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Le retour du bison pour relancer une région

Au Montana, les Pieds-Noirs misent sur le bison du Nord-Ouest, qui a frôlé la disparition, afin de donner un nouveau souffle à leur économie mal en point. L'animal mythique effectue son retour aux États-Unis grâce à l'Alberta.

En avril dernier, les Pieds-Noirs ont réussi à rapatrier d’un parc canadien 88 jeunes bisons des plaines, le résultat d’un partenariat avec la Société pour la conservation de la faune. Il s'agit en fait des descendants des derniers bisons qui avaient été rescapés du Montana il y a une centaine d'années.

Les membres de la tribu espèrent que le rapatriement de cette lignée sera la solution pour relancer l’économie dans la région, où le taux de chômage atteint 70 % par endroits. Ils estiment que la taille du jeune troupeau pourrait atteindre les 500 bêtes d’ici 10 ans.

Je veux bâtir notre économie sur l’élevage de ces animaux; accroître la taille du troupeau pour, enfin, générer des revenus.

Ervin Carlson, directeur du programme d’élevage, tribu des Pieds-Noirs

La vente de viande, par exemple, pourrait devenir une source importante de revenus.

Les Pieds-Noirs veulent aussi ouvrir un centre d’interprétation destiné aux touristes qui porterait sur le rôle essentiel qu’a joué le bison dans l’histoire de la tribu.

Rôle clé du Canada

Pendant des milliers d’années, le bison a été la source principale de nourriture des Pieds-Noirs. L’animal servait aussi à la fabrication de vêtements et d’outils et leurs excréments étaient utilisés pour chauffer les tipis l’hiver.

À la fin du 19e siècle, les grands troupeaux de bisons ont été décimés en raison de la chasse excessive, des maladies introduites sur le continent par les Européens et de l’abattage en masse par l’armée américaine.

Mais en 1884, deux éleveurs, Charles Allard et Michel Pablo, ont acheté quelques bisons des Pieds-Noirs.

Leur troupeau grandissait rapidement, mais Washington refusait de leur céder des terres destinées aux colons.

Pablo et Allard ont donc trouvé un acheteur pour leurs animaux : le gouvernement canadien.

En 1907, 400 jeunes bisons ont été transportés au parc Elk Island, en Alberta. La plupart ont été relocalisés, mais plusieurs sont morts en raison de maladies.

Une cinquantaine de bisons sont néanmoins restés dans le parc et ont fondé le cheptel de quelque 500 bêtes qui s’y trouvent aujourd’hui – les seuls descendants directs des grands troupeaux du Nord-Ouest américain.

Quand j’ai entendu parler de ces bisons, ça m’a fait du bien. Ils viennent d’ici, de ces terres, tout comme nos ancêtres. Leur histoire est intimement liée à la nôtre.

Ervin Carlson, directeur du programme d’élevage, tribu des Pieds-Noirs

En 2015, les Pieds-Noirs ont appris que le Parc national Elk Island voulait se défaire d’une centaine de jeunes bisons des plaines, en raison d’un manque d’espace. C’était l’occasion rêvée.

Après plusieurs mois de démarches, les Pieds-Noirs sont venus récupérer, en avril, 88 jeunes bisons du parc Elk Island.

C’est le seul endroit sur le continent où on peut ramener, sur leurs terres ancestrales, les purs descendants des premiers bisons. La plupart des autres troupeaux sont de races croisées, alors que cette lignée est la même que celle d’il y a des dizaines de milliers d’années.

Keith Aune, Société pour la conservation de la faune

Lien spirituel important

En juin, les jeunes bisons rapatriés d’Elk Island ont été relâchés dans les pâturages sur le territoire des Pieds-Noirs, un moment historique pour la tribu.

La communauté a célébré l’événement en grand.

C’est comme si mes ancêtres étaient revenus sous forme de bisons! C’est vraiment spirituel. Ils sont enfin de retour chez eux, et ça me rend heureux.

Ernie Heavyrunner, aîné de la tribu des Pieds-Noirs

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