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Le « Vive le Québec libre » du général de Gaulle a 50 ans

Les paroles prononcées ce soir-là, depuis le balcon de l'hôtel de ville de Montréal, ont créé ici une onde de choc et ont été entendues partout sur la planète. Vivement dénoncée par les fédéralistes, la déclaration a semé l'euphorie dans les rangs nationalistes. Retour sur un des moments forts de l'histoire récente du Québec.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Dans les heures qui ont suivi le fameux « Vive le Québec libre », certains ont cherché à nuancer les intentions du général de Gaulle. Mais ceux qui avaient suivi le président français ce jour-là n’étaient pas surpris par son coup d’éclat.

Viendra, viendra pas

Dans son livre La traversée du Colbert, l’auteur André Duchesne résume ainsi le contexte qui a mené à la visite du président français. En prévision des célébrations du centenaire de la Confédération et de l’Expo, le gouvernement canadien cherche à inviter au pays un maximum de chefs d’État. Charles de Gaulle est, à l’époque, un homme très populaire. Il attire les foules et Ottawa veut absolument l’inviter.

Mais le général n’avait pas du tout digéré certaines décisions prises par les autorités canadiennes. Leur refus de vendre de l’uranium à la France et leur désaccord sur les droits de pêche des habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon irritent le président français. Ce dernier affirme également ne pas avoir l’intention de souligner le centenaire d’un pays fondé à la suite d’une défaite de la France.

À l’inverse, de Gaulle entretient une profonde sympathie à l’égard du Québec. Lorsque le premier ministre québécois Daniel Johnson l’invite à son tour, le président français accepte sans hésiter.

De Gaulle traverse l’Atlantique en bateau

Lorsqu’un chef d’État se rend dans un autre pays, le protocole lui dicte de visiter d’abord la capitale. Une visite en avion aurait obligé le président français à atterrir à Ottawa. Pour contourner l’étiquette diplomatique, le gouvernement québécois propose au général de Gaulle de traverser l’Atlantique en bateau.

À bord du Colbert, un des plus importants navires de la marine française, de Gaulle ne peut remonter le fleuve au-delà de Québec; c'est un véritable pied de nez au gouvernement canadien. Conscient de la manœuvre, Ottawa offre tout un comité d’accueil au général.

Même à Québec, le quai est sous autorité fédérale. Ottawa y déploie tout un régiment de soldats de Sa Majesté la reine d’Angleterre vêtus de tuniques rouges et de casques en fourrure. Déjà, le ton est donné.

Le Chemin du Roy

Charles de Gaulle décide de parcourir le trajet vers Montréal en empruntant en décapotable le Chemin du Roy, une route financée par Louis XV quelques années avant la conquête britannique. À la demande de Québec, les organisateurs de la Société St-Jean-Baptiste s’assurent de lui réserver un accueil triomphal. Aux abords de la route, la foule est en liesse.

On va jusqu’à lui construire un immense arc de triomphe! Charles de Gaulle affirme d’ailleurs avoir ressenti, tout au long de sa route, « une atmosphère du même genre que celle de la Libération ». Le général est bien conscient qu’il y a au Québec l’émergence d’un mouvement indépendantiste. Entre Québec et Montréal, le président français multiplie les discours. Plus la journée avance, plus ses propos cherchent à faire vibrer les sentiments des nationalistes.

Sous la pluie à Donnacona, il parle du Québec comme d’un « pays en train de devenir maître de lui-même » et que le « peuple canadien-français ne doit dépendre que de lui-même ». Devant des centaines de personnes réunies à Louiseville, il évoque l’émergence d’une vague de renouveau, « une vague de volonté pour que le peuple français du Québec prenne en main ses destinées ». La foule acclame chacune de ses déclarations. Les discours sont retransmis en direct à la radio. Plus le cortège s’approche de Montréal, plus il y a de l’effervescence.

À son arrivée dans la métropole, ils sont plus de 10 000 à attendre le général de Gaulle. Le maire Drapeau ne veut surtout pas que le président fasse de vagues dans son hôtel de ville. Jean Drapeau va même faire débrancher le système de son situé au balcon. Une fois au deuxième étage, Charles de Gaulle remarque un micro sur sa gauche. Un technicien accepte de le rebrancher. La suite, on la connaît.

Le premier ministre canadien est furieux. Lors d’un point de presse, il qualifie « d’inacceptables » les déclarations du président français. Lester B. Pearson ajoute que « les Canadiens sont libres », qu’ils n’ont pas besoin d’être libérés.

Dans les jours qui suivent le « Vive le Québec libre », les chroniqueurs et les éditorialistes tenteront, tour à tour, d’interpréter à leur manière les paroles du général, d’en nuancer la signification. Mais il semble que lui savait très bien ce qu’il faisait.

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