Le monde du travail se prépare à l'arrivée prochaine du cannabis légal et se questionne sur ce qu'il faudra mettre en place pour en minimiser les impacts éventuels.

Un texte d’Akli Ait Abdallah, de Désautels le dimanche

Asbestos, 20 avril dernier, à l’école secondaire de l’Escale. Dans une grande salle de réunion voisine du secrétariat se tient un atelier mis sur pied par le service aux entreprises de la Commission scolaire des Sommets.

À la baguette, Marie-Josée Tessier, conseillère en ressources humaines depuis vingt-cinq ans et présidente de Koläb, un cabinet-conseil qu’elle a fondé en 2016.

En cercle autour d’elle, des gestionnaires d'entreprises ou d’organismes venus d’Estrie et du Centre-du-Québec pour une formation de trois heures sur « la légalisation du cannabis et ses impacts en milieu de travail ».

Des participants de tous les horizons

Cet atelier, Marie-Josée Tessier l’a conçu à l’automne dernier et a commencé à le donner au début de l’hiver 2018.

Au programme, le projet de loi C-45 dans ses détails, les incidences du cannabis sur la productivité, les différentes obligations de l’employeur, celles de l’employé, la délicate question des tests de dépistage...

Audrey Gagné, qui a fait le déplacement de Sainte-Brigitte-des-Saults, dirige, avec son conjoint, une petite entreprise d’importation d’équipements agricoles.

« On a des employés qui doivent conduire de la machinerie lourde. On se demande ce qu’on aura le droit de faire ou pas si on soupçonne un de nos travailleurs d’être sous l’effet de drogues. Dans le fond, on veut savoir comment intervenir. »

Aussi présente à la formation ce matin-là, Jade Lescault est directrice adjointe du Carrefour jeunesse-emploi des comtés de Richmond et Drummond-Bois-Francs.

« Nous travaillons avec une clientèle qui a entre 16 et 35 ans. Les problèmes de consommation, ça fait partie de notre quotidien, explique-t-elle. Mais avec la légalisation du cannabis, se pourrait-il qu’on assiste à une augmentation de la consommation sur les lieux de travail? Certains ne risquent-ils pas de penser qu’ils peuvent aller fumer un joint pendant leur pause? Nous travaillons déjà les attitudes en emploi, mais avec cette formation, nous pourrons adapter nos interventions auprès des jeunes, rappeler leurs responsabilités de travailleurs au sein de l’entreprise, leur expliquer la loi et les sensibiliser à cette nouvelle donne. »

Lignes directrices

Nouvelle donne ou pas, il y a des choses que les employeurs ne pourront pas faire. Marie-Josée Tessier insiste : bien qu’ils soient responsables de la santé et de la sécurité de leurs employés, il ne leur sera pas possible de procéder à des tests de dépistage aléatoires – à moins d’avoir un motif raisonnable, tel que défini par les tribunaux – ni procéder à des fouilles systématiques.

« Il faut vraiment avoir une croyance vraiment forte que l’employé arrive avec les facultés affaiblies au travail, ou dans le cas d’un accident qui pourrait avoir été provoqué par cet état », répond la formatrice à une participante qui s’interroge sur sa marge de manœuvre.

Au fil des formations qu’elle donne ici et là, il arrive que Marie-Josée Tessier s’adresse aussi à des représentants syndicaux qui, à l’aube de la légalisation du cannabis, craignent une dégradation des relations de travail. « Ils ont peur que certains patrons poussent le bouchon un peu trop loin, rapporte-t-elle. Et ils redoutent des abus, comme les contrôles abusifs, les fouilles ou le renvoi au moindre signe de rougeur dans les yeux, par exemple. »

Pour ne pas en arriver là, une des solutions préconisées par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec est l’adoption d’une politique claire qui baliserait les règles en matière de cannabis dans les murs de l’entreprise.

« Cette politique doit refléter le lieu dans lequel elle s’applique, précise Mme Tessier. Selon que l’on soit dans le secteur de la construction ou des services, il pourrait y avoir des différences. Elle doit aussi impliquer tous les partenaires qui s’y côtoient. Si elle est le fruit d’un consensus, il sera plus facile de l’appliquer. »

Inquiétudes des employeurs

Travaux pratiques en atelier pour Francis, qui dirige avec sa sœur Sylvie une petite entreprise de transformation du métal en Estrie. Au-delà de la politique, dont il faut déjà commencer à faire l’ébauche, la légalisation prochaine du cannabis préoccupe les héritiers de la PME familiale.

Tous les deux inquiets de « la charge additionnelle de travail qu’il va falloir abattre pour administrer tout ça », ils ont aussi peur de voir surgir des tensions.

« Gérer de la discipline, ce n’est jamais agréable. Déjà que la main d’œuvre est difficile à recruter, à garder. Il faut vraiment bien réfléchir à la façon dont on va agir. C’est certain qu’on va consulter les employés, et bâtir quelque chose avec tout le monde », dit Sylvie.

Son frère Francis assure qu’il y a toujours eu de très bonnes relations avec le délégué syndical, et qu’il compte bien l'associer pour établir ce que sera le seuil de tolérance.

« Peut-être qu’on va s’assouplir avec le temps, ou peut-être qu’on va se mettre très souple puis on va devoir être un peu plus rigide avec le temps. Il va falloir s’adapter. Comme on dit en anglais, c’est un work in progress. »

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