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Le système de triage pour envoyer des demandeurs d'asile en Ontario se fait attendre

Il faudra encore « quelques semaines » avant qu'un système de triage permettant de transférer en Ontario des migrants qui entrent irrégulièrement au Québec depuis les États-Unis soit complètement fonctionnel, ont admis lundi des ministres du gouvernement Trudeau. Pendant ce temps, les demandeurs d'asile arrivent au Québec à un rythme quatre fois plus élevé que l'an dernier.

Un texte de François Messier

« Ce n’est qu’une question de temps », a assuré le ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen, interrogé au sujet de cette demande faite récemment par le gouvernement du Québec en conférence de presse. « Ça ne peut pas arriver du jour au lendemain », a-t-il plaidé.

« Ça va se faire bientôt, mais c’est assez complexe », a renchéri le ministre des Transports Marc Garneau, qui préside un groupe de travail intergouvernemental réunissant certains de ses collègues du gouvernement fédéral et les ministres de l’Immigration du Québec et de l’Ontario.

« L’Ontario est à 100 % prête à travailler avec nous sur le système de triage », a assuré le ministre Garneau. « Maintenant, s’il y a un grand nombre d’irréguliers qui arrivent à Lacolle et qui décident qu’ils voudraient aller en Ontario, en attendant qu’ils puissent présenter leur cas devant la Commission [de l’immigration et du statut de réfugié], ça implique des ressources en Ontario pour les recevoir », a-t-il ajouté.

Selon le ministre Hussen, des responsables du gouvernement ontarien sont récemment venus au Québec pour voir comment la province gère cet afflux de migrants venus demander l’asile, et « ils ont beaucoup appris ».

L’Ontario est préoccupée par l’impact de l’arrivée de ces migrants sur les ressources de la Ville de Toronto, a-t-il acquiescé, mais elle a exprimé la volonté de les recevoir dans des villes de banlieue, comme Ajax, qui a déjà reçu quelques-uns d’entre eux.

Le gouvernement fédéral s'est engagé à la mi-avril à améliorer le processus de triage à la frontière pour les migrants qui sont prêts à s'installer ailleurs au pays. Ottawa reconnaît que le Québec reçoit actuellement un nombre « disproportionné » de ces demandeurs d'asile, comme l'a répété le ministre Hussen lundi.

Ce nouveau système devait être en place à la fin avril, mais cela ne s'est finalement pas matérialisé.

Quatre fois plus de demandeurs d'asile que l'an dernier

Selon le ministre Garneau, pas moins de 2500 personnes ont franchi la frontière de manière irrégulière au Québec en avril.

Lors de la même période l'an dernier, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n'avait intercepté que 672 personnes à la frontière, selon les chiffres officiels du ministère de l'Immigration. Ce nombre avait ensuite grimpé à 2996 en juillet, puis à 5530 pour le mois d'août. Entre 1500 et 2000 personnes ont ensuite été interceptées pour chacun des quatre derniers mois de 2017.

Accompagnant ses collègues du Cabinet Trudeau, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a précisé qu'entre 70 et 80 personnes franchissent en moyenne la frontière dans le secteur de Saint-Bernard-de-Lacolle depuis quelques jours. Ce nombre a été un peu plus élevé pendant le week-end de Pâques.

Les ministres fédéraux ont par ailleurs annoncé que le gouvernement s'apprête à aménager des tentes pouvant abriter de 500 à 550 personnes dans le secteur de Lacolle. « C'est une mesure de prudence », a affirmé le ministre Garneau. « On doit être prêts. »

Opération ministérielle au Nigeria

Les ministres ont en outre confirmé qu'Ottawa collabore avec Washington pour réduire le nombre de Nigérians qui sont récemment venus gonfler les rangs des demandeurs d'asile qui arrivent au Québec.

Ces Nigérians, qui arrivent en Amérique du Nord grâce à des visas délivrés par le gouvernement américain, constituent désormais la grande majorité des personnes interceptées par la GRC à la frontière depuis le 1er janvier.

Trois représentants canadiens ont déjà été dépêchés pour travailler avec les agents des visas des États-Unis à l'ambassade d'Abuja et au consulat de Lagos, et ces derniers ont depuis « resserré leurs règles » pour l'octroi de visas.

Le ministre Ahmed Hussen se rendra également dans le pays ce mois-ci pour discuter avec les autorités nigérianes.

Le ministre Garneau a pour sa part confirmé que le nombre de demandeurs d'asile d'origine haïtienne, qui constituaient de loin le plus gros contingent en provenance des États-Unis l'an dernier, a connu une baisse « drastique », et que le grand nombre de Latino-Américains qui auraient pu faire de même « ne s'est pas matérialisé ».

Pas de « billet gratuit » pour le Canada

Le ministre Goodale a beaucoup insisté, à l'instar de ces collègues, sur le fait qu'aucun des migrants qui franchissent la frontière de façon irrégulière ne reçoit un « billet gratuit » ou un « laissez-passer » pour le Canada.

Toutes les vérifications de sécurité requises sont faites, les lois canadiennes sont suivies, et les obligations du Canada en vertu de la Convention de Genève sur le statut de réfugié sont respectées, a-t-il assuré. Les migrants qui présentent un risque peuvent d'ailleurs être incarcérés, a-t-il rappelé.

Pour obtenir le statut de réfugié en bout de piste, les demandeurs doivent avoir des raisons légitimes de le demander, et prouver qu'ils ont besoin de la protection du Canada. S'ils n'y parviennent pas, ils sont ultimement renvoyés vers leur pays d'origine.

Selon le ministre Garneau, « un peu plus de 90 % des migrants irréguliers ne répondent pas aux critères » établis pour accorder l'asile politique. Il a d'ailleurs souligné que 200 personnes devront quitter le Canada pour cette raison d'ici deux semaines.

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