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Le vote des Noirs aux États-Unis, une bataille inachevée

Des milliers de Noirs de la Caroline du Nord ont bien failli ne pas avoir le droit de voter à l'élection présidentielle du 8 novembre. Pourtant, dans cet État clé, la course entre Hillary Clinton et Donald Trump est extrêmement serrée. Explications.

Un texte de Christian Latreille correspondant à Washington

Le révérend William Barber s'est battu pendant trois ans contre une loi des républicains au pouvoir qui visait à restreindre le droit de vote des Afro-Américains.

« L'État a dépensé 6 millions de dollars de nos impôts pour tenter de nous enlever notre droit de vote », affirme William Barber encore en colère contre cette tentative républicaine.

La loi 589, signée en 2013 par le gouverneur Pat McCrory, a été adoptée sous prétexte d'éliminer la fraude électorale.

Dans les faits, cette loi mettait en avant toute une série de critères comme l'élimination du vote le dimanche après la messe lorsque des Noirs vont voter, et l'obligation, entre autres, de montrer une carte d'identité avec photo. Une tentative de priver les démocrates du vote afro-américain qui leur est souvent acquis.

« Nos cartes d'identité, qui étaient valables sous Richard Nixon, Ronald Reagan et Georges Bush père, ont commencé à être illégales sous Obama? C'est très louche tout ça », déclare le pasteur et animateur de télévision Al Sharpton, qui a été de toutes les batailles depuis la lutte pour les droits civiques depuis les années 1960.

La Cour d'appel de la Caroline du Nord est du même avis. Le 29 juillet dernier, la loi 589 est infirmée dans un jugement accablant.

« La loi adoptée par les républicains », écrit l'un des trois juges, « cible les Noirs avec une précision presque chirurgicale. » Des courriels déposés en preuve démontrent que des employés de l'État ont comploté pour restreindre le vote des Afro-américains.

Carl Mischka, président du parti républicain en Caroline du Nord, affirme au contraire que la loi n'avait rien de discriminatoire, mais qu'elle visait seulement à réduire le nombre de fraudes. Un argument qui ne tient pas la route.

Selon une étude du Scholars Strategy Network réalisée entre 2000 et 2012, il n'y a eu que six cas de fraude électorale dans l'ensemble des États-Unis. Plusieurs autres analyses confirment que les entorses aux règles électorales sont quasi inexistantes tant en Caroline du Nord que partout ailleurs au pays.

C'est une décision de la Cour suprême des États-Unis, en 2013, qui a permis à ces États de modifier leurs lois électorales. La Cour a levé une disposition de la loi qui obligeait les États à obtenir la permission du gouvernement fédéral.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Une quinzaine d'États dirigés par des gouverneurs républicains ont tenté le même coup qu'en Caroline du Nord. Cette attaque frontale au droit de vote des Noirs américains a provoqué une mobilisation à travers les États-Unis.

La pièce de théâtre intitulée When Truth Is Not Enough, de l'auteure Susan Charlotte (à droite sur la photo), est présentée partout dans le pays. Elle a pour objectif de sensibiliser les Afro-Américains à l'importance de voter. C'est une riposte à l'affront de la droite républicaine.

Au sortir de la représentation à Washington, une dame s'exclame : « Ça fait des années que l'on se bat pour conserver notre droit de vote et rien ne semble avoir changé. »

Le combat pour le droit de voter a été violent aux États-Unis. Dans une église de la Caroline du Nord, le révérend Barber exhorte les paroissiens à l'importance de s'inscrire pour aller voter le 8 novembre. Il en a fallu de peu pour que plusieurs d'entre eux soient privés encore une fois d'un droit fondamental.

Les Noirs américains ne peuvent que constater que, plus de 50 ans après l'adoption du Voting Rights Act, leur droit de vote durement gagné demeure un acquis fragile.

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