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Le salage des routes menace la santé des lacs nord-américains

Utiliser du sel pour faire fondre la glace et la neige sur les routes accroît la salinité des lacs, selon une nouvelle étude. Les chercheurs tirent la sonnette d'alarme, inquiets que cette pratique altère pour de bon les écosystèmes de ces cours d'eau.

Pour en arriver à ce constat, une quinzaine de scientifiques ont analysé l’évolution sur 10 ans de 371 lacs du nord des États-Unis et de l’Ontario. Incapables de fournir suffisamment de données, le Québec et les provinces atlantiques ont été laissés de côté.

« Nous avons analysé les données sur une longue période et nous avons comparé les concentrations de chlorure dans les lacs et réservoirs d'eau douce américains au climat et aux différentes utilisations des sols pour déterminer comment et pourquoi la salinisation change sur de vastes échelles géographiques », explique l'auteure principale de l'étude, la limnologue canadienne Hilary Dugan, de l'Université du Wisconsin-Madison.

Les résultats sont « consternants », selon elle : plus un lac est près d’une route ou d’un stationnement, plus la qualité de l’eau y est menacée.

« Une fois que le sel est épandu sur les routes, sur les trottoirs ou dans les stationnements, une fois qu’il se retrouve dans l’environnement, il ne disparaît pas, souligne la Pre Dugan. Il est soit emmagasiné dans le sol ou bien il s’écoule dans les cours d’eau. »

Selon la chercheuse, il demeure donc important de se rappeler que tous les projets de développement immobilier se traduisent immanquablement par des risques de salinisation des étendues d’eau à proximité.

Extrapolés à l’ensemble de l’Amérique du Nord, les résultats suggèrent qu'environ 7700 lacs seraient ainsi sérieusement menacés.

Or, la salinité des lacs affecte tout l’écosystème, des poissons aux petits invertébrés dont ils se nourrissent. Les lacs salés sont aussi plus vulnérables aux espèces envahissantes et à certaines formes d’algues nuisibles.

Des efforts pour réduire le recours au sel

Depuis les années 40, l'utilisation du sel sur les routes en hiver pour permettre la circulation a fortement augmenté. Chaque année, 23 millions de tonnes de chlorure de sodium sont utilisées pour faire fondre la glace et la neige sur le réseau routier nord-américain, précisent les auteurs.

De son côté, Environnement Canada estime qu’entre 1,5 et 4 millions de tonnes de sel sont utilisées au pays chaque hiver, selon l’intensité des précipitations.

Depuis 2001, le Canada tente toutefois de réduire son recours au sel pour faire fondre la glace sur la chaussée. Un code de bonne pratique, auquel l’adhésion demeure volontaire, a été élaboré, et environ les trois quarts des municipalités du pays l’ont adopté. Toronto, par exemple, a diminué son utilisation de sel de 25 % en 15 ans.

Mais les entreprises et les particuliers doivent aussi être conscientisés, signale la Pre Dugan, qui estime qu'ils sont souvent responsables du sel épandu sur les routes, sur les trottoirs ou dans les stationnements.

La recherche a été publiée lundi dans la dernière édition des Comptes rendus de l’Académie des sciences (Proceedings of the National Academy of Sciences). Ses auteurs sont membres du GLEON (Global Lake Ecological Observatory Network).

Les chercheurs ne se sont toutefois pas penchés sur la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, qui a déjà fait l’objet de plusieurs autres études.

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