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Le risque d’incendie catastrophique au dépôt de munitions d’Halifax est élevé, selon les militaires

Les Forces canadiennes estiment qu'un incendie va probablement éclater un jour dans leur dépôt de munitions à Halifax, ce qui pourrait causer des morts, la destruction de propriétés et des dommages environnementaux.

Les militaires ont évalué le risque d’incendie dans le dépôt de munitions situé à Bedford et consigné leurs conclusions dans un rapport en 2015. CBC a obtenu récemment un exemplaire du rapport.

Ses auteurs soulignent que le dépôt n’est pas conforme aux règles fédérales sur la santé et la sécurité au travail, ni au Code national de prévention des incendies du Canada, ni au Code canadien du travail.

Les militaires concluent qu’un incendie va probablement éclater un jour dans le dépôt, que ce serait « catastrophique » et que cela pourrait entraîner la mort de membres du personnel, une diminution considérable de la capacité opérationnelle des Forces canadiennes, la destruction de propriétés et des dommages considérables à l’environnement.

Des «  millions de dollars  » en munitions

Le dépôt comprend une série d’édifices fortifiés séparés par des secteurs boisés. Le tout se trouve à environ 7 km du centre-ville d’Halifax.

Les installations abritent des munitions d’une valeur de plusieurs millions de dollars, selon le rapport. Tous les bâtiments de la Marine qui partent en mission de la côte est prennent leur chargement de munitions à ce dépôt.

Les frégates, par exemple, sont habituellement armées de 24 torpilles, de 16 missiles surface-air, de 8 missiles antinavires, et d’autres genres de munitions. Chaque navire transporte habituellement plus de 3400 kg d’explosifs, qui sont entreposés à Bedford lorsque les militaires n’en ont pas besoin.

Plusieurs lacunes soulignées

Selon le rapport de 2015, le dépôt comporte un risque élevé d’incendie. Plusieurs lacunes sont soulignées, dont les suivantes :

  • absence de mesures adéquates de lutte contre la végétation;
  • déficience majeure du système de paratonnerre;
  • déficience majeure du système d’approvisionnement en eau.

L’équipe d’évaluation de risque a découvert en visitant les lieux en juin 2015 un problème important du côté du réservoir d’eau et des pompes à incendie. Lorsqu’il a été activé manuellement par l’équipe, peut-on lire dans le rapport, le système n’a jamais augmenté la pression d’eau ni le débit dans le réseau de distribution.

Les évaluateurs précisent aussi que les paratonnerres sur 26 des 33 édifices du dépôt ne les protègent pas efficacement une fois sur deux. Ce problème est connu depuis des années, mais il n’est toujours pas réglé, dit-on dans le rapport.

Le risque pour le public est négligeable, selon les militaires

Le risque d’incendie est peut-être élevé, mais le risque d’explosion est faible, selon le commandant du dépôt, Greg Walker, capitaine de corvette.

Durant la dernière année, sept nouveaux magasins, des bâtiments d’entreposage d’armes et de munitions, sont entrés en service. Les bunkers en béton ont des portes et des murs épais conçus pour résister aux incendies. « Nous ne prenons aucun risque », souligne M. Walker.

Le rapport indique toutefois que des arbres se trouvent trop près d’édifices et de lignes électriques, que de nouvelles mesures de protection contre les éclairs sont approuvées, mais non mises en place, et que le dépôt n’a toujours pas un meilleur système d’approvisionnement en eau.

Greg Walker assure que les autorités militaires ont étudié le rapport, reconnu les problèmes et pris des mesures immédiates pour les régler.

Le rapport recommandait des actions immédiates pour mettre fin aux déficiences. Il a été remis aux militaires il y a plus d’un an.

Que se passerait-il en cas d’explosion?

Selon Greg Walker, le risque d’explosion est faible et les effets d’une explosion seraient minimes. Il dit que les gens entendraient du bruit et verraient de la lumière.

Colin Darlington, commandant à la retraite qui a travaillé au dépôt de Bedford et à la base des Forces canadiennes d’Halifax de 2003 à 2008, estime qu’il pourrait y avoir de plus grandes répercussions.

Si un seul obus explose, explique M. Darlington, les dommages s’étendraient sur environ 200 mètres, mais si un magasin tout entier explose, les dommages s’étendraient sur des kilomètres.

Le propre plan de mesures d’urgence du dépôt stipule que le personnel non essentiel devrait être évacué dans un rayon de 800 à 1300 m de tout incendie impliquant des explosifs de classe 1.1. Ce rayon d’évacuation comprend une artère de Bedford et une partie d’un secteur résidentiel.

Remédier aux risques dans le dépôt est devenu une priorité après une évaluation faite en 2003, ajoute Colin Darlington.

Selon une autre source au courant des risques potentiels dans le dépôt et qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat, une évacuation en cas de grave incendie pourrait toucher tous les résidents dans un rayon de 5 km.

Halifax a été marquée par l’explosion d’un navire chargé de munitions en 1917. Un autre incident moins connu s’est produit en 1945. Un feu sur une jetée avait entraîné une série d’explosions sur deux jours. Presque toutes les vitres en ville ont volé en éclat.

La prochaine évaluation des risques d’incendie au dépôt de Bedford aura lieu en 2025. D’ici là, les autorités militaires se sont engagées à réduire le risque à un niveau moyen ou faible.

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