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Le vol de l'année: comment Eeli Tolvanen a-t-il pu aboutir à Nashville?

BILLET - Vol de la décennie, ou cafouillage généralisé? L'histoire de l'attaquant finlandais Eeli Tolvanen, à qui les Predators de Nashville ont déroulé le tapis rouge jeudi dernier, risque de faire jaser très longtemps dans les coulisses de la LNH.

Sélectionné au 30e rang au dernier repêchage de la LNH, Eeli Tolvanen a rompu son contrat de la KHL et signé une entente digne d’une future superstar avec Nashville. Même si leur équipe occupe le premier rang de la LNH, les dirigeants des Predators ont inséré leur recrue au sein de leur premier trio dès son premier match, samedi, face aux Sabres de Buffalo.

Âgé de seulement 18 ans, Tolvanen a été le meilleur attaquant du dernier tournoi olympique. Son talent crève les yeux. La qualité de son tir se compare avec celle des meilleurs buteurs de la LNH. Sa vision du jeu se situe nettement au-dessus de la moyenne et il est capable de diriger la circulation en avantage numérique sans sourciller.

Eeli Tolvanen vient par ailleurs de compléter la meilleure saison de l’histoire de la KHL pour une recrue âgée de moins de 20 ans. Il a surpassé le record que détenait Evgeny Kuznetsov en inscrivant 19 buts et 17 passes (36 points) en 49 matchs dans l’uniforme du Jokerit de Helsinki.

Les Predators sont si fiers de leur coup qu’ils lui ont consenti le maximum prévu à la convention collective pour une recrue: un contrat de trois ans assorti d’un salaire annuel de 925 000 $ et de bonis pouvant totaliser 2,85 millions. Selon The Hockey News, Tolvanen est seulement le 24e joueur (depuis 2005) à maximiser toutes les clauses salariales de la convention collective à son premier contrat. Jusqu’ici, jamais un joueur sélectionné au 30e rang n’avait eu droit à de tels égards.

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En revenant de Pyeongchang, je me rappelle avoir eu une intéressante conversation avec un dirigeant d’équipe de la LNH au sujet de l’absence totale de jeunes joueurs au sein de l’équipe olympique canadienne.

« Si Tolvanen a été le meilleur joueur du tournoi, je ne peux croire que Martin Brodeur et Sean Burke n’auraient pu trouver deux, trois ou quatre jeunes qui auraient eu un impact important au sein de leur équipe », avais-je suggéré.

« Je peux te certifier qu’il n’y a aucun Canadien d’âge junior qui soit aussi talentueux que Tolvanen en ce moment », avait rétorqué mon interlocuteur, sans la moindre hésitation.

En raccrochant quelques minutes plus tard, je m’en voulais de ne pas lui avoir demandé à ce dirigeant pourquoi son club n’avait pas sélectionné Tolvanen, s’il le trouvait aussi extraordinaire.

Neuf mois après le repêchage 2017, la question (qui tue) demeure: pourquoi les 24 organisations de la LNH qui avaient accès à Eeli Tolvanen avant Nashville en première ronde l’ont-elles toutes ignoré?

On ne parle pas d’un joueur ayant émergé cinq ou six ans plus tard à la surprise générale. Le repêchage vient tout juste d’avoir lieu.

La centrale de recrutement de la LNH considérait Tolvanen comme le huitième meilleur espoir nord-américain (il évoluait chez les juniors à Sioux City dans la USHL). Les agences de recrutement privées et les experts le classaient entre le 7e et le 24e rang.

Les Golden Knights de Vegas disposaient de trois choix de première ronde, ils l’ont ignoré à chaque fois. Même chose pour les Flyers de Philadelphie, les Stars de Dallas et les Rangers de New York, qui avaient tous deux choix en banque au premier tour.

Parmi tous les joueurs sélectionnés au dernier repêchage, seuls les deux premiers appelés, Nico Hischier et Nolan Patrick ont joué régulièrement dans la LNH cette saison. Et voilà que Tolvanen débarque en grande pompe à Nashville pour le segment le plus crucial de l’année.

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Les recruteurs des Predators, dit-on, se pinçaient pour s’assurer qu’ils ne rêvaient pas lorsqu’ils ont constaté que Tolvanen était toujours disponible au moment de faire leur choix.

Selon différentes sources, incroyablement, l’attaquant finlandais a ainsi été boudé parce que son propre entraîneur chez les Musketeers de Sioux City, Jay Varady, tenait des propos très sévères à son endroit.

« Varady est un grand adepte des statistiques avancées. Il répétait à tout le monde que Tolvanen était atroce dans plusieurs types de statistiques avancées. Par la suite, le bruit s’est mis à courir que le jeune n’avait pu répondre aux standards d’admission de Boston College, où il était censé faire son entrée cette saison. Puis on s’est mis à questionner sa maturité à l’extérieur de la patinoire », raconte-t-on.

Vérification faite, Varady est le cofondateur de Bench Metrics, une firme qui se spécialise depuis quelques années dans l’analyse (par le truchement des statistiques avancées) des meilleurs espoirs en vue du repêchage de la LNH. Selon l’associé de Varady, Bench Metrics compte plusieurs équipes de la LNH parmi ses clients.

L’un dans l’autre, Tolvanen s’est mis à glisser, puis à glisser, puis à glisser encore durant la première ronde du repêchage. Et incroyablement, les Predators, dont le groupe de recruteurs figure parmi les plus performants de la ligue depuis plusieurs années, l’ont reçu sur un plateau d’argent.

Il est encore trop tôt pour déterminer quel genre de carrière Eeli Tolvanen connaîtra. Mais avouons que ça commence assez bien, merci!

Les équipes qui obtiennent peu de succès au repêchage amateur ont l’habitude d’arguer que prévoir l’évolution de la performance humaine est une science inexacte où les marges d’erreur sont importantes. C’est tout à fait vrai. Sauf que, étrangement, les décisions audacieuses et favorables semblent souvent se prendre au sein des mêmes organisations: à Tampa Bay, à Anaheim ou à Nashville.

C’est un phénomène extrêmement intéressant.

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