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Le succès des cliniques sans médecin en Ontario n'inspire pas Québec

La coopérative médicale SABSA, à Québec, ferme sa clinique sans rendez-vous parce que le gouvernement québécois ne veut pas de cliniques sans médecin. Pourtant, l'Ontario mise depuis près de 10 ans sur des cliniques dirigées par du personnel infirmier pour rejoindre des populations négligées par les médecins. 

Un texte de Claude Brunet à Désautels le dimanche

La coopérative de solidarité SABSA (Service à bas seuil d'accessibilité) est une clinique de soins primaires qui offre ses services à la population de la basse-ville de Québec.
On y trouve deux infirmières praticiennes spécialisées et une infirmière clinicienne; aucun médecin sur place.

L'une des fondatrices, l'infirmière praticienne Isabelle Têtu, explique que le but de SABSA est de rejoindre les personnes les plus démunies du quartier qui ne vont pas dans les cliniques de santé conventionnelles.

« Et quand ils vont consulter les services de santé, bien souvent ils sont tellement dans un état détérioré, qu'on aurait pu travailler en amont pour éviter des hospitalisations et éviter des complications plus graves de leur situation de santé », constate-t-elle.

La clinique SABSA a pu offrir des soins médicaux sans rendez-vous et sans médecin grâce aux subventions de la Fédération professionnelle de la santé du Québec (FIQ), le syndicat des infirmières.

Une équipe d'universitaires s'est jointe au projet pour en évaluer les performances. Le rapport préliminaire de l'équipe de recherche ESPI (Équipe de soins primaires intégrés), publié en avril 2016, montre que moins de 5 % des consultations à la clinique SABSA ont nécessité qu'un patient soit adressé à un professionnel de l'extérieur de la clinique; le plus souvent un spécialiste.

Le veto du ministre Gaétan Barrette

Après avoir subventionné la clinique SABSA pendant deux ans, la FIQ a décidé de ne pas renouveler son aide financière, jugeant que c'était au gouvernement du Québec de prendre le relais.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a refusé. Il ne veut pas financer une clinique où il n'y a pas de médecins.

Damien Contandriopoulos, professeur en administration des services infirmiers à l'Université de Montréal, a codirigé le projet de recherche sur SABSA. Il estime que cette clinique démontre qu'on peut faire les choses différemment.

« Les infirmières peuvent offrir une grande portion des soins primaires de façon autonome. Et souvent, il ne serait pas nécessaire d'être médecin pour répondre à beaucoup de petits problèmes de santé. Ce que SABSA montre, c'est que d'autres modèles fonctionnent et qu'on serait beaucoup mieux servi au Québec, si on acceptait d'avoir une offre de soins qui est variée. »

L'expérience ontarienne

En Ontario, on trouve 25 cliniques dirigées par des infirmières praticiennes qui fournissent des soins de santé complets à la population. Elles prennent également en charge les malades chroniques et font la promotion de la santé. Elles doivent faire appel à un médecin collaborateur pour une minorité de cas.

Le modèle de cliniques dirigées par du personnel infirmier en Ontario a permis de rejoindre des populations mal desservies. Cela a également permis de consolider le rôle des infirmières praticiennes dans cette province.

Dans le nord-est de l'Ontario, à une heure de Sudbury, la clinique dirigée par du personnel infirmier praticien de la Rivière des Français offre des services médicaux complets avec l'aide de quatre infirmières, dont deux praticiennes.

« Je prends soin des patients de la communauté. C'est comme si on venait voir son médecin de famille. À la place, on vient voir son infirmière praticienne, qui s'occupe de nos soins de santé primaires », renchérit Valérie Blais, infirmière praticienne à la clinique de Rivière des Français.

Le financement participatif, une solution?

La clinique SABSA, à Québec, a lancé une campagne de financement sur la plateforme de financement participatif La Ruche. Son objectif est de recueillir 250 000 $ pour maintenir en activité la clinique de proximité qu'on a fermée le 1er mai. Entre-temps, SABSA continue d'offrir le suivi infirmier pour les personnes atteintes de l'hépatite C.

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