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Le stade olympique ouvre ses portes aux demandeurs d'asile venus des États-Unis

L'afflux de demandeurs d'asile à la frontière canadienne ne connaît pas de répit, tant et si bien que les nouveaux arrivants sont maintenant accueillis au stade olympique de Montréal.

Des dizaines de demandeurs d'asile sont arrivés en matinée et ont découvert les nouvelles installations, qui comprennent 150 lits, des douches et un espace réservé pour la cuisine.

Nouveau lieu d'accueil, le stade olympique pourra héberger jusqu'à 450 personnes d'ici l'automne. Il s'ajoute à la liste des centres communautaires qui assurent déjà l'accueil des migrants en provenance des États-Unis. Au moins une centaine d'entre eux arrivent chaque jour dans la province depuis que le président américain, Donald Trump, a menacé de retirer aux Haïtiens leur permis de protection temporaire.

« C’est du jamais vu », a lancé la porte-parole du Programme régional d'accueil et d'intégration des demandeurs d'asile (PRAIDA), Francine Dupuis, dans une entrevue à Radio-Canada.

À ce jour, le Québec a déjà dépassé le nombre de demandeurs d'asile accueillis pour toute l'année 2016, qui s'élevait à 5505. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ont traité 6505 demandes d'asile entre janvier et juin 2017 seulement.

Manque de logements temporaires

Au-delà de la récente vague de migrants haïtiens à avoir franchi la frontière canadienne, ce sont des personnes d'une dizaine de nationalités différentes qui viennent trouver refuge au Québec, indique le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

« C’est une communauté qui se sent dans une situation très fragile aux États-Unis. Et elle n’est pas la seule, probablement que les Mexicains se manifesteront eux aussi », estime Mme Dupuis.

Les centres YMCA se chargent habituellement d’accueillir les nouveaux venus, mais l’afflux est tel que les organismes communautaires ont dû se tourner vers d’autres options de logement temporaire.

« Il n’y a pas plus de lits au stade olympique que dans les autres sites. On parle d'un maximum de 450, tandis que les YMCA en accueillent 600 », assure-t-elle.

L'entente prévoit que l’accueil de demandeurs d'asile, logés au stade à « court terme », ne vienne pas nuire aux activités qui s’y déroulent.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a par ailleurs souhaité la bienvenue aux réfugiés haïtiens. « Vous pouvez compter sur notre entière collaboration », a-t-il tweeté, déplorant au passage ce qu’il considère être une autre « conséquence de la politique d’immigration de Donald Trump ».

Le programme de demandeurs d’asile PRAIDA accompagne les migrants dans leurs démarches d’accès à l’aide financière et dans leur recherche d'un logement. Durant cette période de transition, « ils sont nourris, logés, blanchis. Après, ils repartent. Ils ne sont là que quelques semaines », note Mme Dupuis.

« Le Québec, c’est la Cadillac au Canada » en matière d’accueil des demandeurs d’asile, selon Mme Dupuis, qui est aussi la PDG adjointe du CIUSSS, qui souligne l'importance de l'accompagnement dont bénéficient les nouveaux venus.

En plus d'un soutien en santé physique et mentale, le programme aide les migrants à mieux s'intégrer en milieu scolaire et au travail.

Un long parcours en vue

Selon l'avocat spécialisé en immigration Stéphane Handfield, les demandeurs d'asile qui seront accueillis au stade devront se préparer pour un « long parcours » pendant qu'ils sont pris en charge par des organismes comme PRAIDA. Ils devront d'abord attendre le résultat d'enquêtes visant à confirmer leur identité et le risque qu'ils pourraient représenter.

Si aucune lumière rouge ne s'allume à ce stade, leur dossier sera transféré à un commissaire de la section de la protection des réfugiés qui étudiera leur demande afin de déterminer s'ils peuvent bel et bien être reconnus comme demandeurs d'asile. Ceux qui seront refusés pourront porter leur cause en appel; ceux qui seront acceptés pourront demander à devenir résidents permanents, puis, à terme, citoyens canadiens.

Le problème, souligne M. Handfield, est que les demandes sont de plus en plus rarement transférées à un commissaire avant l'expiration du délai maximal de 60 jours prévu par le Règlement sur l'immigration et la protection des réfugiés.

« Au moment où on se parle, plus de 50 % des dossiers du bureau régional de Montréal ne procèdent pas dans ces délais, dit-il. Donc, les délais explosent, et on doit s’attendre à ce qu’une personne qui fait une demande d’asile ne soit pas entendue par un commissaire de la section de la protection des réfugiés avant fin 2017. »

Selon M. Handfield, cette situation résulte essentiellement d'un problème de ressources humaines. « Le ministère de l’Immigration, l’Agence des services frontaliers, le tribunal de l’immigration n’ont pas les ressources présentement pour faire face à une telle demande et ça ne va aller qu’en s'accentuant », anticipe l'avocat.

La ministre de l'Immigration du Québec, Kathleen Weil, assure toutefois qu'elle travaille activement avec le gouvernement fédéral afin d'accélérer le processus.

Le gouvernement, en collaboration avec l'Agence des services frontaliers, aurait notamment amorcé un tri des demandeurs d'asile à la frontière.

« Est-ce qu’on est capable de voir s’ils veulent aller en Ontario? Ça pourrait réduire la pression, mais aussi accélérer le traitement pour qu’on ne soit pas obligé de les mettre dans des logements temporaires », a-t-elle expliqué.

Dans le cas des Haïtiens, l'acceptation des demandes est cependant loin d'être assurée, et la possibilité qu'ils soient expulsés vers leur pays d'origine est réelle. Ottawa considère en effet qu'Haïti est un « pays sûr ».

La liste des pays dont les ressortissants bénéficient d'un sursis aux renvois est en fait relativement courte : elle comprend certaines régions de la Somalie, la bande de Gaza, la Syrie, le Mali, la République centrafricaine, le Soudan du Sud, la Libye, le Yémen, le Burundi, l'Afghanistan, la République démocratique du Congo et l'Irak.

« Le problème, à mon avis, c'est le statu quo du gouvernement fédéral », soutient Stéphane Handfield. « Des décisions doivent être prises. Elles doivent être prises rapidement. Ne serait-ce que de revoir l’Entente sur les tiers pays sûrs, qui oblige la très grande majorité de ces individus à franchir de façon irrégulière la frontière canadienne au lieu de se présenter directement à un poste frontalier, où ils seraient pris en charge immédiatement par les autorités canadiennes. »

Cet accord entre le Canada et les États-Unis, en vigueur depuis 2004, est d'ailleurs actuellement contesté devant les tribunaux.

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