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 « Le travail le plus difficile de ma vie » confesse la commissaire Michèle Audette 

De passage à Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest cette semaine, dans le cadre de l'ENFFADA, l'une des quatre commissaires restantes, Michèle Audette, se livre sur les tourments qui minent les travaux de l'Enquête.

D’après un texte de Angela Sterritt, CBC

Environ 500 personnes ont témoigné depuis le début des audiences de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), en mai 2017.

Mais les nombreux cahots qui ont jalonné l'enquête laissent certaines familles douter de la suite des choses. Leurs histoires seront-elles entendues et mémorisées ?

« J'avais tellement d'espoir d'être écoutée, maintenant c'est juste un sentiment de désespoir et d'impuissance », explique Roxanne Wilson, dont la fille de six ans a été tuée en 1989.

Michèle Audette se veut rassurante malgré son découragement d'entendre des membres des familles perdre la foi : « Les gens ne nous font plus confiance, ils ont besoin de savoir qui nous sommes. Nous sommes gentils, intelligents, très forts et capables de faire ce travail. »

Roulement perpétuel du personnel, communications problématiques, préoccupations inhérentes au suivi, divers obstacles ont ébranlé l’Enquête depuis les tous débuts.

Le rapport final doit être rédigé d'ici le 1er novembre 2018, mais aucune demande de prolongation n’a été faite jusqu’à présent.

Pourtant, en novembre, la commissaire en chef Marion Buller plaidait pour obtenir plus de temps et du financement supplémentaire du gouvernement fédéral, sans spécifier combien de temps ou d'argent seraient nécessaires.

Une tâche éprouvante

Certains employés travaillent sept jours sur sept et jusqu'à 12 heures par jour, signale Michèle Audette. Beaucoup d’entre eux, des travailleurs de première ligne, peuvent être émotionnellement éprouvés.

« C'est le travail le plus difficile que j'ai jamais fait dans ma vie », reconnait Michèle Audette.

Les embûches se sont accumulées dès le départ. Beaucoup plus de temps que prévu a été nécessaire pour embaucher le personnel, trouver les bureaux, mettre à jour les listes téléphones. Tout devait être approuvé par le Bureau du Conseil privé.

Les problèmes de communication ont suivi, engendrés par la dispersion des bureaux dans plusieurs villes canadiennes.

« Nous sommes très dispersés, il était donc difficile dès le départ de créer une base solide et d’établir une forte stratégie de communication capable d’expliquer notre processus de travail », explique Mme Audette.

En janvier la directrice générale, en poste depuis trois mois, Debbie Reid, a été remplacée par le directeur des opérations, Calvin Wong.

Mme Reid a quitté à la suite d’une controverse causée par un courriel divulguant sa priorité de protéger les commissaires contre les critiques.

Pendant son court passage à l’ENFFADA, au moins trois membres du personnel ont été congédiés : Morene Gabriel, Melissa Carlick et Jodie Millward.

« C’était dévastateur d'être ainsi arrachée, c'était très difficile », a déclaré Jodie Millward, ancienne directrice de la santé pour l’ENFFADA, responsable de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et du Yukon. Elle a été congédiée huit jours après la nomination de Mme Reid, après seulement 14 semaines de travail.

Jodie Millward devait gérer les services de santé pour les familles autochtones qui participaient aux audiences. Elle élaborait des programmes de thérapie familiale et gérait les services de soutien pour les personnes comparaissant devant la commission. Elle affirme cependant que le travail allait bien au-delà de sa description de tâche.

« Aucune politique ni procédure n’avaient été instaurées. Il n'y avait rien pour protéger les gens qui font ce travail » tenait à préciser Mme Millward.

Aujourd’hui encore, Jodie Millward dit ne pas comprendre pourquoi elle a été congédiée.

Pas de place pour l’échec

La présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Francyne Joe, blâme les commissaires de l'Enquête pour les problèmes persistants.

Le réseau anglais de Radio-Canada a contacté l’ENFFADA pour obtenir un commentaire de la commissaire en chef Marion Buller. Le bureau des Communications dit encore examiner la demande.

L'exemple de la CVR

La Commission de vérité et réconciliation du Canada, chargée d’examiner l'histoire des pensionnats autochtones au pays avait été confrontée aux mêmes soubresauts.

Six mois après le début des travaux, des tiraillements au sein du groupe de travail ont mené à la démission du président et, quelques semaines plus tard, de deux commissaires.

La nouvelle équipe s’est efforcée ensuite de rebâtir la commission et de rétablir le lien de confiance avec les Autochtones.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada remettra finalement son rapport final, en décembre 2015, après plus de six années de travaux, formulant 94 appels à l'action (ou recommandations).

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