Je couvre un secteur où les hommes dominent outrageusement toutes les sphères d'activités. Les grands patrons sont 8 ou 9 fois sur 10 des hommes. Les conseils d'administration sont largement dominés par les hommes, à plus de 80 %. Certains conseils d'entreprises que vous connaissez bien ne comptent aucune femme autour de la table.

Un texte de Gérald Fillion

Les dirigeants les plus riches sont tous des hommes, à quelques exceptions près. Le monde des affaires est dominé par les hommes. Je ne vous dis pas qu'il n'y pas de femmes. Il y en a de très nombreuses, de très talentueuses, qui réussissent bien et qui se démarquent. Mais, les hommes ont les deux mains sur le volant, sur le portefeuille, sur le pouvoir.

Depuis 15 ans, je couvre l'économie. À chaque jour, sauf quelques exceptions, nos premières recherches d'invités pour notre émission RDI économie ou pour nos reportages nous mènent presque toujours à des hommes d'abord.

C'est vrai quand on cherche des gens d'affaires, c'est vrai quand on cherche des experts en économie, en fiscalité, en finance.

Il y a des brèches : la planification financière, par exemple, ou les organismes de protection des consommateurs ou des plus démunis. Mais, iI nous faut toujours pousser plus loin. ll nous faut faire un deuxième tour de piste, puis un troisième pour voir émerger des femmes.

La domination des hommes dans les sphères économiques n'est pas qu'en nombre, ce sont eux qui détiennent l'influence. C'est leurs noms qui apparaissent toujours en premier dans nos carnets de téléphone, nos recherches en ligne, partout.

Pour une Sophie Brochu, j'ai 15 hommes qui apparaissent dans mon écran. Je cherche une économiste ? Il y a Hélène Bégin chez Desjardins, puis Mia Homsy à l'Institut du Québec, qu'on a récemment découvert chez nous.

Il y a Ruth Rose, Dominique Vachon et la sénatrice (maintenant indépendante) Diane Bellemare. Mais à chaque fois que je trouve une femme économiste dans une institution, je suis passé à travers une liste de 10 ou 15 hommes.

Dans le cadre de notre émission Vocation : leader, nous avons interviewé 4 femmes et 4 hommes. Avant même de commencer la recherche, nous avons décidé d'établir cette égalité. Ce choix, nous le faisons souvent. Mais, dans le feu de l'action, au quotidien, dans notre flot d'information en continu, quand ça va vite, on n'y pense pas toujours.

J'ai réalisé, en faisant ces entrevues, que plusieurs femmes qui ont atteint des sommets n'ont pas d'enfant. Nous n'en n'avons pas parlé, c'est une question très personnelle. Mais, je l'ai constaté. Et je me demande si le bonheur d'avoir des enfants ne vient pas avec un sacrifice personnel pour les femmes, celui d'hypothéquer une partie de leur ambition.

Non, me répondront plusieurs ! Oui me diront d'autres, on touche une réalité. Je sais que chaque cas est personnel, je ne veux pas généraliser. Le niveau d'ambition n'est pas le même d'un être humain à l'autre.

Mais, après les entrevues que j'ai menées, je me demande s'il est possible pour une majorité de femmes d'avoir des enfants et d'atteindre des sommets dans leur vie professionnelle? C'est sûrement possible pour certaines, mais c'est loin d'être la norme. L'égalité avec les hommes, sur ce point, n'existe pas non plus.

Il y a de l'espoir, tout de même.

La veille de notre émission spéciale sur le commerce électronique à HEC Montréal, une dame m'a apostrophé sur Twitter pour me demander : combien de femmes à HEC, dites donc? On a vérifié. Or on y compte, croyez-le ou non, plus d'étudiantes aujourd'hui que d'étudiants dans cette école de gestion, d'administration, de dirigeants. N'est-ce pas encourageant ?

Serait-il possible qu'un jour, on lise ce petit texte, perdu dans le web, en se moquant de cette époque où on ne réalisait pas encore que les femmes avaient autant de talent, d'aptitudes, de compétences que les hommes ?

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