Après une semaine de rumeurs persistantes, le décès du président de l'Ouzbékistan a été confirmé vendredi par la télévision d'État. Islam Karimov a été emporté par une hémorragie cérébrale survenue le week-end dernier.

Depuis dimanche, des médias russes affirmaient qu'il était mort. Les autorités ouzbèkes avaient pour leur part seulement confirmé par communiqué qu'il avait été victime d'une hémorragie cérébrale et qu'il était depuis en réanimation.

Le président devait participer aux célébrations entourant le 25e anniversaire de l'indépendance de l'Ouzbékistan de l'Union soviétique.

Âgé de 78 ans, le président ouzbek trônait depuis 25 années au sommet des palmarès des despotes les plus violents de la planète.

« C'est un pays absolument hallucinant en termes de pratique de torture et un niveau d'horreur en plus qui touche l'ensemble des familles. Ça me fait froid dans le dos seulement de vous en parler », raconte la directrice d'Amnistie internationale pour le Canada francophone, Béatrice Vaugrante.

Après sa nomination à titre de président en 1990, un référendum, en 1995, avait prolongé le mandat de M. Karimov jusqu'en 2000. Cette année-là, il avait remporté des élections sans opposition. Un autre référendum, en 2002, avait de nouveau prolongé son mandat présidentiel jusqu'en janvier 2007. Mais Islam Karimov n'a jamais renoncé au pouvoir.

Il a par la suite remporté deux autres mandats, en 2007, puis en 2015. L'opposition a déclaré que ces élections avaient toutes été truquées.

Le porte-parole de Human Rights Watch pour l'Asie centrale, Steve Swerdlow, raconte qu'après avoir éliminé tous ses opposants, Karimov avait transformé son pays en un État policier moderne, allant jusqu'à faire bouillir vivant ses opposants. M. Karimov utilisait la menace d'une rébellion islamique pour justifier l'absence de droits civiques.

En 2005, les forces de l'ordre ont mitraillé en pleine rue des centaines d'Ouzbeks lors d'une manifestation à Andijan, dans l'est du pays. La région de Kara-Suu était l'un des foyers de l'opposition au régime du président Karimov. Il avait alors accusé le groupe Hizbi Tahrir, un parti islamiste interdit en Ouzbékistan, d'avoir incité les violentes manifestations.

Le pays compterait 10 000 prisonniers politiques et les citoyens travaillent régulièrement dans les champs pour la récolte du coton, au bénéfice de l'État.

Le président russe, Vladimir Poutine, a estimé vendredi que la mort d'Islam Karimov était une « perte immense ». Il a décrit le dirigeant ouzbek comme « un homme d'État de la plus grande autorité et un vrai leader ».

Qui prendra le pouvoir?

Il n'y a toutefois pas de successeur défini pour ce dictateur. Certains croyaient que sa fille aînée, Gulnara, pourrait un jour prendre le pouvoir. Toutefois, Mme Karimova, accusée de fraude et blanchiment d'argent, a été assignée à domicile en 2014. Sa plus jeune fille, Karimova-Tillyaeva, ambassadrice ouzbèke pour l'UNESCO à Paris, n'a jamais démontré un intérêt à diriger le pays.

Officiellement, le Sénat ouzbek gérerait le pays pendant trois mois, le temps d'organiser des élections.

Par ailleurs, les organismes des défenses des droits de la personne déplorent le silence de l'Occident entourant ce régime dictatorial pendant de nombreuses années, puisqu'Islam Karimov permettait l'utilisation de son pays comme base pour des opérations militaires en Afghanistan. Les États-Unis disposaient notamment d'une base aérienne en Ouzbékistan de 1991, jusqu'après le massacre d'Andijan, en 2005.

D'après un reportage de René St-Louis

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