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Leçons de plongée en accéléré pour les 13 jeunes prisonniers d'une grotte en Thaïlande

Le risque de pluies torrentielles s'accroît en Thaïlande, compromettant la survie des 13 jeunes coincés dans une grotte. Toutefois, il n'est pas « opportun » de tenter une opération de sauvetage en plongée parce que les jeunes n'y sont pas prêts, selon les autorités.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

« S'il pleut et que la situation n'est pas bonne, nous allons tenter de faire sortir les garçons », a affirmé vendredi Narongsak Osottanakor, gouverneur de la province de Chiang Rai située dans le nord du pays.

Cependant, le gouverneur affirme que « les garçons ne peuvent pas faire de plongée pour le moment ».

La situation, déjà inquiétante, est devenue dramatique vendredi quand un plongeur a perdu la vie dans la grotte de Tham Luang. La victime était pourtant expérimentée; Samarn Poonan avait appartenu à une unité d’élite de la marine thaïlandaise. Ce secouriste venait d’installer des réservoirs d’oxygène le long d’une voie de sortie potentielle pour les jeunes et leur entraîneur.

Cet accident fatal illustre l’extrême difficulté de rescaper ces jeunes Thaïlandais, prisonniers d’une grotte de plusieurs kilomètres de long depuis 13 jours. En pleine saison de la mousson en Thaïlande, de nouvelles pluies sont à craindre. Jour et nuit, des équipes de sauvetage s’activent dans l’éventualité où les jeunes doivent traverser une succession de trois galeries souterraines, par moments sous l’eau.

L’autre option consiste à trouver une voie d’accès depuis le sommet de la montagne et d’y forer un passage jusqu’à la chambre souterraine qui abrite le groupe. Mais cette possibilité ne semble pas réalisable actuellement.

Plongée extrême pour apprentis nageurs

Reste donc la mission de sauvetage en plongée.

Le problème, c'est que certains des enfants, âgés de 11 à 16 ans, ne savent pas nager. Or, il leur faudra se transformer en plongeurs, masque au visage et bonbonne d’oxygène fixée au corps… Et conserver leur calme dans cette odyssée hors du commun.

« Au début, nous pensions que les enfants pourraient rester longtemps. Mais la situation a changé, le temps est désormais limité », a déclaré vendredi le chef des commandos de marine, Apakorn Yookongkaew, qui est au coeur de la cellule de crise déployée pour sauver les jeunes.

« C’est probablement la pire histoire de personnes qui se sont perdues dans une grotte », affirme la Montréalaise Nathalie Lasselin, exploratrice et cinéaste du monde sous-marin depuis 15 ans.

Apprendre en catastrophe les rudiments de la plongée

Que doivent apprendre les adolescents et leur entraîneur pour s’extirper de leur prison rocheuse? À respirer dans cet indispensable appareil de plongée qu’est le détendeur, explique Nathalie Lasselin. Comme son nom l’indique, l’appareil détend le gaz qui était conservé sous pression dans une bouteille.

« S’ils consomment plus d’une bouteille, ils auront à changer de détendeur sous l’eau, suppose-t-elle, et ils ne doivent pas s’étouffer en le faisant. » La plongeuse spéléo dit avoir lu qu’un masque facial intégral sera fourni à chacun des jeunes, ce qui facilitera leur respiration.

Pour accéder aux enfants et à leur jeune entraîneur, le plus aguerri des plongeurs doit compter six heures. Et il lui faut revenir à la surface de la terre, ce qui nécessite un autre périple de cinq heures, celui-là un peu moins long grâce au courant. C’est justement sur le chemin du retour que le plongeur Samarn Poonan a perdu connaissance. Son camarade a tenté en vain de l’aider et de le ramener.

Malgré la gravité de la situation, Nathalie Lasselin s’encourage à l’idée que chaque membre du groupe sera encadré des meilleurs plongeurs au monde. Elle cite le Britannique Rick Stanton et d’autres plongeurs chevronnés qui sont parvenus lundi dernier à se frayer un chemin dans la grotte inondée, retrouvant ainsi les infortunés explorateurs. « Rick Stanton a une expérience incroyable », s’ébahit-elle.

Avancer sans effleurer les parois rocheuses

La plongeuse spéléo explique que, selon la topographie des lieux, les jeunes et leur entraîneur devront tantôt marcher, tantôt nager en se hissant sur une corde.

Normalement, un plongeur se propulse avec des palmes pour avancer plus vite, certes, mais aussi pour ne pas soulever de sédiments au sol. Dans ce cas-ci, avance Nathalie Lasselin, « ils vont forcément lever des sédiments, car on ne peut pas leur enseigner en quelques jours ce que font des plongeurs comptant des années d’expérience ».

Avec la profondeur vient la pression et les apprentis plongeurs apprendront aussi une technique simple pour ne pas abîmer leurs conduits auditifs.

La volonté de survivre comme principal atout

Chose surprenante, Nathalie Lasselin affirme qu’en plongée, il n’est pas forcément indispensable de savoir nager. « Preuve en est de gens qui ont une motricité réduite ou qui sont handicapés et qui font justement de la plongée pour flotter et se relaxer. ».

Évidemment ici, pas question de relaxation pour les joueurs de soccer et leur entraîneur. Optimiste, Mme Lasselin fait valoir que les enfants « sont comme des éponges ».

Nager pour survivre

Il peut paraître surprenant que les jeunes impliqués dans cette malheureuse histoire ne sachent pas nager, mais Ronald Hawkins, directeur de la Société de sauvetage du Québec, ne s'en étonne pas. Même au Québec et en Ontario, dit-il, quantité d'enfants ne savent pas nager.

De plus, il n'est pas rare que les enfants de familles nouvellement arrivées au Canada n'aient jamais mis les pieds à la piscine publique.

Depuis 2010, M. Hawkins promeut un programme, Nager pour survivre, qui vise à montrer aux jeunes comment se tirer d'affaire lorsqu'ils tombent malencontreusement à l'eau, que ce soit dans la partie profonde d'une piscine ou à partir d'une embarcation sur une rivière ou un lac.

Les raisons qui ont motivé les jeunes thaïlandais à s'aventurer avec leur entraîneur dans une grotte en pleine saison de la mousson demeurent obscures. « A posteriori, on peut dire que c'était mal avisé », affirme François Gélinas, président de la Société québécoise de spéléologie (SQS), qui préconise de s'informer des conditions météorologiques et de s'entourer de personnes expérimentées et bien équipées, avant toute expédition.

La SQS dispose d'un service de « spéléosecours » doté d'un numéro de téléphone d'urgence. Des secouristes de ce service sont déjà allés jusqu'au Mexique pour prêter main-forte à un membre de la Société qui avait fait une chute.

Sous la surface, de l'eau

L'exploration de grottes et de cavernes est une aventure qui ne s'improvise pas. Les formations rocheuses s'inscrivent dans des systèmes karstiques, décrit Nathalie Lasselin, et celui auquel font face les jeunes Thaïlandais en est un de « multi-syphons » : « il y a des endroits inondés auxquels se succèdent des endroits secs et ainsi de suite », dit-elle.

Or, qui dit eau dit vigilance. De l'avis de la cinéaste spéléo, la jeune équipe de soccer a fait preuve d'une réelle imprudence. « Mais bon, on est tous humains et on peut tous être la proie d'une telle mésaventure », dit-elle.

Et s'il y a un aspect positif dans cette histoire, c'est qu'elle montre les plongeurs spéléos sous un nouveau jour, selon la plongeuse cinéaste. Très souvent, ces passionnés font parler d'eux quand il leur arrive malheur. Cette fois-ci, on mise sur leur expertise pour sauver des vies, conclut-elle.

Ne pas perdre la foi

Vendredi, devant la presse, le commandant de marine Apakorn Yookongkaew a déclaré d’une voix tremblante que ses troupes ne perdaient pas foi en leur mission, même si leurs efforts ont coûté la vie à l’un des leurs.

Les niveaux d’oxygène décroissent dans la chambre où sont réfugiés les enfants et leur entraîneur. Un médecin est à leurs côtés pour surveiller leur état de santé.

Pendant ce temps, la pluie tombe par intermittence, ce qui complique l’opération de sauvetage des « Sangliers sauvages », le nom donné à cette équipe de soccer qui joue actuellement le match de sa vie.

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