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Le Québec ferme la porte à près de 200 médecins français

Malgré l'entente France-Québec signée en 2008 pour faciliter l'intégration des médecins des deux côtés de l'Atlantique, 194 des 348 médecins français qui ont demandé un permis dans la province ne l'ont pas eu.

Un texte de Sophie Langlois

Il y a un mois, Radio-Canada révélait que les facultés de médecine du Québec refusent des médecins étrangers compétents, dont les diplômes sont reconnus, même s'il y a des besoins et des places vacantes en résidence. Nous apprenons maintenant que les médecins français ont aussi beaucoup de difficultés à pratiquer au Québec, malgré l'entente France-Québec signée en 2008, qui devait faciliter l'intégration des médecins des deux côtés de l'Atlantique.

L'entente permet aux médecins québécois d'obtenir un permis et de travailler en France en moins de deux mois. Pour les médecins français, les démarches au Québec prennent souvent plus de deux ans, et elles n'aboutissent pas toujours.

« En fait, vous nous prenez encore pour ces "maudits Français" », dit en boutade le secrétaire général adjoint de l'Ordre national des médecins français, le docteur Jackie Ahr. Qui ne rit plus quand il affirme que la confiance réciproque prévue à l'entente n'est pas respectée. Les compétences des médecins français sont mises en doute.

22 ans d'expérience, il attend toujours

Le docteur Gilles Carruel est omnipraticien en France depuis 22 ans quand il lance les démarches pour obtenir son droit de pratiquer au Québec, en novembre 2014. Il a une pratique variée, dans les urgences, au sein des services ambulanciers (SAMU) et il a toujours conservé une garde de nuit pour traiter des patients de milieux défavorisés.

Dix-huit mois plus tard, il attend toujours de pouvoir faire un stage d'adaptation de trois mois dans un hôpital, une exigence que le Québec impose aux médecins français.

Le docteur Carruel n'a rien contre l'idée du stage, mais il se demande pourquoi l'imposer si on n'a pas les moyens de l'offrir. « Les autorités, les facultés, le Collège des médecins donnent priorité aux Québécois, ce qui me paraît tout à fait logique, explique-t-il. Ce que je ne comprends pas, c'est que, sur des postes vacants, pourquoi ne pas les ouvrir un peu plus simplement, entre guillemets, aux médecins étrangers dont le diplôme est reconnu? »

Pas assez de professeurs, selon le Collège des médecins

Pour le secrétaire du Collège des médecins du Québec (CMQ), le docteur Yves Robert, c'est un problème de ressources. Le nombre d'étudiants en médecine a doublé depuis 10 ans, mais pas celui des professeurs. Il manque des maîtres de stage pour superviser résidents et stagiaires, selon lui.

Un argument critiqué

Cette supervision étroite qui perdure cinq ans heurte les Français.

Les médecins français qui obtiennent et réussissent un stage doivent ensuite travailler en milieu hospitalier pendant cinq ans. « La notion de travailler en établissement, c'est pour établir une pratique dite supervisée, explique le docteur Robert. On veut juste s'assurer qu'ils exercent exactement comme les autres. »

Ce à quoi réplique son vis-à-vis français : « Ils sont traités comme des élèves qui n'ont pas le droit de faire grand-chose, alors qu'ils pourraient être très utiles tout de suite ».

Un autre problème à l'horizon avec la réforme Barrette

La réforme Barrette vise à sortir les médecins de famille des hôpitaux pour les diriger vers les groupes de médecins de famille. Or, cela crée un nouveau problème pour certains médecins français.

Une dizaine d'omnipraticiens français ont obtenu ces derniers mois un permis restrictif les obligeant à travailler en établissement. Ils se font aujourd'hui dire que les hôpitaux n'embauchent plus. Après des années de démarches, ils pourraient devoir repartir en France : sans emploi, ils sont incapables de faire prolonger leur visa ou d'obtenir un statut de résident.

Le Collège des médecins du Québec se dit ouvert à la possibilité d'assouplir cette obligation de travailler cinq ans en milieu hospitalier. « Avec l'avenir qui s'en vient en médecine de famille, on va vouloir surtout les confiner en cabinet pour faire du suivi de maladies chroniques. Il y aurait certainement une possibilité de faire des ajustements, compte tenu du changement d'environnement qui ne va pas être celui qu'on avait en 2008 », avance le docteur Robert.

Quant aux stages qui ne sont pas disponibles, le CMQ renvoie la balle au gouvernement : « Si on avait l'investissement proportionnel à la volonté politique qui est exprimée en paroles par les politiciens, ça irait très bien », conclut M. Robert.

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