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Légalisation du cannabis : le modèle de l’Ontario ne fait pas que des heureux

L'Ontario a été la première province à fixer ses règles du jeu en matière de légalisation du cannabis. Le gouvernement de Kathleen Wynn a décidé que la marijuana allait être vendue, comme l'alcool, par un monopole gouvernemental. Ce choix ne fait pas l'affaire de tout le monde.

Un texte de Michel Labrecque, à Désautels le dimanche

Le gouvernement de Justin Trudeau a laissé aux provinces le choix de déterminer les modalités de son projet de légaliser le cannabis récréatif. Qui va pouvoir en acheter, à partir de quel âge et qui pourra le vendre?

Le gouvernement ontarien a été le premier à répondre, par la voix de son procureur général (ministre de la Justice) Yasir Naqvi. Comme pour l’alcool, on pourra acheter la marijuana à partir de 19 ans. Et c’est la LCBO (Liquor Control Board of Ontario) qui va créer une entité séparée pour vendre le cannabis. 40 magasins seront créés au départ et leur nombre augmentera jusqu’à 150.

Le ministre Naqvi a lancé un avertissement très clair aux très nombreuses boutiques illégales qui ont pignon sur rue dans la province.

« Je vais être clair : tous les dispensaires de cannabis seront fermés. Si vous opérez un de ces établissements, considérez-vous en sursis. »

Une sous-culture du cannabis

Le problème auquel le gouvernement ontarien va faire face, c’est que ces « dispensaires » illégaux se comptent par dizaines juste à Toronto. Depuis la légalisation du cannabis médical, en 2014, c’est une véritable sous-culture qui a émergé dans la métropole canadienne.

Jamie Mcconnell est un de ces propriétaires de magasins illégaux. Des descentes de police, il en a vécues beaucoup… pour rouvrir un autre magasin quelques semaines plus tard. Quand vous lui parlez d’illégalité, il vous répond en parlant de désobéissance civile. « C’est nous qui avons permis la légalisation de la marijuana. Et maintenant, le gouvernement ontarien veut nous exclure », dit-il.

M. Mcconnell raconte avec fierté qu’il paie volontairement ses impôts, même si son activité est illégale. En fait, il aspire à devenir légal. Mais l’approche du gouvernement ontarien lui ferme la porte, ce qui ne sera pas forcément le cas en Colombie-Britannique, où il y a aussi une explosion de dispensaires illégaux, et où le gouvernement songe à en légaliser plusieurs.

Jamie Mcconnell ne veut pas dire où il prend son cannabis, mais soutient que ça n’a rien à voir avec le crime organisé. Comme beaucoup de gens de ce milieu, il dit vendre du « cannabis artisanal », l’équivalent des microbrasseries.

« Et je ne suis pas sûr que les gens vont aller aux magasins gouvernementaux, parce que nous, on a d’excellents conseillers et on vend un produit supérieur », dit-il.

Des appuis pour la stratégie ontarienne

Cela dit, quand on parle à des utilisateurs torontois de cannabis, plusieurs disent qu’il y a les bons dispensaires et les moins bons, où il ne faut surtout pas aller.

Une autre constatation : selon les sondages effectués dans le dernier mois, une majorité d’Ontariens appuient l’idée que la LCBO vende et distribue le cannabis.

Au fait, beaucoup de gens se demandent pourquoi l’Ontario n’a pas adopté un modèle mixte : public et privé. Une approche que le Québec et la Colombie-Britannique vont peut-être adopter, alors que l’Alberta prévoit opter uniquement pour le privé.

L’un des tenants du modèle mixte en Ontario est un des plus grands spécialistes des dépendances et de la toxicomanie au pays : le Dr Benedikt Fisher, du Centre des dépendances et de la santé mentale de l’Ontario.

« Je crois que l’Ontario gagnerait à légaliser certains dispensaires, pas tous, et qu’ils soient très réglementés », dit le Dr Fisher. Le risque de ne pas les inclure, selon lui, est que les clients de ces dispensaires boudent les nouveaux magasins gouvernementaux.

« Les gens vont dire : "Ce que vous proposez est trop stérile, trop artificiel, trop cher et pas attirant. Je ne vais pas y aller" », poursuit-il.

Benedikt Fisher va aussi à contre-courant d’une autre politique de l’Ontario. Il trouve tout à fait futile cette idée de séparer la vente de cannabis et d’alcool dans des magasins distincts.

« D’un point de vue de santé publique, rien ne prouve que de séparer les deux ne mène à moins de consommation conjointe », dit-il. En fait, selon lui, on pourrait développer une stratégie d’éducation beaucoup plus efficace si les deux substances étaient vendues dans un seul endroit.

Par ailleurs, il existe 62 producteurs légaux de cannabis médical au Canada. Le plus important, Canopy Growth, est basé en Ontario. Ici, on se prépare à une expansion massive en vue de la légalisation de la marijuana récréative.

Et que pense-t-on du modèle ontarien? « Peu importe le modèle, nous sommes prêts à fournir n’importe quelle structure », affirme Adam Greenblatt, responsable du développement de l’entreprise au Québec, rencontré dans une immense serre de l’entreprise à Niagara-on-the-Lake, en Ontario. Ce qui est un appui de taille pour le gouvernement ontarien.

Mais, si on poursuit la discussion, Adam Greenblatt finit par dire qu’un mélange public-privé-communautaire serait la solution idéale. Une proposition que l’entreprise a faite au gouvernement québécois dans le cadre de ses consultations.

La stratégie ontarienne ne s’est pas encore incarnée en projet de loi. Ce qui veut dire qu’il y aura des débats à Queen’s Park, la législature ontarienne, dans les prochaines semaines. Le Parti conservateur et le NPD n’ont pas fait connaître leur position. Le petit Trillium Party (1 député) veut pour sa part que le secteur privé prenne en charge la vente et distribution de cannabis.

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