ANALYSE – Le premier discours de Barack Obama que j'ai entendu était en 2004, à la convention démocrate de Boston, alors qu'il n'était qu'un simple législateur de l'État de l'Illinois et candidat au Sénat à l'élection de l'automne.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Obama avait réussi un exploit rare pour un orateur qui doit parler dans un stade ou un aréna bondé : il avait réussi à obtenir un silence total. Devant une foule de plusieurs milliers de personnes, il faut un charisme très spécial pour qu’un orateur impose ainsi le silence.

Pendant ce congrès de quatre jours, le seul autre orateur qui avait réussi l’exploit était l’ancien président Bill Clinton. Même John Kerry, qui était le candidat démocrate cette année-là et qui devait devenir le deuxième secrétaire d’État d’Obama, n'avait pas obtenu de silence.

C’est le discours qui devait lancer la carrière nationale de Barack Obama, quand il a prédit que les États-Unis n’étaient pas aussi divisés entre « États rouges et États bleus » qu’on pouvait le croire. L’histoire de sa présidence devait malheureusement prouver qu’il avait tort. Mais plus jamais personne ne devait remettre en question son éloquence.

Le charisme oratoire de Barack Obama ne s’est jamais démenti. Et, encore une fois, devant la Chambre de commerce de Montréal, il a réussi à obtenir le silence absolu et attentif d’une foule de plus de 6000 personnes dans une caverneuse salle du Palais des congrès.

Le silence de l’absent

Mais il y avait un autre silence dans le discours qu’il a livré à Montréal. Le silence qu’on pourrait appeler celui de l’éléphant dans la pièce. Parce que l’ombre de son successeur, Donald Trump, planait sans relâche sur son discours.

Comme le veut la tradition américaine bien établie, un président sortant ne critique pas son successeur. Les États-Unis ne sont pas un pays qui endure les belles-mères politiques.

Reste que M. Obama a passé l’essentiel de son discours à parler de son successeur, mais sans jamais que le nom de M. Trump ne soit prononcé. Il a plutôt parlé de valeurs.

Les valeurs de pays comme les États-Unis, le Canada et bien d’autres qui ont créé, après la Seconde Guerre mondiale, un système international fondé sur la primauté du droit et le respect des droits de la personne pour tous.

De même, il a défendu la liberté de la presse comme un élément essentiel de la démocratie. « On ne débat plus de nos opinons, on débat des faits avec un barrage incessant de tweets et de fausses informations ».

Dans un tel contexte, il ne faut pas s’étonner que les citoyens puissent en venir à avoir peur du changement et à se réfugier dans l’isolationnisme ou le nationalisme, en refusant toute responsabilité pour ce qui peut se passer à l’extérieur de ses frontières, a dit l’ex-président.

Mais, en même temps, M. Obama ne se désole pas trop du retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat. « J’ai plutôt été encouragé par la réaction des États, des villes et des compagnies qui veulent continuer à s’attaquer aux changements climatiques en pensant aux générations futures ».

Un message optimiste

Bref, un message résolument optimiste qui contrastait fort avec celui du successeur dont le nom n’a jamais été prononcé.

Les solutions, ce sont d’abord d’investir dans l’éducation et de s’assurer que les profits de la mondialisation et des avancées technologiques profitent à tout le monde et pas seulement aux plus riches. Ce qui signifie modifier les lois de l’impôt pour les rendre plus équitables et moderniser le filet de sécurité sociale.

On aurait certainement le droit de reprocher à M. Obama de n’en avoir pas fait suffisamment sur ces questions quand il était président. Mais il reste que le contraste avec son successeur était saisissant.

L’ordre international fondé sur des valeurs communes va survivre. Tout comme l’Accord de Paris sur le climat « malgré l’absence temporaire des États-Unis » et l’abandon du leadership américain sur ces questions.

Des mots qui n’ont pas été accueillis par le silence, mais par des applaudissements nourris de la part d’un parterre constitué essentiellement de gens d’affaires. Il doit y avoir de l’espoir, parce qu’il n’y a pas si longtemps, une foule semblable se serait retirée dans un silence nerveux et un malaise palpable.

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