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Le Québec en manque d'appellations réservées?

Le Québec doit suivre l'exemple de la France et donner un véritable élan aux appellations dans le domaine agroalimentaire s'il souhaite dynamiser les régions, selon un chercheur québécois qui s'est penché sur la valeur et les retombées des appellations des produits du terroir.

Un texte de France Beaudoin, de La semaine verte

Dans le petit village d’Espelette, au Pays basque, des milliers de touristes défilent sur la place publique les jours de marché, attirés par un produit connu partout dans le monde : le piment d’Espelette.

Un bel exemple, selon le chercheur de l’ENAP Yves Boisvert, de la valeur d’un produit qui bénéficie d’une appellation. Le piment d’Espelette est un véritable fleuron de la gastronomie française.

Un levier économique

La productrice Martine Damois s’est lancée dans l’aventure en 2002, l’année où le piment d’Espelette a obtenu l’appellation d’origine protégée (AOP). La filière comptait alors une trentaine de producteurs.

Stimulée par l’appellation, la demande pour le piment a grimpé en flèche. De nouveaux producteurs se sont initiés à cette culture, si bien qu’ils sont aujourd’hui 200. Un cas d’exception dans une agriculture française en crise.

Coauteur de l'étude sur les appellations, Camille Chamard croit que la force du nombre est au cœur de cette histoire à succès.

« On a l’habitude de dire : "Tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin". Et les producteurs se placent vraiment dans cette logique collective », affirme M. Chamard, qui est directeur de l’école universitaire de management Pau-Bayonne.

La majorité des producteurs réunis dans le projet d’appellation ont choisi d’aller au-delà de la simple production de piments. Ils transforment également le piment en poudre et en font la commercialisation. Et les habitants de la région sont devenus des ambassadeurs de cette épice.

La certification, au départ agricole, a servi de porte d’entrée vers d’autres activités, touristiques notamment.

Les appellations au Québec

Inspiré par le dynamisme du Pays basque, Yves Boisvert voit tout le potentiel inexploité du Québec en matière d’appellations.

Ils ne font toutefois pas partie de la courte liste des produits d’appellations du Québec. Le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, le CARTV, créé en 2006 pour certifier les produits agroalimentaires québécois, n’a à ce jour reconnu que six appellations :

  • l’agneau de Charlevoix;
  • le maïs sucré de Neuville;
  • le fromage de vache de race canadienne;
  • l’appellation bio;
  • le vin de glace;
  • le cidre de glace.

Le cidre de glace IGP

Le cidre de glace du Québec détient depuis trois ans la reconnaissance Indication géographique protégée (IGP). Une poignée de producteurs, dont Michel Jodoin, propriétaire de la cidrerie du même nom à Rougemont, ont voulu protéger ce produit fait de pommes naturellement congelées. L’Ontario, les États-Unis et la France, notamment, semblaient alors s'intéresser à la production du cidre de glace.

Mais, à ses débuts, le gouvernement a peu investi dans la promotion du cidre de glace IGP, au grand dam des producteurs.

Une crise récente au CARTV a d’ailleurs mis en relief le peu de rayonnement dont bénéficient les produits québécois sous appellation. En février dernier, la directrice générale de l’organisme a démissionné, reprochant au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) son manque de collaboration et de soutien financier.

Mais le vent a tourné récemment. Et l’appui du gouvernement provincial semble vouloir se concrétiser, tant sur le plan technique que financier. Michel Jodoin espère que cela convaincra la cinquantaine de producteurs de cidre de glace québécois d’adhérer à l’appellation.

Le fromage de vache de race canadienne

Début 2016, un autre produit québécois entre dans le club sélect des produits d’appellation : le fromage de vache canadienne. Une vache patrimoniale rare et menacée. Il en reste à peine 1000, dont moins de 200 pur-sang.

Les troupeaux sont répartis dans trois régions : Charlevoix, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et les Îles-de-la-Madeleine.

Les producteurs misent sur l’appellation pour freiner la quasi-disparition de ce joyau du patrimoine agricole. Si on veut la sauvegarder, il faut lui donner une vocation économique, affirme Mario Duchesne, coordonnateur du projet d’appellation.

Le lait des vaches canadiennes a des propriétés fromagères intéressantes. La Laiterie Charlevoix de Baie-Saint-Paul l’utilise pour la fabrication de deux fromages d’appellation : L’Origine et le 1608. Un troisième fromage est aussi en phase de développement, mais la disponibilité du lait limite la production.

À la ferme Pointe-Basse aux Îles-de-la-Madeleine, le producteur Dominique Arseneau estime qu’il faut élargir le cheptel et améliorer la race.

Développer une génétique diversifiée avec seulement quelques producteurs de vaches canadiennes est un immense défi. Le choix des semences de taureaux disponibles pour l’insémination artificielle est très limité et les frais du développement génétique de la race sont élevés. Pourtant, cette appellation en apparence modeste peut faire une énorme différence.

Les appellations ne règlent pas tout, mais elles servent de rempart contre une menace de plus en plus grande et tout aussi réelle au Québec qu’en France : la mondialisation de l’agriculture.

« Pour le Québec, c’est essentiel de mettre une certaine protection sur des savoir-faire qui sont maîtrisés, sur des produits qui sont maîtrisés et sur réellement une plus-value qui doit revenir résolument au Québec et non pas à d’autres régions du monde », conclut Camille Chamard.

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