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Le Québec, pauvre un jour, riche le lendemain!

Comment expliquer que les Québécois sont presque les plus pauvres du Canada quand on s'intéresse au revenu médian alors qu'ils sont les plus riches en surplus budgétaires? Certains vont dire que la raison est simple : on paie trop d'impôt! Mais, dans la réalité, ça ne change rien. Le revenu dont on a parlé, dans les derniers jours, c'est le revenu brut, donc avant impôt.

Une analyse de Gérald Fillion

Explications d’abord sur les données portant sur l’analyse du revenu des ménages de Statistique Canada. La grande manchette, c’est que le Québec est la 9e province sur 10 en terme de revenu médian par ménage. Cette donnée montre clairement que le Québec n’arrive pas à s’enrichir comme les provinces de ressources y sont arrivées depuis 2005.

Cela dit, il faut aller au-delà des manchettes pour constater que la composition des ménages au Québec vient assombrir la situation. Le Québec est une société qui compte un plus grand nombre de célibataires et de familles monoparentales que plusieurs autres provinces. Si on regarde le revenu médian des couples avec ou sans enfant, le Québec passe de la 9e à la 7e position. Si on regarde les familles monoparentales, le Québec est la province qui affiche le 3e revenu médian le plus élevé au Canada. Si on s'intéresse à la pauvreté des enfants, le Québec est la province où le taux de faible revenu est le plus bas au Canada, après l'Alberta.

Le Québec est 6e si on s’intéresse au revenu médian des personnes et non des ménages. Et si on regarde le revenu après impôt, le Québec est à 200 $ de la 5e place occupée par la Colombie-Britannique.

Comme l’illustrait l’économiste Pierre Fortin jeudi dans un courriel envoyé aux médias, le fait que le Québec compte plus de célibataires et de familles monoparentales vient affaiblir la richesse quand on s’intéresse à la notion de « ménage ».

Si on compare les couples avec enfants, le revenu médian au Québec est de 105 000 $ contre 114 000 $ en Ontario. Mais, « le coût de la vie en Ontario est supérieur de 14 % à celui du Québec, dit Pierre Fortin. Par conséquent, avec un revenu de 105 000 $, le couple médian du Québec détient un pouvoir d’achat équivalant à un revenu de 120 000 $ en Ontario. »

Tout ça pour dire deux choses : il y a des nuances au portrait de grande pauvreté qui circule à propos du Québec. Mais, il y a certainement place à l’amélioration, on ne peut pas se contenter d’être 6e ou 7e. L’amélioration pourrait venir notamment de la hausse annoncée du salaire minimum et certainement d’une amélioration de la productivité.

Les marges de manoeuvre du ministre

Par ailleurs, une fois que ces nuances sont apportées, intéressons-nous à la promesse de baisse d’impôt qui a été réitérée par le ministre des Finances Carlos Leitao cette semaine. « Nous avons une marge de manoeuvre intéressante » a-t-il dit. Il a, dans les faits, la marge de manoeuvre la plus grande au Canada.

On a montré, dans plusieurs textes depuis deux ans, que la réduction de la croissance des dépenses en 2014-15 et 2015-16 a permis au gouvernement de se dégager des économies de 1,6 milliard à 2,5 milliards de dollars. En passant d’une moyenne de croissance des dépenses de 4 à 5 % en santé et en éducation sous Pauline Marois et Jean Charest à une fourchette de 1 à 2 % pendant deux ans, le gouvernement du Québec s’est dégagé des liquidités impressionnantes.

Avec les coûts en intérêts qui sont plus bas qu’attendu, en raison des taux plus faibles dans le marché, et avec une croissance économique meilleure que prévu, l’État est parvenu à générer des surplus avant versement au Fonds des générations de 3 à 5 milliards de dollars par années depuis 2015.

C’est cette richesse, dans une province qui n’est pas aussi pauvre qu’annoncée cette semaine, que le ministre veut partager sous forme de baisse d’impôt, à quelques mois des élections. Carlos Leitao annoncera ses bonnes nouvelles en novembre 2017 ou en mars 2018.

Cette baisse d’impôt, vous l’avez financée

Cela dit, il faudra se rappeler que nous, les contribuables, avons financé, en partie, cette baisse d’impôt. Le gouvernement maintient que ses coupes ne sont pas de l’austérité et n’ont pas affecté les services publics. Il n’y a malheureusement pas d’organismes au Québec pour faire le suivi des investissements publics et des effets des compressions budgétaires.

Mais, les anecdotes sont tellement nombreuses qu’il est difficile de croire que les compressions n’ont pas eu d’effets néfastes sur les services publics au Québec.

De plus, il faudra se rappeler aussi que la baisse d’impôt d’aujourd’hui sera financée par les prochaines générations. Nous aimons avoir plus d’argent dans nos proches, c’est clair, je suis d’accord avec vous! Mais, dans un contexte où la population active va baisser et que les besoins en matière de santé ne vont qu’augmenter, les pressions sur les dépenses de l’État seront fortes alors que ses sources de revenus vont se réduire.

Il sera difficile pour l’État de maintenir ses finances en équilibre dans les 15 prochaines années selon les économistes. Si l’État réduit ses revenus avec des baisses d'impôt, est-il en train d’hypothéquer davantage l’équilibre budgétaire du gouvernement en 2020, 2022, 2025? Est-il en train de refiler la facture des coûts à venir aux plus jeunes? Est-il cohérent d'avoir mené une politique de rigueur pour rétablir les finances publiques du Québec, comme l'ont les ministres du gouvernement Couillard, pour arriver, comme ça, à réduire les impôts?

Donc…

Les défis financiers, économiques et budgétaires du Québec sont sérieux. Il faut penser au financement des services publics pour les prochaines années et poursuivre une politique de réduction des inégalités. Il faut améliorer la productivité des entreprises afin de les enrichir et de leur permettre d’augmenter les salaires. Et il faut continuer de relever le niveau de vie des Québécois qui n’est pas aussi dramatique, par ailleurs, que ce que plusieurs laissent entendre. Est-ce que ce sont des baisses d'impôt qui vont améliorer le sort des Québécois?

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