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Le sort du pipeline Keystone XL entre les mains du Nebraska

Cinq mois après avoir obtenu l'approbation de l'administration américaine, le pipeline Keystone XL de TransCanada sera de nouveau au cœur des discussions cette semaine à l'occasion des audiences publiques du projet qui se déroulent à Lincoln, la capitale du Nebraska.

Un texte de Geneviève Normand, envoyée spéciale au Nebraska

Même s’il a déjà reçu le feu vert des gouvernements du Canada et des États-Unis, TransCanada doit obtenir des permis de la part des trois États américains où son pipeline doit passer.

Le Montana et le Dakota du Sud ont déjà approuvé le tracé, ce qui fait en sorte que l’avenir du projet repose entre les mains du Nebraska.

Pour les défenseurs de Keystone XL, il s'agit du fil d’arrivée d'une course qui a commencé en juillet 2008. C’est la dernière étape, ou encore la pièce manquante au casse-tête.

Si le Nebraska approuve l’oléoduc, TransCanada aura réussi son pari : elle pourra construire un tuyau souterrain long de 1900 kilomètres pour acheminer 830 000 barils de pétrole albertain par jour jusqu’aux raffineries américaines situées près de Houston, au Texas.

À l’inverse, pour les opposants au projet, le Nebraska constitue la bataille de la dernière chance. C'est leur dernier espoir de bloquer le projet avant de voir une première pelletée de terre officielle.

Dans un échange de courriels, TransCanada indique s’être entendue avec la vaste majorité des propriétaires terriens le long du tracé au Nebraska puisque plus de 90 % d’entre eux ont signé des ententes d’acquisition de terrains. Les réfractaires, tout comme les partisans du projet, profiteront du processus d’audiences publiques cette semaine pour faire entendre leurs voix.

Les opposants craignent surtout des déversements pétroliers, qui mettraient en péril l'écosystème de cette région du Midwest, dont l’économie repose en grande partie sur l’agriculture.

Un pipeline encore nécessaire?

Au cours de la dernière année, deux projets pétroliers ont été approuvés au Canada : le remplacement de la canalisation 3 d'Enbridge et l'expansion en Colombie-Britannique du pipeline TransMountain, qui appartient à Kinder Morgan. Dans ce contexte, les producteurs pétroliers albertains ont-ils besoin de plus d'oléoducs?

D'après le doyen de la faculté d'administration de l'Université de l'Alberta et spécialiste du secteur énergétique, Joseph Doucet, le projet « Keystone XL a encore sa place ». Il estime qu'avec l'augmentation de la production de pétrole en Alberta, l'industrie « a besoin de 700 000, 800 000 voire peut-être même 1 million de barils [par jour] de capacité additionnelle pour le transport ».

Toutefois, ces différents oléoducs en partance de l'Alberta rendent, selon lui, « le besoin moins pressant, moins criant » pour le projet Énergie Est, lui aussi très controversé.

Une décision attendue cet automne

Les audiences publiques de Keystone XL se dérouleront jusqu'à vendredi devant la Commission des services publics du Nebraska.

Cinq commissaires élus entendront les témoignages des deux partis sous la présidence d’une ancienne juge du Nebraska.

En vertu de la loi américaine sur les pipelines, la Commission dispose de 210 jours après l'octroi du permis présidentiel pour rendre sa décision. Comme l'administration Trump a donné le feu vert à Keystone XL en mars, la Commission a jusqu'au 23 octobre 2017 pour se prononcer, soit plus de neuf ans après la toute première soumission du projet.

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