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Le surpeuplement des logements autochtones favorise la résistance aux antibiotiques

Les communautés autochtones du nord de la Saskatchewan sont particulièrement vulnérables aux infections bactériennes résistantes aux antibiotiques, comme celles du staphylocoque doré. Une situation notamment causée par le mauvais état et le surpeuplement des logements.

Un texte de Miriane Demers-Lemay

Depuis près de 20 ans, le nombre d’infections au Staphylocoque doré est anormalement élevé dans le nord de la Saskatchewan, un vaste territoire éloigné et peuplé de communautés autochtones dispersées.

En 2006, le taux d’infections atteint un pic, avec près de 150 cas pour 10 000 patients. Plus de 40 fois la moyenne nationale. Dans une seule des communautés étudiées, près de 500 infections par 10 000 patients sont observées en un an.

De 2006 à 2008, un programme financé par le gouvernement fédéral est en place dans le nord de la province. L’objectif est de sensibiliser la population à l’importance de l’hygiène et les professionnels de la santé aux effets de la surprescription d’antibiotiques.

En deux ans, les cas d’infections par année diminuent de moitié. Mais depuis une dizaine d’années, le taux d’infections au Staphylocoque ne semble pas vouloir diminuer davantage, selon des experts sur le terrain.

Une situation qui est associée aux conditions des logements, selon des études réalisées par le Northern Antibiotic Resistance Partnership (NARP), une association de chercheurs, d'éducateurs, de professionnels de la santé et de membres des communautés du nord de la province.

Des bactéries qui se propagent rapidement dans les logements

« Si on a des logements en mauvais état, ce sont des nids pour les bactéries », explique James Irvine, un médecin de La Ronge, une communauté du nord de la Saskatchewan.

L’accès irrégulier à l’eau dans ces communautés isolées est un autre facteur ayant un impact sur la fréquence du lavage des mains et des douches, et donc de l’hygiène.

Le mauvais état des logements et l’hygiène souvent inadéquate font en sorte que ces bactéries sont plus présentes dans les communautés. Et ces bactéries se propagent rapidement dans les nombreux logements surpeuplés du nord de la province.

« Si une personne est contaminée par cette bactérie, il est probable que les autres membres qui vivent à proximité soient aussi contaminés, alors on observe la multiplication et la propagation de cette bactérie, explique le biologiste de l’Université de Regina, John Stavrinides. On a ainsi plus d’individus à traiter aux antibiotiques. »

Or, chaque fois que des antibiotiques sont utilisés, il y a plus de chances que des bactéries résistantes aux antibiotiques, comme le Staphylocoque doré, survivent et se multiplient.

Des fonds insuffisants?

Il manque plus de 10 000 unités d’habitations dans les communautés autochtones de la Saskatchewan, selon le chef de la Fédération des Premières Nations souveraines de la Saskatchewan (FSIN), Bobby Cameron. Et c’est définitivement dans le nord de la province que le problème est le plus criant.

« On constate vraiment la crise quand on retrouve 15 personnes qui vivent dans une maison et qui partagent trois chambres et une salle de bain », déplore-t-il.

« Ultimement, c’est en réduisant le surpeuplement, et donc en apportant un appui continu aux communautés qu’on pourra faire une différence dans le taux d’infection au Staphylocoque », croit James Irvine.

La FSIN et plusieurs conseils de bande de la province demandent d’ailleurs un plus grand financement gouvernemental pour pallier la crise du logement dans les réserves.

Services aux Autochtones Canada informe que le budget de 2016 prévoyait un investissement de près de 555 millions de dollars sur deux ans pour répondre aux besoins urgents de logement dans les réserves. Une partie de ce montant a été dirigée pour la construction, la rénovation ou le raccordement aux services publics de 1020 logements en Saskatchewan, soit le plus grand nombre dans l’Ouest canadien.

Près de 600 millions de dollars supplémentaires pour les trois prochaines années ont été proposés pour les logements des réserves à l’échelle nationale lors du dernier budget fédéral. Mais selon Bobby Cameron, ce montant n’est pas suffisant pour combler les besoins en Saskatchewan.

Services Autochtones Canada affirme également travailler sur une stratégie de dix ans sur le logement, qui est en voie d’être élaborée avec les Premières Nations.

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