La plus récente tentative du Congrès américain pour abroger et remplacer le programme d'assurance maladie Obamacare vient de se solder par un nouvel échec, en raison de l'incapacité des sénateurs républicains, pourtant majoritaires, de s'entendre sur le sujet.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a annoncé mardi après-midi qu'il repousse la tenue d’un vote à ce sujet à une date indéterminée. Jusque-là, il était plutôt question que le projet de loi du Sénat soit soumis au vote cette semaine.

M. McConnell assure qu'il demeure « optimiste » quant à l'avenir de ce projet de loi, qui vise à renverser en grande partie cette politique phare de l'ex-président Obama, adoptée il y a maintenant sept ans. Il a fait savoir que le président Donald Trump rencontrera les sénateurs républicains à la Maison-Blanche mardi après-midi.

Selon plusieurs médias américains, les républicains espèrent en fait s'entendre sur une nouvelle mouture du projet de loi d'ici vendredi. Les sénateurs pourraient ainsi y réfléchir pendant que les travaux font relâche, la semaine prochaine, afin que la nouvelle proposition puisse être soumise au vote dans la semaine du 10 juillet.

« Nous savons ce que chacun veut. Il ne nous reste plus qu'à faire fonctionner ça », a indiqué un haut responsable républicain à CNN.

Le calendrier législatif laisse cependant peu de place aux hésitations dans ce dossier. À compter du 10 juillet, les sénateurs auront 15 jours pour trouver une solution avant que les travaux ne soient ajournés pour l'été. Au retour de cette pause, le 5 septembre, les discussions politiques tourneront vraisemblablement autour du budget 2018, qui doit être adopté avant le 1er octobre.

La Maison-Blanche est demeurée avare de commentaires devant la tournure des événements. Une porte-parole, Sarah Huckabee Sanders, a assuré que le président Trump reste très engagé dans ce dossier.

« Pour nous, ça n'a jamais été une question d'échéance. Il faut la meilleure loi, celle qui aide le plus », a-t-elle déclaré à la presse.

Une proposition compromise dès le départ

Le projet de loi préparé par le Sénat semblait compromis dès son dévoilement, la semaine dernière. Il était contesté non seulement par l’ensemble des démocrates, mais aussi par un nombre suffisamment élevé de républicains, ultraconservateurs et modérés, pour empêcher son adoption.

Les mathématiques sont simples et sans appel : avec 52 sénateurs sur 100, les républicains ne peuvent se permettre d’avoir plus de trois défections dans leur rang s’ils veulent le faire adopter. Or, selon un décompte effectué mardi midi, au moins cinq sénateurs républicains s'y opposaient.

Ces opposants comprennent aussi bien des modérés, qui estiment que le projet de loi priverait trop d’Américains d'une couverture médicale, que des ultraconservateurs, qui jugent qu’il ne va pas assez loin et qu’il demeure trop coûteux pour les finances publiques.

D’autres sénateurs se trouvent aussi dans une situation politique délicate : ils doivent se représenter devant leurs électeurs en novembre 2018 et ces derniers ont parfois profité de mesures incluses dans l’Obamacare, dont celles qui ont permis l’expansion du programme Medicaid, destiné aux pauvres et aux handicapés.

Cette situation a donné lieu à d'ultimes négociations mardi. Confronté aux dissidents qui ont des récriminations bien différentes, M. McConnell en était quitte pour se livrer à un délicat numéro d’équilibriste qui se déroule sous haute pression. Il appert finalement qu'il n'est pas parvenu à résoudre la quadrature du cercle.

Les républicains déterminés à en finir avec l'Obamacare

L'affaire décevra sans aucun doute plusieurs ténors du Parti républicain, qui assuraient encore en début de journée que le projet de loi serait soumis au vote des sénateurs cette semaine, comme prévu.

« Nous nous attendons à avoir le soutien nécessaire pour le faire et, oui, nous voterons cette semaine », avait indiqué à NBC News le whip de la majorité républicaine, John Cornyn.

« Nous avons dit que si nous étions élus, nous abrogerions et remplacerions l'Obamacare. Nous l’avons fait à la Chambre. C’est au tour du Sénat et je pense qu’ils y arriveront » avait pour sa part affirmé à Fox News le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan.

Lundi, le Bureau du budget du Congrès, un organisme indépendant, a conclu que le projet de loi du Sénat priverait 23 millions d’Américains d’assurance maladie d’ici 2026. Il permettrait cependant de réduire le déficit du Trésor public de 321 milliards d’ici là.

La volonté d’abroger et remplacer l'Obamacare a déjà causé de nombreux maux de tête aux républicains. Après avoir échoué à s'entendre sur un premier projet de loi en mars, les républicains de la Chambre des représentants ont laborieusement approuvé une version finale en mai.

Le projet de loi préparé par le Sénat diffère cependant de celui adopté à la Chambre. S'il devait être approuvé, même ultérieurement, deux scénarios se présenteraient au Parti républicain : les élus de la Chambre pourraient voter sur le projet de loi approuvé au Sénat, ou les élus de deux chambres se réuniront pour des séances de conciliation afin de parvenir à une seule et unique version.

Ces scénarios, qui impliquent une nouvelle série de négociations, ne sont pas dénués d'écueils dans un cas comme dans l'autre.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine