...] Enfin, le REM est un projet qui fait l’unanimité auprès des trois paliers de gouvernement. Tout doit être mis en œuvre pour garder le rythme et maintenir les échéanciers de réalisation proposés par CDPQ Infra », a déclaré le président et chef de la direction de la Chambre, Michel Leblanc.

La Caisse défend son projet

La Caisse de dépôt et placement évalue à environ 1 milliard de dollars le coût d'un hypothétique arrêt du projet cet automne ou d'ici la fin de l'année.

En réaction aux critiques du PQ, la CDPQ a défendu le REM comme « une solution de transport collectif fiable ».

En plus de « créer 34 000 emplois », l’investissement de 6,3 milliards de dollars permettra d’accroître le nombre de passages en transport collectif de 40 %, soit « plus de 12 millions de passages par année », a dit la Caisse.

Selon la CDPQ, le projet diminuera de 115 millions le nombre de kilomètres parcourus en véhicule sur les routes du Grand Montréal chaque année et permettra de soulager des réseaux saturés, comme la ligne de train Deux-Montagnes, le corridor de bus A10 et le terminus centre-ville.

La Caisse a également ajouté que le REM permettra de se rendre à l’aéroport en moins de 20 minutes depuis le centre-ville de Montréal.

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