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Les adultes Asperger, ces géants aux pieds d’argile

On les appelle autistes de haut niveau ou autistes savants. Car, pour une raison qu'on ignore, leurs capacités intellectuelles sont le plus souvent impressionnantes : mémoire encyclopédique, compréhension cristalline de la réalité. « On pourrait dire que ce sont des autistes manqués. »

« Comme si l’autisme n’avait pas réussi à subjuguer leurs capacités intellectuelles », résume le psychologue Normand Giroux. Mais cet important panache cognitif repose sur une fragilité toute particulière. S’ils sont plus performants que les gens « normaux » intellectuellement, les autistes Asperger sont des « handicapés émotifs ».

« Je suis une daltonienne de la vie », résume Anne-Marie Lacharité, 34 ans, qui travaille en design graphique à Montréal et qui vient de recevoir ce diagnostic. C'est une métaphore éloquente, comme ceux à qui la plupart des couleurs sont une abstraction, les autistes Asperger ne peuvent pas lire… les émotions.

En fait, si une personne neurotypique - ou « normale » - peut décoder jusqu’à 75 émotions, les personnes qui ont le syndrome d'Asperger sont limitées à 7. Il en résulte une difficulté à être, littéralement, dans le monde. Les autistes Asperger laissent souvent leurs interlocuteurs perplexes, car leurs réactions dues à leurs déficiences émotives produisent des réactions souvent incompréhensibles. Surtout que l’autiste Asperger, avec ses compétences cognitives, peut passer inaperçu : il est malade, mais on ne sait pas qu’il est malade, d’où l’étrangeté.

Par ailleurs, le syndrome d'Asperger génère beaucoup d’anxiété. Ces adultes autistes qui ont une vie « normale » ont toutefois d’autres traits caractéristiques de l’autisme : importance d’une routine à laquelle on ne peut déroger sous peine d’anxiété, troubles compulsifs, hypersensibilité sensorielle qui rend les contacts physiques difficiles et qui, à son paroxysme, s’apparente même à une phobie des contacts sociaux.

Normand Giroux, psychologue, s’est spécialisé il y a plus de 20 ans dans le domaine des autistes Asperger. Des adultes comme Anne-Marie, il en a vu beaucoup.

De plus en plus d’adultes en Occident reçoivent sur le tard la confirmation qu'ils sont autistes. Les femmes veulent souvent mettre enfin un mot sur leurs troubles à cause de leur descendance. « J’ai eu une dame de 68 ans venue chercher le diagnostic en me disant qu’elle savait qu’elle était autiste Asperger mais que son petit-fils de 8 ans venait d’être diagnostiqué et qu’elle voulait rassurer ses parents », raconte Normand Giroux.

On a d’ailleurs longtemps pensé que seuls les hommes étaient atteints du syndrome d’Asperger. On comprend maintenant que les femmes qui se situent sur le spectre ont plus de facilité à se camoufler, à « se mettre un masque de personne normale », comme le dit si bien Anne-Marie.

Les autistes Asperger vivent souvent des troubles associés à leur syndrome. Obsessions, compulsions, mais surtout de l’anxiété. « Ils ne possèdent pas d’amortisseurs émotionnels pour absorber les contrecoups des conjonctures et des événements. Ils analysent tout rationnellement et ça génère de l’anxiété », explique le psychologue.

Internet a beaucoup contribué à briser l’isolement des personnes souffrant du syndrome d'Asperger qui y trouvent de la littérature qui leur permet de se comprendre, mais aussi de créer des liens avec d’autres autistes Asperger. C'est ironique et sympathique à la fois dans la mesure où ces gens souffrent d’incapacité relationnelle: ils adorent les réseaux sociaux.

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