Les maux de l'Alberta se multiplient : taux de chômage au-dessus de la moyenne canadienne, récession en cours, prix du pétrole sous les 40 $. Les entreprises semblent toutes déclarer, pour 2015, des revenus en baisse de plus de 50 % et elles réagissent en mettant des employés à pied.

Un texte de Sylvain Bascaron

Encore cette semaine, les nouvelles se suivent et se ressemblent. Le Conference Board vient d'annoncer que la récession albertaine, qui s'est amorcée en 2015, se poursuivra toute l'année. Repsol, anciennement Talisman, a annoncé une réduction de ses effectifs de 10 à 15 %. La pétrolière Nexen, propriété de la Chinoise CNOOC, a dit qu'elle mettrait à pied 120 personnes. Et la géante CNRL a perdu, en 2015, 637 millions de dollars, comparativement à des profits de 3,9 milliards de dollars en 2014.

Le problème : une marge... marginale

Ces nouvelles sont les plus récentes d'une série d'annonces on ne peut plus similaires au cours des dernières semaines. Les prix du pétrole sont bas... très bas. Les cours du Brent et du WTI (West Texas Intermediate), entre 30 et 40$ du baril, ont donc perdu plus des deux tiers de leur valeur en 18 mois.

Le pétrole lourd des sables bitumineux a besoin de plus de transformation et il a accès à moins de marchés. Les financiers l'appellent le WCS (Western Canadian Standard), et sa valeur n'a pas dépassé les 20 $ du baril en 2016. Sans questionner la viabilité de l'exploitation des sables bitumineux, Michael Tran, de RBC marchés des capitaux, souligne que produire à coût élevé pour vendre au rabais rend les affaires difficiles.

Première solution : réduire le coût de production

« Nous n'avons pas vu au Canada les gains en productivité que nous avons vus aux États-Unis », s'inquiète Michael Tran. « Il faut être plus efficient, réduire les coûts de production et d'administration, mettre à pied des employés et optimiser la production, ce que les Américains ont fait. »

Le secteur pourrait donc aller plus loin que les 40 000 emplois éliminés, les nombreux projets stoppés, les bureaux abandonnés et les réductions de 22 % dans ses investissements en Alberta.

Parce qu'en ce moment, dans les sables bitumineux, les producteurs perdent une moyenne d'un à quatre dollars pour chaque baril qu'ils produisent. La firme TD valeurs mobilières estime que le seuil de rentabilité pour les pétrolières est un baril de WTI entre 36 et 40 $. C'est mieux qu'il y a un an, alors que le seuil était plus élevé de 10 $.

Et malgré les pertes, les pétrolières ne peuvent pas tout simplement cesser de produire. Les infrastructures, dans les sables bitumineux, sont si importantes que stopper la production coûterait encore plus cher que produire à perte.

Deuxième solution : obtenir de meilleurs prix

« La clé, c'est que nous avons besoin de pipelines », explique Michael Tran, originaire de Kitimat où l'oléoduc Northern Gateway doit aboutir, s'il est construit un jour. « Nous avons besoin de pipelines, répète-t-il, pour se départir de notre dépendance à un seul acheteur, les États-Unis. Nous n'avons pas les infrastructures pour exporter notre brut vers d'autres marchés, comme en Asie, le marché qui croît le plus rapidement. »

Selon l'analyste, et il n'est pas le seul à le dire, cette dépendance explique en grande partie qu'un baril de WCS vaille 15 à 20 $ de moins qu'un baril de WTI. Si le pétrole albertain rejoignait les marchés mondiaux, une grande partie de ce rabais disparaîtrait, et la rentabilité serait au rendez-vous.

L'horizon du secteur pétrolier

Le secteur de l'énergie est volatile. Et l'économie albertaine repose sur ce secteur. Des creux de vagues arrivent souvent, et la panique ne semble s'être emparée de personne encore. Suncor et CNRL continuent d'investir des milliards de dollars dans le développement de leurs mines de Fort Hills et Horizon. Ces mines seront exploitées pendant 15 à 50 ans. Les entreprises font donc le pari, relativement peu risqué, que le prix du pétrole sera rentable sur la moyenne des années de production.

En attendant, à l'image du gouvernement albertain, ces entreprises comptent sur leur capacité d'emprunt, et sur des cotes de crédit relativement bonnes. Et il y a un peu de lumière au bout du tunnel : « Au cours des 6 à 8 semaines qui viennent, dit Michael Tran, rien ne nous permet de croire que les cours du pétrole remonteront. Par contre, d'ici la fin de l'année, la production américaine et mondiale de pétrole diminuera significativement ce qui devrait déclencher une croissance relativement stable des prix du pétrole. »

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