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Le sort incertain du premier ministre libanais Saad Hariri alimente les rumeurs

Le mystère entourant le sort du premier ministre libanais Saad Hariri ne cesse de s'épaissir, cinq jours après qu'il eut stupéfié toute la classe politique de son pays en annonçant sa démission depuis Riyad, en Arabie saoudite.

M. Hariri n’a pas fait la moindre apparition publique ni la moindre déclaration depuis qu’il a annoncé sa démission, samedi, dans une allocution télévisée enregistrée dans la capitale saoudienne, où il se trouve toujours.

Le fils de Rafic Hariri, ex-premier ministre du Liban assassiné en 2005, avait justifié sa décision en invoquant un projet d’attentat contre lui et en accusant l’Iran de semer la zizanie au Liban par l’entremise du mouvement chiite Hezbollah.

Cette annonce a été accueillie dans la plus grande circonspection à Beyrouth. Le président Michel Aoun et le président du Parlement Nabih Berri disent notamment qu’ils ne peuvent reconnaître une démission faite depuis l’étranger.

Dans les circonstances, le gouvernement dirigé par M. Hariri, et qui comprend des membres du Hezbollah, est toujours considéré en fonction.

Le président Aoun a déjà indiqué qu'il souhaitait que Saad Hariri revienne au Liban pour s’expliquer avant de prendre une décision. En attendant que cela se concrétise, il multiplie les rencontres avec toutes les forces politiques du pays.

Au cours des dernières heures, l’avion qui avait transporté M. Hariri à Riyad a atterri à l’aéroport de Beyrouth, mais le premier ministre n’était pas à bord, alimentant les rumeurs selon lesquelles il serait retenu contre son gré en Arabie saoudite.

Une source gouvernementale libanaise citée par Reuters a avancé jeudi que M. Hariri est virtuellement en état d’arrestation en Arabie saoudite et que le Liban va solliciter certains pays pour convaincre Riyad de le relâcher.

« Restreindre la liberté de Hariri à Riyad est une attaque commise contre la souveraineté libanaise. […] Nous allons œuvrer avec les États [étrangers] pour qu’il revienne à Beyrouth », a dit cette source.

« Lorsqu’il s’est rendu en Arabie saoudite, il lui a été demandé d’y rester et on lui a ordonné de démissionner », soutient aussi une source proche de M. Hariri. « Ils lui ont ordonné de lire cette déclaration de démission, et il est depuis assigné à résidence. »

La monarchie saoudienne dément que ce soit le cas.

Le chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, a également affirmé dimanche que la démission de M. Hariri lui avait été « imposée » par l'Arabie saoudite.

Hariri rencontre des diplomates étrangers

Le bureau de M. Hariri a cependant fait savoir jeudi que celui-ci a rencontré quatre diplomates étrangers à Riyad, soit les ambassadeurs français et britanniques en Arabie saoudite, le chargé d’affaires de l’ambassade américaine et le chef de la délégation européenne.

Plus tôt cette semaine, le bureau de M. Hariri avait aussi annoncé qu’il s’était rendu à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, pour discuter de « la situation et [des] derniers développements au Liban » avec le prince héritier Mohammed ben Zayed al-Nahyane, avant de revenir à Riyad. Ce dernier est un proche allié du prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane.

La démission de M. Hariri est en outre survenue le jour même où la monarchie saoudienne a annoncé avoir procédé à une spectaculaire purge anticorruption qui s’est soldée par l’arrestation de plus de 200 personnes, dont des princes et des ministres, selon les plus récents chiffres publiés jeudi.

Personne ne sait avec certitude si cette purge a un lien avec la démission de M. Hariri, mais la coïncidence entre les deux événements contribue à alimenter les rumeurs. En plus d’être premier ministre du Liban, Saad Hariri dirige Saudi Oger, une entreprise de construction saoudienne jadis très puissante, mais aujourd’hui en faillite.

La démission de Saad Hariri s’inscrit par ailleurs dans un contexte de tensions croissantes entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, qui ont rompu tout lien diplomatique en janvier 2016 et qui n’hésitent pas à se menacer ouvertement.

Cette rivalité est exacerbée par les conflits armés au Yémen et en Syrie, où l’Arabie saoudite et l’Iran appuient des factions opposées.

Le Liban constitue aussi une caisse de résonance de ce conflit. Alors que l’Arabie saoudite est un soutien de M. Hariri, l’Iran est le parrain du mouvement chiite Hezbollah, qui est à la fois une milice armée et un parti politique.

L'Arabie saoudite a appelé jeudi ses ressortissants à quitter « le plus vite possible » le Liban, une décision susceptible d'alimenter les craintes que le pays du Cèdre ne replonge dans un nouveau conflit armé.

« Vu la situation au Liban, le royaume demande à ses ressortissants en visite ou résidant au Liban de le quitter le plus tôt possible, et conseille à ses ressortissants de ne pas s'y rendre », a indiqué une source au ministère des Affaires étrangères, citée par l'agence officielle SPA.

Le Koweït a aussi demandé à ses ressortissants de quitter le Liban.

Macron à Riyad

Le président français Emmanuel Macron a annoncé jeudi, à Dubaï, qu'il se rendrait dans les prochaines heures en Arabie saoudite pour évoquer la situation au Liban, le conflit au Yémen et l'Iran.

« Je me rendrai pour deux heures en Arabie saoudite pour voir le prince héritier Mohamed ben Salmane » et évoquer « les questions régionales », a-t-il dit lors d'une conférence de presse, au deuxième jour de sa visite aux Émirats arabes unis.

« Il me semble primordial de travailler avec l'Arabie saoudite à la stabilité régionale et à la lutte contre le terrorisme compte tenu des relations bilatérales étroites que nous entretenons », a-t-il ajouté. « Je rappellerai aussi toute l'importance qu'a la stabilité et l'intégrité du Liban. »

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