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Le scandale « Windrush » ébranle le gouvernement de Theresa May

Le scandale de la « génération Windrush », ces dizaines de milliers de personnes originaires des Caraïbes privées de leurs droits élémentaires et menacées d'expulsion, a fait tomber la ministre britannique de l'Intérieur et a levé le voile sur la réalité d'une frange de la société du Royaume-Uni.

Depuis deux semaines, le gouvernement britannique doit répondre de sa gestion du dossier de la « génération Windrush » par le ministère de l'Intérieur, alors sous la direction de Theresa May avant qu’elle ne prenne la tête du gouvernement.

Dimanche, la ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, a dû démissionner de son poste après avoir reconnu avoir involontairement induit en erreur une commission parlementaire. Mme Rudd avait certifié devant les élus n’avoir « aucun objectif chiffré » sur le renvoi de ces immigrés appelés au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale pour compenser la pénurie de main d'oeuvre.

Vendredi dernier, une note confidentielle envoyée à la ministre est venue démentir ces affirmations. Les services d’immigration y expliquaient s’être « fixé un objectif de 12 800 expulsions en 2017-2018 ».

La première ministre britannique Theresa May a nommé lundi Sajid Javid pour succéder à Amber Rudd, dans le but de tirer un trait sur ce scandale qui ébranle son autorité.

Le Parti travailliste, qui réclamait la démission d'Amber Rudd, estime toutefois que Theresa May devrait être tenue responsable de la mise en place de cette sévère politique d'immigration.

David Lammy, député du Parti travailliste et descendant de la « génération Windrush », a qualifié cette politique « de cruelle et d’inhumaine ».

Mais qui sont les « Windrush »?

Les premiers sont arrivés à bord du navire l'Empire Windrush, à partir de 1948. Issus majoritairement des Caraïbes, ces immigrants ont continué d’affluer jusqu'au début des années 70.Quelque 50 000 d’entre eux sont venus à l'invitation du Royaume-Uni pour reconstruire le pays après la Seconde Guerre mondiale.Avec le temps, le terme de « génération Windrush » a fini par désigner ces immigrants installés au Royaume-Unis jusqu’en 1971, date à laquelle Londres a mis fin à l’immigration caribéenne.À partir de cette date, les immigrants se sont trouvés obligés d’avoir un permis de travail ou d’avoir des parents ou grands-parents nés au Royaume-Uni pour s’y installer.Si la loi d’immigration a accordé aux immigrés des Antilles le droit de rester au Royaume-Uni, le ministère de l’Intérieur ne leur a pas fourni de documents permettant de prouver leur citoyenneté britannique.En 2010, alors que Theresa May détenait le portefeuille de l’Intérieur, les tickets de débarquement appartenant aux « immigrants Windrush » ont été tout simplement détruits par les autorités.À l’époque, beaucoup de ces immigrés et leurs enfants n’étaient pas en mesure de prouver leur citoyenneté britannique, ce qui les privait entre autres des soins donnés par les services de santé et des allocations.Trouver du travail ou un logement devenait presque impossible et de nombreuses personnes originaires des Antilles sont devenues passibles d’expulsion, assimilées à des sans-papiers.Certains ont perdu leur emploi; d’autres se sont vus retirer leur permis de conduire, faute d’avoir les documents demandés.Dans l’optique de régler le problème, la première ministre a récemment déclaré avoir mis sur pied une unité spéciale pour aider ces personnes. « Ils sont Britanniques, ils font partie de nous », a-t-elle souligné.La démission de la ministre de l’Intérieur vient fragiliser le gouvernement conservateur de Theresa May, qui en est à sa quatrième défection en six mois.

D'après le reportage d'Azeb Wolde-Giorghis

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