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Le projet de revenu minimum garanti suscite l'espoir à Hamilton

Heureusement qu'il y avait des piles de chaises supplémentaires disponibles dans un coin de la salle multifonctionnelle de la bibliothèque publique de Hamilton. Une par une, les places libres ont rapidement disparu. Plus d'une centaine de résidents sont venus participer lundi soir à la première rencontre d'information publique sur le projet pilote de revenu minimum garanti en Ontario.

Un texte de Philippe Leblanc

L'initiative soulève curiosité et espoir dans la ville canadienne de l'acier, où 80 000 personnes vivent sous le seuil de la pauvreté. Avec les villes de Thunder Bay et Lindsay, Hamilton a été choisie comme théâtre du projet d'une durée de trois ans qui coûtera 50 millions de dollars au gouvernement Wynne. La question qui est sur toutes les lèvres à cette assemblée d'information : comment les participants seront-ils choisis?

« Ça sera essentiellement une loterie sociale, affirme Tom Cooper, le directeur du Réseau de lutte contre la pauvreté de Hamilton. J'aurais préféré que ça ne soit pas ainsi qu'on développe nos programmes sociaux en Ontario, mais c'est un premier pas important. »

Pendant trois ans, les 4000 participants dans les trois communautés choisies recevront des prestations qui représentent environ le double des montants de l'aide sociale. Pour une personne vivant seule, la somme sera de 16 989 $ par année, environ 1400 $ par mois.

« Je me trouverais mon propre appartement, affirme Wendy, c'est ce que je ferais en premier si j'étais choisie pour participer à ce programme. Et puis je pourrais manger mieux et espérer régler mes problèmes de santé. »

Wendy est sans emploi et sans logis. Elle habite chez un ami depuis déjà plusieurs mois. Pire que tout, dit-elle, vivre de l'aide sociale a miné son estime de soi. Elle sent le regard et le jugement des autres partout où elle va.

Un projet pilote qui a déjà fait ses preuves

La professeure du département d'économie de l'Université du Manitoba, Evelyn Forget, s'est déplacée à Hamilton pour la séance d'information de lundi soir. Elle a analysé les résultats d'un projet pilote similaire mené de 1974 à 1979 par le gouvernement fédéral dans la municipalité de Dauphin, au Manitoba.

« On a vu des impacts importants sur la qualité de vie, affirme-t-elle. Les taux d'hospitalisation avaient diminué de 8,5 % et les problèmes de santé mentale aussi étaient en chute. »

Elle ajoute que le revenu minimum garanti avait aussi des répercussions sur les autres programmes sociaux gouvernementaux.

« Nous investissons beaucoup pour traiter les conséquences de la pauvreté, soutient-elle. On peut penser qu'un projet de ce type pourrait réduire la demande pour de l'éducation spécialisée et entraînerait aussi une diminution de la criminalité juvénile. »

Selon l'expérience de Dauphin, les participants n'arrêtaient pas de travailler pour profiter du revenu minimum garanti et les jeunes hommes en profitaient pour poursuivre leurs études dans le but d'obtenir de meilleurs emplois.

Des intervenants communautaires sceptiques

Le Réseau de lutte contre la pauvreté de Hamilton a organisé la séance d'information de lundi soir, mais même l'organisme n'a pas encore toutes les réponses à ses questions.

« De nombreux intervenants communautaires sont sceptiques, soutient Tom Cooper. Ils voient cette initiative comme une distraction gouvernementale et ils craignent que le projet serve d'excuse au gouvernement pour ne pas investir davantage dans d'autres programmes sociaux comme le logement abordable. »

Une partie de leurs craintes ont été levées mardi lorsque le gouvernement Wynne a annoncé sa réforme majeure des normes du travail qui prévoit, entre autres, de hausser le salaire minimum à 15 $ l'heure en plus d'accorder des congés d'urgence personnelle à tous les travailleurs.

L'autre problème qui inquiète les travailleurs communautaires est de savoir ce qui va advenir des participants après les trois années du projet pilote.

« Vont-ils retourner vivre de l'aide sociale après avoir touché le double de ce montant pendant trois ans? se demande Tom Cooper. Ça sera un immense défi si l'initiative ne devient pas permanente. »

Le gouvernement ontarien espère que le projet pilote commencera officiellement au plus tard cet automne.

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