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Le problème du fentanyl s'accentue aussi au Québec

En cette Journée internationale de sensibilisation aux surdoses, de nouvelles données révèlent qu'au Québec, une mort sur cinq par intoxication aux opioïdes est maintenant attribuée au fentanyl, cet analgésique narcotique de synthèse qui fait des ravages un peu partout au Canada.

De négligeable au début des années 2000, le pourcentage d’intoxications mortelles aux opioïdes causées par le fentanyl dans la province est en effet passé à 19,3 % en 2016, selon l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Et l'analyse des données pour 2016 n'est pas encore terminée.

De 2000 à 2016, au Québec, 2559 décès ont été attribués à une intoxication aux opioïdes, ce qui comprend le fentanyl. Les données de l'INSPQ montrent une hausse plus marquée de ce nombre annuel de morts au cours des dernières années.

En outre, sur l'ensemble des décès attribuables à une intoxication par opioïdes, le pourcentage de ceux qui étaient « non intentionnels », donc accidentels, est passé de 43,5 %, au début des années 2000, à 67,1 %, selon les données disponibles de 2016 au Québec.

Selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), près de 2500 personnes sont mortes en raison d'une surdose aux opioïdes au Canada, toujours en 2016. Pas moins de 13 Canadiens sont hospitalisés chaque jour en raison d'une telle intoxication.

Des toxicomanes, mais aussi des patients

Les données de l'INSPQ révèlent aussi que les 20 à 34 ans comptent pour environ 20 % des morts par intoxication aux opioïdes en moyenne, depuis 2010, alors que les 50 ans et plus comptent pour environ 45 % de ces décès.

La docteure et chercheuse au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) Suzanne Brissette souligne que dans plusieurs cas, chez les personnes de 50 ans et plus, les opioïdes étaient utilisés comme un traitement médical. « Mais comme ce sont des médicaments qui peuvent être dangereux dans certaines circonstances, ils peuvent décéder accidentellement, même en prenant ça de façon prescrite. Peut-être qu'il y a des mesures de sécurité qui pourraient être appliquées pour prévenir les surdoses dans cette population-là », dit-elle.

Des experts canadiens en santé publique estiment que la dépendance aux opioïdes découle en grande partie du nombre excessif de prescriptions d'antidouleurs au pays.

Le psychiatre et chercheur au CHUM, Didier Jutras-Aswad, dit que cette journée de sensibilisation aux surdoses doit être l'occasion de rappeler à la population la nécessité de trouver des solutions à long terme pour prévenir les décès, autant de patients que de toxicomanes. « Il faut avoir une approche qui est très globale, qui va de la prévention, du contrôle de la prescription des médicaments contre la douleur, à faciliter notamment l'accès aux traitements pour la toxicomanie, aux gens justement qui vont consommer des opioïdes », dit-il.

L'Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD) estime qu’« un grand nombre de ces morts seraient évitables avec des mesures adéquates ». Cet organisme, comme plusieurs autres à travers le pays, milite pour accroître l’accessibilité à la naloxone, cet antidote d'urgence utilisé pour traiter une personne victime d'une surdose d'opioïdes. Ils souhaitent également que des journées de sensibilisation comme celle de jeudi incitent les gouvernements provinciaux et fédéral à agir promptement afin de réduire le nombre de surdoses au pays.

« Bien que le Québec soit moins affecté par la crise des opioïdes que certaines autres provinces, nous n’en sommes pas moins exposés au risque d’être nous aussi confrontés à ce fléau », a dit Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, dans un communiqué de presse.

Le taux de consommation au Canada, parmi les plus élevés

Des rassemblements avaient lieu jeudi à Montréal, à Vancouver, à Victoria et à Ottawa, entre autres, pour se souvenir des milliers de Canadiens qui sont morts d’une surdose aux opioïdes.

Le Canada affiche l'un des taux de consommation d'opioïdes par habitant parmi les plus élevés au monde, selon l'ICIS. Le taux national s’établit à 8,8 morts pour 100 000 habitants.

En Colombie-Britannique, on a dénombré 525 morts attribuées à une surdose de fentanyl de janvier à mai 2017, soit plus du double que l’année dernière pour la même période. Cette province a d’ailleurs déclaré un état d’urgence sanitaire, dans l’espoir de freiner cette épidémie.

L’Alberta a pour sa part observé une augmentation de 54 % des morts liées à la prise de fentanyl pour la période de janvier à juin 2017 par rapport à la même période en 2016. En fait, on a déjà déclaré 241 décès dans les six premiers mois de 2017, alors qu'on en a compté 343 pour toute l'année dernière dans cette province.

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne a annoncé plus tôt cette semaine qu'elle n'entendait pas déclarer l'état d'urgence en Ontario, même si deux personnes meurent chaque jour d’une surdose liée aux opioïdes. Elle a plutôt promis d’investir 222 millions de dollars sur trois ans pour endiguer la crise.

Mais le problème est tout aussi alarmant du côté américain : on a observé une augmentation de 51 % du nombre de décès liés aux opioïdes aux États-Unis, de 2012 à 2015.

L’alcool, un facteur dans les surdoses

Selon une nouvelle étude publiée jeudi par l'Institut de recherche en services de santé de l’hôpital St. Michael’s et du Ontario Drug Policy Research Network, le nombre d'Ontariens morts d'une surdose d'opioïdes qui avaient consommé de l'alcool est passé de 48 à 137, de 1993 à 2013.

« Il faut absolument éviter de combiner alcool et opioïdes », dit Tara Gomes, de l'Institut de recherche en services de santé, qui a contribué à cette étude. « Les opioïdes et l'alcool peuvent agir comme sédatifs, ce qui peut ralentir la respiration », précise-t-elle.

Mme Gomes ajoute que plusieurs consommateurs de drogue sous-estiment les effets de la combinaison d'alcool et d'opioïdes.

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