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Le Régime enregistré d'épargne-invalidité, un secret bien gardé

En 2008, Ottawa a instauré le régime enregistré d'épargne-invalidité (REEI), un programme permettant de mettre de l'argent de côté pour assurer l'avenir des personnes handicapées. Mais, huit ans après son entrée en vigueur, il est encore largement méconnu.

Un texte de Maxime Bertrand

Au Québec, on compte environ 1,5 million de personnes ayant une incapacité. De ce nombre, jusqu'à 125 000 ont des handicaps suffisamment graves pour avoir droit au REEI. Or, seulement 16 000 personnes s'en prévalent.

Le régime a été instauré en 2008 par l'ancien ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, dont l'un des fils a une déficience intellectuelle.

Les avantages du programme sont tels que Guillaume Parent, atteint de paralysie cérébrale, en a fait sa carrière.

Lorsqu'il a constaté que le régime était inconnu des personnes qui en ont le plus besoin, il a créé Finandicap, un cabinet de services financiers en 2010.

« Dès que quelqu'un est reconnu handicapé par le crédit d'impôt fédéral, qu'il soit pauvre ou riche, qu'il travaille ou qu'il soit sur l'aide sociale [...], il est avantageux pour la quasi-totalité de ces gens-là d'ouvrir un REEI », affirme-t-il.

Selon le notaire Laurent Fréchette, une contribution de 1500 $ par année permet d'obtenir le maximum de subventions annuelles auxquelles on peut avoir droit.

Le revenu détermine l'admissibilité à la subvention canadienne pour l'épargne-invalidité (SCEI) et au bon canadien pour l'épargne-invalidité (BCEI) du fédéral. 

« Une famille ou une personne pourrait avoir contribué sur une période de 20 ans 1500 $ par année, soit 30 000 $, et l'État aura versé 90 000 $, et elle se retrouvera avec 120 000 $ qui auront été mis à l'abri pour assurer ses vieux jours », souligne Laurent Fréchette.

Les douze travaux d'Astérix

Il s'agit d'un des secrets les mieux gardés du gouvernement canadien, estime Johanne de Villers, mère de Gabriel, un jeune homme trisomique de 22 ans.

Elle a appris l'existence du REEI en discutant avec son notaire, Laurent Fréchette. Elle est vite devenue une cliente de Guillaume Parent.

« Quand nous, on sera peut-être plus vieux, plus fatigués, on aura moins d'argent, ou qu'on sera carrément morts, ben, à ce moment-là, je pense que c'est important que Gabriel puisse avoir des sommes disponibles pour assurer un minimum décent », dit-elle.

Selon Mme de Villers, la lourdeur administrative a un effet dissuasif. Il lui a fallu six mois pour monter le dossier de son fils. « Ça prend des évaluations médicales, ça prend toute une panoplie de trucs [...] C'était presque digne des douze travaux d'Astérix à la recherche du bon formulaire », ajoute-t-elle.

Selon Guillaume Parent, le Québec accuse un retard de trois ou quatre ans par rapport aux autres provinces. Les institutions financières s'intéressent peu au REEI.

Il croit également que le Québec devrait instaurer un incitatif pour l'épargne-invalidité, comme il l'a fait pour l'épargne-étude.

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