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Les acériculteurs veulent mettre plus de sirop sur le marché

EXCLUSIF - La Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), qui avait demandé 2,35 millions d'entailles supplémentaires dès 2017 à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, a décidé de doubler sa demande à 5 millions d'entailles.

Un texte de Maxime Bertrand

Officiellement, le but de l'exercice est de suivre la croissance de la demande mondiale. Mais certains y voient aussi une approche visant à atténuer les tensions avec le gouvernement.

Le Québec produit un peu plus de 100 millions de livres de sirop d'érable chaque année. L'an dernier, les ventes de sirop aux marchés canadiens et à l'étranger ont affiché une croissance de 8 à 10 %.

Deux demandes, à deux semaines d'intervalle

Le 22 mars dernier, craignant une pénurie et voulant accroître ses parts de marché, la FPAQ a présenté à la Régie des marchés agricoles une demande de 2,35 millions d'entailles supplémentaires, ce qui équivaut à une hausse d'environ 5 % de la production.

« Ce qu'on a dit à la Régie des marchés agricoles c'est : "Dépêchez-vous de nous donner des entailles, on va prendre un marché" », déclarait alors la vice-présidente de la FPAQ, Paule Rouillard.

À peine deux semaines plus tard, la FPAQ est revenue à la charge. Dans un document déposé à la Régie la semaine dernière, et dont Radio-Canada a obtenu copie, la demande d'entailles est passée de 2,35 millions à 5 millions, soit une hausse de la production d'un peu plus de 10 %.

Un rapport qui veut changer la donne

Pour expliquer ce changement de dernière minute, des sources au gouvernement provincial avancent l'hypothèse que la FPAQ se repositionne dans la foulée du tollé provoqué par le rapport Gagné.

Ce rapport, rendu public en février dernier, est intitulé « Pour une industrie acéricole forte et compétitive ». Son auteur, Florent Gagné, remet en question le système de mise en marché du sirop d'érable et recommande l'abolition des quotas de production, faute de quoi, selon lui, le Québec risque de perdre 10 % des parts de marché.

Le rapport représente une pomme de discorde parmi les acériculteurs. De plus, il a été décrié par la Fédération, mais avalisé par le ministre de l'Agriculture du Québec, Pierre Paradis.

La FPAQ aurait donc décidé d'opter pour une autre tactique, celle d'une augmentation de la production.

Des chiffres que le ministre trouve « intéressants »

Une approche qui semble porter ses fruits, puisque dorénavant, le ministre Paradis voit d'un oeil favorable la hausse possible du nombre d'entailles à 5 millions et, par le fait même, de la production de sirop de 10 %.

« Je viens d'être informé que la FPAQ aurait augmenté à 5 millions au cours de la semaine passée sa demande à la Régie, indique Pierre Paradis. Donc, on commence à parler de chiffres qui sont intéressants pour maintenir et même reprendre certaines parts de marché. »

Ceux qui s'opposent au système en place croient que la nouvelle demande indique que la FPAQ veut à tout prix conserver sa mainmise sur l'industrie.

« Est-ce que les gens vont vraiment saisir qu'on parle d'un cartel? Parce qu'en fait, c'est ça », dit le président de l'Union paysanne, Benoit Girouard.

De son côté, l'auteur du rapport Gagné continue de croire qu'il faut abolir les quotas.

« Moi, c'est ma suggestion de libérer complètement le producteur de toute contrainte et de lui rendre le droit de produire, dit Florent Gagné. Je crois que le marché est capable d'absorber cette production qui, si nous ne la prenons pas, ce sont les Américains qui vont la prendre ».

Par sa nouvelle proposition, la FPAQ se défend d'avoir voulu plaire au gouvernement, ouvert à l'abolition des quotas. Elle dit plutôt tenir compte de la croissance de la demande en sirop d'érable. Elle devrait avoir une réponse de la Régie en juin.

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