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« Le visage découvert, c'est le tchador » – Fatima Houda-Pepin

L'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin estime que le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État est à reprendre en totalité parce qu'il n'assure pas le respect de l'égalité entre les hommes et les femmes et ne définit pas ce qu'est cette neutralité. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, se dit prête à mieux définir ce concept, mais non à revoir l'entièreté du projet de loi.

Le projet de loi 62 énonce, entre autres, que les services publics doivent être offerts et reçus à visage découvert. Selon Mme Houda-Pepin, qui était entendue jeudi en commission parlementaire, cette mesure ouvre la porte au port du tchador (le grand voile noir qui laisse seulement voir le visage) dans la fonction publique.

L'ancienne élue dénonce le fait qu'il n'en soit pas fait mention dans le projet de loi et appelle le gouvernement à bannir explicitement le tchador de l'appareil étatique.

De plus, souligne-t-elle, un paragraphe du projet de loi permet des accommodements au cas par cas, ce qui, selon elle, permettrait dans certaines situations le port du voile intégral, comme la burqa.

« Le projet de loi 62 est à reprendre si vous voulez faire une œuvre utile. Pas pour le Parti libéral, le Parti québécois, la CAQ ou Québec solidaire, mais pour le Québec », a-t-elle dit.

Mme Houda-Pepin a fait plusieurs fois référence au projet de loi 491 sur la neutralité religieuse de l'État et la lutte contre l'intégrisme religieux qu'elle avait présenté en 2014, mais qui n'a jamais été adopté. Selon elle, le gouvernement devrait s'en inspirer, puisqu'il interdisait clairement le port du tchador, du niqab ou de la burqa par un membre du personnel de l'État.

Ces vêtements sont pour elle des symboles d'oppression des femmes et non des signes religieux. Le projet de loi 62 violerait donc l'égalité entre les hommes et les femmes, soutient-elle.

« Dans le projet de loi 491, c'était interdit parce que c'étaient des tenues dégradantes pour les femmes et que pour moi, le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est très important. C'est un droit fondamental », a-t-elle soutenu.

La ministre Vallée a répliqué que le projet de loi devait respecter les droits individuels et qu'une personne pourrait se voir privée de services si de telles interdictions étaient stipulées.

Mme Houda-Pepin a rétorqué qu'on lui avait servi « cet argument pendant des années ».

Mme Houda-Pepin voudrait aussi que la neutralité de l'État soit inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et non seulement dans une « loi ordinaire comme le projet de loi 62 ».

Au cours des échanges avec Mme Houda-Pepin, la ministre Vallée s'est dite ouverte à une meilleure définition du concept de neutralité religieuse de l'État. « Je comprends qu'il y aurait peut-être lieu de bonifier [le projet de loi] afin que le concept de neutralité soit bien interprété », a-t-elle dit.

Présente aussi en commission parlementaire, la députée caquiste Nathalie Roy a trouvé que les propos de Mme Houda-Pepin faisaient écho à la position de son parti. La CAQ craint que le tchador fasse son entrée dans les écoles de la province.

La ministre Vallée accuse quant à elle la Coalition avenir Québec de faire une campagne de peur.

« Des tchadors dans les écoles, il n'y en a pas! Il n'y en a pas! », a-t-elle dit plus tôt à l'Assemblée nationale.

Mme Houda-Pepin a été expulsée de l'aile parlementaire libérale par le premier ministre Philippe Couillard en janvier 2014, puisqu'elle était favorable à l'interdiction des signes religieux ostentatoires chez les juges, les policiers et les gardiens de prison, à l'encontre de la position du PLQ. Elle a été battue dans sa circonscription de La Pinière aux élections d'avril 2014, alors qu'elle s'était présentée comme indépendante face au libéral Gaétan Barrette.

Plus tôt dans la journée, les élus ont entendu le point de vue de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec. Les évêques sont d'accord avec la prestation des services publics à visage découvert. Ils sont aussi contre l'interdiction du port de signes religieux par les employés de l'État.

Les évêques voudraient toutefois que soit exprimé clairement dans le projet de loi que l'État doit « garantir, protéger et promouvoir l'exercice des libertés fondamentales dont font partie intégrante les libertés de conscience et de religion ».

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