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Le spectacle surdimensionné de Katy Perry au Centre Bell

CRITIQUE – Il y a près de 10 ans, Katy Perry était une jeune femme qui s'émancipait publiquement avec son succès I Kissed a Girl. De nos jours, avec plus de 100 millions de disques vendus et encore plus d'abonnés à son fil Twitter, elle est l'une des vedettes mondiales de la pop les plus rassembleuses. Et sa tournée Witness, qui prenait son envol à Montréal au Centre Bell mardi soir, s'adresse précisément à ce grand public.

Retour en arrière : le 31 mars 2009, au Métropolis. Pour son premier spectacle en tête d’affiche à Montréal (on l’avait vue au Vans Warped Tour l’année précédente), Perry, alors âgée de 24 ans, était une chanteuse organique, presque volcanique. Elle contrastait avec la Britney Spears parfois amorphe et la Lady Gaga quelque peu robotisée que l’on venait de voir dans la métropole lors des deux semaines précédentes. Dans la salle : des centaines de jeunes femmes comme elle et des adolescentes proches de l’âge adulte. Bref, sa génération.

Hier, on voyait des centaines de jeunes mères dans la trentaine qui amenaient leurs fillettes au Centre Bell. Mais aussi des couples dans la quarantaine et la cinquantaine... Et des familles entières (papa, maman, les deux enfants), comme on en voit à un spectacle du Cirque du Soleil ou de Disney sur glace.

D’ailleurs, le kiosque à souvenirs avait les allures d’un département de vêtements pour femmes d’un magasin à rayons. On offrait 14 t-shirts différents, 2 chandails, 2 hauts de corps, des camisoles, des casquettes et quelque chose qui ressemblait à un pyjama...

Rarement a-t-on vu une artiste élargir son public dans une si grande fourchette générationnelle en si peu de temps. Madonna et Lady Gaga ont fait de même, mais souvent en raison d’une combinaison de provocations et de controverses.

Depuis les émois causés par I Kissed a Girl – certains Américains n’étaient pas chauds d’entendre une fille de pasteur évangéliste glorifier les bisous saphiques –, Perry n’a cessé de faire de la pop bonbon accrocheuse. Cela et sa propension aux habits de scène éclatants sont deux choses qui n’ont pas changé.

Surdimensionné

Witness, vous dites? Je pense que « Surdimensionné » aurait été une appellation de tournée encore plus valable. Tout, absolument tout dans ce spectacle est plus gros que l’entendement. À commencer par l’écran gigantesque en forme d’œil – un renvoi à la pochette du disque – qui monte jusqu’au sommet de l’aréna.

La scène et la passerelle qui s’y rattachent prennent la forme d’une grosse larme qui coule sur une joue et qui se rend loin au parterre. Brillante idée. Une autre toute petite scène est représentée par une goutte.

Après avoir eu droit à un voyage éclair dans la Voie lactée à l’aide d’images d’une clarté renversante, « l’œil » s’ouvre et Perry, toute de rouge vêtue, fait son apparition debout, au sommet d’une très grosse étoile qui surplombe la foule pour une version écourtée de Witness. Et ce parti-pris de gigantisme va perdurer.

Les deux dés qui servent de décor pour Roulette? Assez grands pour y faire entrer quatre danseuses. Vous voulez des plateformes automatisées indépendantes les unes des autres? Je crois en avoir compté huit quand Perry et ses danseuses y sont montées durant Dark Horse.

Vous préférez des marionnettes? Pendant Chained to the Rhythm et son très bon groove, deux marionnettes géantes avec comme têtes un téléviseur sont venues se trémousser avec les danseuses qui, elles aussi, avaient un téléviseur vissé sur leur tête. La télé, comme témoin (witness).

D’autres marionnettes énormes, cette fois des flamants roses, sont venus mettre de la couleur après un compte à rebours d’une horloge (immense, bien sûr), qui a ramené Perry à ses tubes de ses deux premiers albums. On oublie, ça va de soi, son disque de 2001 paru sous le nom de Hudson, son véritable nom de famille.

Enchaînement de succès

Cette portion, la meilleure du spectacle, se voulait un feu roulant de musique festive (six musiciens et choristes) et de bombardement sensoriel pour les rétines : Teenage Dream (avec Perry et ses danseuses juchées sur une large passerelle suspendue), Hot N’Cold et Last Friday Night (T.G.I.F) avec les flamants roses, California Gurls et, bien sûr, I Kissed a Girl. Pour cette dernière, Perry s’est arrimée à un siège et est allée se positionner à 40 pieds du sol entre des lèvres éléphantesques qui n’étaient pas sans rappeler celles du logo des Rolling Stones, la langue en moins.

Gros combiné de téléphone aussi... Dans les faits, aussi grand que la chanteuse elle-même qui a téléphoné à sa mère. Je ne peux vous assurer que c'était sa véritable mère au bout du fil, mais c’était pas mal comme clin d’œil.

Il y a eu des roses deux fois de la taille d’un homme qui ont permis à un acrobate et à la chanteuse de se livrer à un ballet durant Déjà Vù et des plantes carnivores qui ont « bouffé » Perry à la fin de Bon appétit. On comprend mieux le report de la tournée de quelques semaines... Ce spectacle ne laisse rien au hasard.

Pourtant, nous n’avions pas l’impression d’être à un soir de première tellement la prestation était fluide. Seul impair, un enchaînement raté : « Désolé, s’est excusée l’Américaine. C’est soir de première et c’est difficile de voler sur une planète… » Et sur ces paroles, Perry a survolé la foule du Centre Bell et a interprété Thinking of You assise sur Saturne. Saisissant.

L’avantage, avec tant de quincaillerie visuelle, c’est que l’œil est ravi même quand l’ouïe ne l’est pas, ce qui a été mon cas pour les nouvelles Tsunami, Save as Draft, Hey Hey Hey et Power, indépendamment du propos de la chanson ou de l’enrobage visuel. Mais peu importe que ce que l’on peut penser de Swish Swish, personne ne va oublier ce moment.

Perry a transposé le contexte du clip de sa chanson – un match de basketball – dont elle s’était déjà servie lors de l’animation des MTV Video Music Awards le mois dernier. Donc, des ballons de la grosseur de bonshommes de neige, un panier presque aussi grand que les buts de l’Impact de Montréal, des danseurs et un spectateur invité sur scène, saoul (une demande de Perry), pour un duel de lancers francs.

Le type, un Britannique établi à Montréal, avait bu cinq bières (on soupçonne que Perry a voulu hausser ses chances), mais baraqué comme il l’était, du genre déménageur, il a quand même remporté le concours 4 tirs contre 3, après prolongations.

Pendant une seconde, Perry, qui a désormais les cheveux courts, a fait une moue qui lui donnait l’allure de Miley Cyrus. Sa petite sœur, Noah Cyrus, a d’ailleurs offert une première partie honnête pour une adolescente de 17 ans.

Qu’à cela ne tienne, Perry, pas mauvaise perdante, a bouclé la boucle avec Roar et une tête de tigre… très, très grosse, avant d’offrir Fireworks au rappel, interprétée dans une paume de main, ça va de soi, de la dimension de celle de Gulliver avec les Lilliputiens.

Le défi de maintenir un intérêt planétaire

Où en sera Katy Perry dans 10 ans? Je l’ignore, mais j’ai du mal à croire qu’elle pourra maintenir un intérêt planétaire dans ce créneau musical pendant une décennie encore.

Remarquez, lorsque l’on a un public aussi large que le sien, tout est possible. Quoi qu’il en soit, elle donne à ses admirateurs de tout âge ce qu’ils veulent. Et ils seront quelques centaines de milliers de plus durant les prochains mois à être témoins de cette tournée.

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