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Le taux d'intérêt négatif au Japon est un échec

L'économie du Japon connaît des difficultés depuis des mois. Dans l'espoir de relancer les investissements, la Banque centrale a instauré il y a trois semaines un taux d'intérêt négatif. L'objectif est de pousser les banques privées à offrir davantage de crédit aux entreprises et aux particuliers. Une initiative qui pour l'instant donne peu de résultats.

Un texte d'Yvan Côté correspondant à Pékin

Comme la presque totalité des Japonais, Daijiro Yamamoto a un emploi, un horaire chargé et une longue liste d'articles qu'il veut acquérir. Au sommet de ses priorités, il y a acheter une caméra vidéo pour l'aider dans son travail. Mais le jeune traducteur se demande pourquoi commander son appareil maintenant alors que le prix des biens chute depuis des mois un peu partout dans le pays.

« Je suis assidûment toutes les fluctuations dans les boutiques, explique Daijiro, et chaque semaine, le prix de ma caméra baisse, augmente et baisse à nouveau. Je me dis que si j'attends, je sauverai des sous. »

C'est pour contrer ce manque d'enthousiasme des consommateurs que le gouvernement de Shinzo Abe a décidé de prendre les grands moyens à la fin janvier en instaurant un taux d'intérêt négatif pour les banques japonaises. Dorénavant, les institutions financières doivent payer 0,1 % pour placer leur argent à la Banque centrale plutôt que de recevoir des intérêts. Une première dans une économie aussi importante que celle du Japon.

« Nous ne sommes pas les premiers à tester le taux d'intérêt négatif, indique un analyste financier chez CLSA à Tokyo, Nicolas Smith. Le Danemark, la Suisse, la Suède et la banque centrale européenne ont expérimenté cet outil avant nous, mais ça ne s'est jamais fait dans un marché aussi gigantesque que le nôtre. Rappelez-vous que le Japon est la troisième économie de la planète après celle des États-Unis et de la Chine. »

Déflation, pays au bord de la récession... L'autre problème majeur auquel fait face le Japon est la force du yen qui plombe ses exportations depuis un certain temps. Les chiffres montrent d'ailleurs un recul du PIB de 1,4 % lors du dernier trimestre, ce qui fait en sorte que l'économie s'est contractée au cours de cinq des douze derniers mois.

« La volatilité des marchés financiers mondiaux sur fond de poursuite du déclin des prix du pétrole et d'incertitudes dans les pays émergents, en particulier en Chine, nous force à agir », a indiqué le président de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda. « Le yen s'est renforcé et c'est un élément susceptible de heurter les profits des firmes exportatrices nippones. »

Après avoir épuisé tous les autres outils à sa disposition pour sauver son économie, le gouvernement de Shinzo Abe joue donc le tout pour le tout avec un taux d'intérêt négatif, mais, pour l'instant, l'initiative est un échec sur toute la ligne.

Le yen continue de s'envoler et la consommation des ménages a accentué son recul (-4,4 % sur un an), tout comme la production industrielle (-1,4 % sur un mois).

L'initiative du gouvernement n'a pas non plus convaincu Daijiro d'acheter sa caméra. Il continue à visiter les boutiques chaque semaine et se dit que les prix toucheront probablement le fond du baril bientôt.

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