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Le succès partagé d'une entreprise québécoise en affaires à Cuba

Depuis déjà trois générations, une famille québécoise s'occupe de vendre des camions, des autobus, des pièces et des accessoires de réparation à Cuba. Les Lussier sont très appréciés à La Havane, où ils sont reconnus pour avoir aidé le pays au moment où la crise économique le frappait de plein fouet.

Un texte de Martin Movilla

À la fin des années 90, Cuba connaît une grave crise économique et il est difficile de se procurer des produits alimentaires, des vêtements, des articles de toilette et des produits de lessive et de nettoyage sur l'île.

La chute de l'Union soviétique et les sanctions américaines ont créé un climat social, politique et économique très tendu. Des milliers de Cubains ont ainsi été poussés à fuir leur pays en quête d'une vie meilleure ou pour pouvoir envoyer de l'argent et des produits de première nécessité aux familles restées à Cuba.

À l'époque, la situation est aussi critique pour tout ce qui a trait au transport de personnes et de marchandises. Les camions et les autobus russes (ou fabriqués dans les pays de l'ex-Union soviétique) se font vieux et désuets. Il n'y a plus de pièces ni de possibilité de réparation et, sans bloc communiste, il n'y a plus non plus de fabrication à grande échelle ni de subventions pour Cuba.

C'est à ce moment, il y a 25 ans déjà, que le Québécois Gabriel Lussier propose aux Cubains d'acheter des camions et des produits nord-américains.

« J'ai toujours été bien payé et eu confiance. Je n'ai jamais perdu aucun sou », assure M. Lussier en soulignant que, malgré la crise économique qui touchait Cuba et quelques retards de paiements, il n'a jamais douté de l'honorabilité de ses acheteurs.

Pour Gabriel Lussier, cette île des Caraïbes reste l'un de ses meilleurs clients : les affaires avec les Cubains représentent environ 10 % du chiffre d'affaires de son entreprise. « Cuba est le seul pays où l'on donne du financement », ajoute-t-il.

Au début, M. Lussier achetait des camions usagés, les réparait et les remettait en état pour les envoyer sur l'île.

Derrière cette opération commerciale, il y avait aussi un côté humain : le Québécois avait été frappé par les difficultés que vivaient les Cubains pour trouver les pièces de réparation et pour remplacer les vieux camions soviétiques.

« C'était très bien, dit-il. C'est du monde bien correct et ça a été facile pour moi parce que j'aimais ces gens-là et je voyais aussi les besoins qu'ils avaient. Je me voyais capable de leur fournir ça ».

Et même si cela reste une histoire d'affaires, il ne faut pas oublier que ces camions étaient fondamentaux pour que la nourriture, les médicaments et les fournitures arrivent aux habitants de l'île.

Les Cubains avaient désespérément besoin de moyens de transport pour pallier les problèmes liés aux sanctions économiques américaines et à une gestion macroéconomique nationale parfois erratique.

L'entreprise de Gabriel Lussier, le Groupe Lussier, emploie 400 personnes au Québec et continue à vendre à Cuba comme l'avait imaginé son fondateur.

« On vend des camions usagés, reconditionnés, de 7, 8 ou 10 ans, ça dépend », explique Mario Lussier, le fils de Gabriel, qui est aujourd'hui à la tête du Groupe Lussier. Il parle aussi d'un des avantages qui plaisent le plus aux Cubains une « garantie des pièces pour les 20 prochaines années ».

Un avenir prometteur à Cuba

La filière cubaine du Groupe Lussier, Terracam, est dirigée par Nancy Lussier, petite fille de Gabriel et fille de Mario.

Selon elle, l'avenir semble prometteur pour son entreprise à Cuba et c'est pour ça qu'il faut bien planifier les prochains pas.

« On veut s'installer ici prochainement. C'est déjà en cours », dit Nancy Lussier, avant d'ajouter qu'elle « travaille maintenant sur des dizaines de projets pour les flottes de services, pour changer les véhicules de plusieurs entreprises, pour donner le service et le reconditionnement de certaines pièces ici à Cuba ».

Nancy Lussier travaille très fort avec ses collaborateurs locaux pour accroître la confiance de ses clients et pour montrer comment l'expérience et la qualité de ses produits peuvent être profitables aux acheteurs cubains.

Québec et Cuba : un rapprochement économique intéressant

En novembre 2015, la ministre québécoise de Relations internationales, Christine St-Pierre, s'est rendue à Cuba pour rencontrer des dirigeants économiques et politiques. Après ce voyage, Cuba a été ajouté à la liste de priorités des relations internationales du Québec.

Le Groupe Lussier jouit déjà d'une « expertise cubaine » qui le place dans une position stratégique et privilégiée. L'entreprise espère bénéficier de ce climat positif entre la Belle Province et la plus grande île des Antilles pour continuer de développer ses activités.

Il y a toujours eu un lien historique entre les Québécois et Cuba et plusieurs croient qu'il est temps de profiter de la normalisation des relations pour dénicher un marché intéressant et en plein essor pour les entreprises québécoises.

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