Disant redouter que l'on attente à sa vie, le premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé samedi sa démission, un an après sa nomination.

Lors d’une allocution à partir de l'Arabie saoudite, il a par ailleurs a accusé le Hezbollah et l'Iran de « mainmise » sur le Liban, tout en ajoutant que le Liban se « dresserait comme il l'a fait dans le passé » et « couperait les mains qui se sont malicieusement ingérées dans le pays ».

Saad Hariri a également critiqué le Hezbollah, qui fait partie de son gouvernement et avec lequel il est en conflit depuis des années, pour avoir envoyé des milliers de soldats en Syrie afin d'appuyer le régime de Bachar Al-Assad. Cette intervention a mis le Liban « dans l’œil de la tempête », a-t-il dénoncé.

Il a reproché au gouvernement iranien de semer le chaos, les dissensions et la destruction dans la région et il l'a prévenu que cette attitude se retournerait contre lui. Il a accusé Téhéran d'avoir « créé un État dans l'État » et de vouloir « avoir le dernier mot dans les affaires du Liban. »

Le dirigeant sunnite était en fonction depuis janvier dernier et sa démission a pris la classe politique par surprise.

Son arrivée au pouvoir s'est produite après la conclusion d'un accord qui a également permis à l'ancien général Michel Aoun, allié du mouvement chiite libanais Hezbollah, de prendre la présidence du pays.

Le système de partage du pouvoir au Liban entre communautés prévoit que le poste de chef de l'État revient à un chrétien maronite, actuellement Michel Aoun, celui de premier ministre à un sunnite et celui de président du Parlement à un chiite.

Sa démission risque d’accentuer les divisions qui règnent au sein du pays, entre ceux qui sont fidèles à l’Arabie saoudite (comme l’est Saad Hariri) et ceux qui sont fidèles à l’Iran (et au Hezbollah).

« Lorsque je suis entré en poste, j’avais promis que je chercherais à unir les Libanais, à mettre fin à la division et à établir un principe d’autosuffisance, mais je n’ai pas réussi. Malgré mes efforts, l’Iran continue d’abuser du Liban », a déclaré Saad Hariri.

Peur d’être assassiné

Le bureau de presse du président Michel Aoun dit attendre le retour de M. Hariri au pays afin de mieux comprendre les circonstances entourant sa démission.

Selon M. Hariri, sa vie serait en danger.

« Nous vivons dans un climat semblable à l'atmosphère qui prévalait avant l'assassinat du martyr Rafik al-Hariri », a-t-il déclaré dans son allocution télévisée.

Son père, Rafik Hariri, ex-premier ministre libanais et opposant à la Syrie, a été assassiné lors d'un attentat à Beyrouth en février 2005. Saad Hariri accuse le régime syrien d'avoir planifié le meurtre de son père.

Plusieurs membres du Hezbollah ont été traduits en justice par contumace pour ce meurtre devant le Tribunal spécial pour le Liban à La Haye, aux Pays-Bas. Le Hezbollah nie être l’auteur de l’attentat meurtrier.

Une démission critiquée

Le conseiller du chef de la diplomatie iranienne, Hossein Sheikholeslam, a déclaré que la démission de M. Hariri était imprudente et qu'elle « n’est pas de bon augure pour le Liban. » Selon lui, l’Arabie saoudite a encouragé M. Hariri à démissionner, dans le but d’attiser les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Le chef de la communauté druze au Liban, Walid Joumblatt, a déclaré que le Liban était « trop faible » pour se dresser contre l'Iran et que la décision de M. Hariri aurait un « impact négatif considérable » sur la relation entre les deux pays.

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