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Le sort de Jacques Corriveau entre les mains du jury

Le cours des prochains jours pour Jacques Corriveau, et pour sa compagne, sera dicté par les faits et gestes du jury, qui a amorcé ses délibérations au procès de l'ex-organisateur libéral.

Un texte de Geneviève Garon

Le juge a demandé à M. Corriveau de rester non loin du palais de justice de Montréal. L'accusé doit être prêt à revenir en 10 minutes si le jury a une question, une requête... ou une enveloppe avec un verdict.

Les 12 jurés avaient apporté leurs valises au palais de justice, jeudi. Après avoir écouté les directives du juge Jean-François Buffoni, ils ont entamé leurs délibérations.

En quelques minutes, le président a été choisi par ses pairs. Il s'agit du juré numéro un. Un horaire a été voté. Ils délibéreront tous les jours entre 9 h 30 et 16 h, jusqu'à ce qu'ils en arrivent à un verdict unanime.

Le soir, les jurés seront séquestrés. Après sept semaines, les discussions peuvent enfin commencer.

Les quatre femmes et huit hommes doivent s'entendre sur les trois chefs d'accusation : trafic d'influence, production de faux documents et recyclage des produits de la criminalité.

Une preuve volumineuse

La preuve déposée devant eux est colossale : une documentation de plus de 50 000 pages, sans compter la dizaine de témoignages entendus pendant le procès. Ils ont le loisir de réécouter chacun d'entre eux, s'ils le désirent.

Le seul acteur clé de cette affaire qu'ils ne pourront jamais entendre, c'est l'accusé. Jacques Corriveau a choisi de ne pas témoigner pour sa défense. C'est son droit le plus légitime et les jurés ne doivent pas en tirer de conclusions.

L'avocat de la défense, Me Gérald Soulière, reconnaît que cette stratégie peut indisposer certains jurés.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix. Il faut mentionner que si Jacques Corriveau avait témoigné, il aurait dû se soumettre au contre-interrogatoire serré de la Couronne.

La prison, pas pour tout de suite

Jacques Corriveau risque plusieurs années d'emprisonnement s'il est reconnu coupable. Les chefs d'accusation prévoient un emprisonnement maximal qui varie entre cinq et dix ans.

Le procureur de la Couronne, Me Jacques Dagenais, a indiqué que si le jury rendait un verdict de culpabilité, il n'avait pas l'intention de demander l'incarcération immédiate de l'homme de 83 ans. Il faudra attendre que le juge Buffoni prononce une sentence.

Un verdict 20 ans plus tard

Le jury doit déterminer hors de tout doute raisonnable si Jacques Corriveau a utilisé son influence au sein du gouvernement libéral pour obtenir des commandites pour le Groupe Polygone.

Ces contrats prenaient entre autres la forme de pancartes avec l'inscription « Canada » que Polygone affichait dans ses événements, comme des salons chasse et pêche. L'entreprise a reçu 40 millions de dollars en commandites.

La Couronne allègue que M. Corriveau a empoché 6,5 millions de dollars en pots-de-vin. Les faits reprochés se seraient produits entre 1997 et 2003.

La défense, elle, affirme que Jacques Corriveau ne s'est jamais servi de son amitié avec Jean Chrétien pour influencer l'attribution des commandites. Elle remet aussi en question la crédibilité de certains témoins, comme Luc Lemay, l'ancien patron de Polygone.

Un mantra

Le juge avait l'habitude de clore chaque journée de procès en disant aux jurés : « Gardez l'esprit ouvert ». C'était sa façon de leur demander d'éviter de se faire une idée trop rapide sur le sort à réserver à l'accusé.

Il l'a si souvent répété que toute la salle (à commencer par le magistrat lui-même!) souriait quand il le faisait. Pour une dernière fois, jeudi, il a répété son mantra aux jurés avant de les laisser entamer leurs discussions.

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