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Le Royaume-Uni « va devenir plus pauvre », dit le ministre des Finances

Les Britanniques doivent inévitablement se préparer à subir des hausses de taxes et d'impôts dans la foulée du Brexit, affirme sans détour le ministre britannique des Finances, George Osborne.

Dans une entrevue accordée à BBC Radio 4, il a soutenu que les difficultés financières évoquées avant le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) « commencent à se matérialiser ».

Il a notamment évoqué les milliards de livres sterling qui se sont évaporées à la Bourse de Londres depuis vendredi dernier, et la chute de la livre sterling, qui a perdu plus de 12 % de sa valeur face au dollar américain, et plus de 10 % face à l'euro.

« Il est évident que ce pays va devenir plus pauvre », a commenté M. Osborne, qui a vigoureusement fait campagne aux côtés du premier ministre David Cameron pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE.

« Nous allons devoir fournir de la sécurité budgétaire aux gens, en d'autres termes, nous allons montrer au pays et au monde que l'État peut vivre selon ses moyens », a poursuivi celui qu'on désigne comme chancelier de l'Échiquier.

Interrogé dans la foulée sur l'éventuelle nécessité d'augmenter les taxes et les impôts et de diminuer les dépenses, M. Osborne ne s'est pas défilé : « Oui, absolument », a-t-il admis.

« Mais cette décision sera prise sous l'égide du nouveau premier ministre. Ce n'est bien sûr pas possible au moment où le Parti conservateur se cherche un nouveau dirigeant », a ajouté le ministre.

Le Parti conservateur au pouvoir a décidé que le choix de son nouveau chef, rendu nécessaire par la démission annoncée de M. Cameron, sera connu au plus tard le 9 septembre prochain. M. Osborne a fait savoir lundi soir qu'il ne serait pas sur les rangs pour cette course.

Plus tôt dans la journée, il avait déclaré que l'économie du Royaume-Uni était suffisamment solide pour assumer la volatilité née du vote favorable à la sortie de l'Union européenne. Il avait reconnu que les finances publiques du pays souffriraient du Brexit, mais sans donner plus de détails.

En avril dernier, M. Osborne avait plaidé qu'une sortie de l'Union européenne coûterait à chaque ménage 4300 livres par an d'ici 2030 (environ 6240 $, au taux de change alors en vigueur, NDLR]. Ces arguments économiques étaient raillés par les partisans du Brexit, qui les assimilaient à une campagne de peur.

Des conséquences qui se font déjà sentir

Les Britanniques ressentent déjà les conséquences économiques du Brexit. Avec la chute de la livre, les voyages coûtent plus cher et les prix des produits frais, importés en grande quantité, vont inévitablement augmenter, sans compter l'impact de la chute de la Bourse sur les investisseurs et les retraités. 

« La chute de la valeur de la livre sterling a un effet immédiat sur les voyageurs et leur pouvoir d'achat à l'étranger », a rappelé mardi l'Association des agents de voyage britanniques ».

Les Britanniques pourront évidemment se rabattre sur des vacances dans leur pays pour éviter cette conséquence, mais ils ne pourront faire de même lorsque viendra le temps de payer leur panier d'épicerie.

Comme la livre perd de la valeur et que le Royaume-Uni est un importateur net de toutes les catégories d'aliments, à commencer par les fruits et légumes, les supermarchés vont inévitablement refiler la facture aux consommateurs.

« Les prix des produits frais vont grimper parce que beaucoup viennent de l'Union européenne. Dans le cas de Tesco [la première chaîne de supermarchés du pays, NDLR], par exemple, près de 50 % de leurs beurres et fromages consommés au Royaume-Uni sont fabriqués avec du lait européen » souligne le cabinet Kantar Retail.

Si cette situation est imminente en raison de la chute de la livre, elle risque de s'aggraver davantage si des droits de douane devaient être rétablis aux frontières. Ce scénario est hypothétique pour le moment; tant que le Brexit n'aura pas fait pas l'objet d'une entente avec l'UE, le Royaume-Uni en demeure membre.

La facture énergétique risque aussi de gonfler avant longtemps et les automobilistes risquent d'en voir les effets à la pompe. Malgré sa production de pétrole en mer du Nord, le Royaume-Uni est un importateur net de pétrole, et les barils sont facturés en dollar.

Lundi, l'Institute of Directors, qui regroupe de nombreuses entreprises, a affirmé que 20 % de ses 1000 membres songeaient à déménager une partie de leurs opérations dans un autre pays de l'Union européenne. Un quart de ses membres entend geler les embauches, et un sur vingt prévoit procéder à des mises à pied.

« Ultimement, nous croyons que nos membres sont très résilients, que le monde des affaires britannique est solide et que nous nous adapterons. Mais en ce moment, il y a certainement beaucoup de nervosité au sein de la communauté d'affaires », a commenté son directeur, Edwin Morgan.

Dès vendredi, des entreprises ont averti les marchés qu'ils n'atteindront pas leur cible de profit anticipée. La société mère de British Airways, IAG, et le transporteur au rabais EasyJet ont notamment agi de la sorte, en expliquant qu'ils s'attendaient à subir les contrecoups de l'incertitude engendrée par le Brexit.

Des multinationales qui avaient choisi le Royaume-Uni comme base de leurs opérations européennes disent aussi reconsidérer leur choix. Des banques d'envergure mondiale, comme JP Morgan, Goldman Sachs et HSBC disent aussi qu'ils pourraient transférer des milliers de travailleurs  en Europe.

Cameron plaide pour des négociations « constructives »

Pour l'heure, personne ne peut prédire quel sera le résultat des négociations qui devront avoir lieu entre le Royaume-Uni et l'UE. Ces pourparlers n'auront lieu qu'une fois que Londres aura formellement invoqué l'article 50 du Traité de Lisbonne. Ce dernier stipule qu'un retrait de l'UE doit se concrétiser deux ans après cette notification.

À son arrivée à Bruxelles, mardi, pour un sommet européen crucial sur l'avenir de l'UE, M. Cameron a exprimé l'espoir que les négociations se déroulent de manière « aussi constructive que possible ».

« Même si nous sommes en train de quitter l'UE, nous ne tournons pas le dos à l'Europe », a soutenu le premier ministre, faisant valoir que les 27 autres États membres du bloc restaient « des voisins, des amis, des alliés, des partenaires ».

M. Cameron dit souhaiter que les deux camps parviennent à établir « la relation la plus étroite possible en termes de commerce, de coopération et de sécurité parce que c'est bon pour eux et c'est bon pour nous ».

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