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Les agissements d'Harvey Weinstein étaient connus depuis plus de 20 ans

Les accusations de harcèlement sexuel et de viol pleuvent envers le producteur Harvey Weinstein depuis la semaine dernière. Cette situation était connue depuis plus de 20 ans dans l'industrie, selon les nombreux témoignages recueillis par les médias et publiés sur les réseaux sociaux.

Plusieurs médias auraient aussi été soumis aux pressions du puissant producteur et n'ont obtenu que récemment les témoignages des présumées victimes. Ronan Farrow, l'auteur de l'article du New Yorker, a dit qu'il avait d'abord proposé son sujet à la chaîne NBC, qui l'aurait refusé. « Pendant de nombreuses années, beaucoup de médias ont travaillé sur cette histoire et fait face à de très fortes pressions », a déclaré le fils de Mia Farrow et Woody Allen.

Plusieurs médias rapportent que le producteur s'est arrangé pour que rien ne sorte pendant des années grâce à une armée d'avocats et de spécialistes en relations publiques.

Une ancienne journaliste du New York Times, Sharon Waxman, a aussi accusé les acteurs Matt Damon et Russell Crowe d'être intervenus pour protéger et défendre Harvey Weinstein en 2004 lors d'une précédente enquête qui n'a jamais été publiée.

Interrogé par l'AFP, le New York Times a dit que personne « au Times n'a souvenir de décisions éditoriales prises concernant cette histoire », ajoutant qu'« en général, la seule raison pour laquelle un article ou une information ne serait pas diffusée tiendrait au fait qu'elle ne respecte pas les standards de publication ».

Janice Min, ancienne coprésidente et directrice éditoriale du magazine The Hollywood Reporter, a déclaré que le cas Harvey Weinstein était l'obsession des médias. Après la publication de l'enquête du New York Times, elle a tweeté : « Enfin, enfin, enfin ».

Janice Min a partagé la pétition de 2009 pour appuyer Roman Polanski, qui avait été arrêté en Suisse après une accusation d'agression sexuelle, en soulignant qu'il fallait regarder la liste des gros noms l'ayant signée. « Ceci explique le silence de nombreuses personnes à Hollywood dans l'affaire Weinstein. »

La semaine dernière, Roman Polanski a d'ailleurs été accusé de viol par une quatrième femme.

En 2015, lorsque les médias parlaient de la plainte déposée par la mannequin italienne Ambra Battilana Gutierrez contre Harvey Weinstein, la critique littéraire du New York Times Jennifer Senior a tweeté : « C'est un abject secret de polichinelle. À un moment donné, toutes les femmes qui ont peur de parler d'Harvey Weinstein vont devoir joindre leurs mains et sauter », écrivait-elle.

En 2013, Seth McFarlane avait fait une blague lors de l'annonce des cinq actrices nommées pour l'Oscar du meilleur second rôle féminin : « Félicitations [...], vous n'aurez plus besoin de faire semblant d'être attirées par Harvey Weinstein. » Dans la salle, les rires fusaient.

Dans un article, un journaliste de la revue française L'OBS, raconte son entrevue avec Harvey Weinstein qui a dérapé. On y souligne que le producteur venait de recevoir l'insigne de chevalier de la Légion d'honneur des mains de l'ancien président français Nicolas Sarkozy.

D'autres réactions et accusations

Après le déluge de réactions et de dénonciations mardi, d'autres sont venues mercredi. L'actrice française Léa Seydoux a déclaré à The Guardian avoir été agressée par le producteur. « Tout le monde savait ce que Harvey faisait et personne n'a rien fait. Il est incroyable qu'il ait pu agir comme ça pendant des décennies et garder sa carrière. C'est seulement possible parce qu'il a énormément de pouvoir », dénonce la comédienne. Le problème, toutefois, dépasse Harvey Weinstein, ajoute-t-elle, disant avoir reçu des avances sexuelles de réalisateurs avec qui elle travaillait.

La mannequin et actrice Cara Delevigne l'accuse de harcèlement dans une publication sur Instagram. Ces femmes s'ajoutent à une longue liste de victimes alléguées, dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Rosanna Arquette.

La prestigieuse Académie britannique du cinéma et de la télévision (BAFTA) a suspendu Harvey Weinstein. L'université de Buffalo, où le producteur a étudié, entend aussi lui enlever le diplôme honorifique octroyé en 2000.

Par ailleurs, sa femme, Georgina Chapman, a annoncé qu'elle le quittait dans une déclaration au magazine People. Ils sont mariés depuis 10 ans et ils ont deux enfants.

L'ancien président américain Barack Obama a aussi dénoncé le producteur, tout comme l'a fait avant lui Hillary Clinton. L'influent producteur était l'un des financiers du parti démocrate. « Tout homme qui se comporte de manière dégradante avec les femmes doit être condamné et rendu responsable de ses actes, quels que soient sa richesse et son statut », a déclaré Barack Obama dans un communiqué.

Après l'enquête du New York Times qui a révélé le harcèlement subi par plusieurs femmes depuis des années, les accusations de harcèlement et de viols se sont mises à pleuvoir contre le producteur.

Ceux qui gardent le silence

De nombreuses réactions dénonçant les allégations ne se sont pas fait attendre, de la part de collaborateurs et amis d'Harvey Weinstein. Mais le journal britannique The Guardian s'étonne du silence de plusieurs artistes américains qui auraient refusé de commenter.

« The Guardian a contacté plus de 20 hommes, acteurs et réalisateurs, qui ont travaillé avec le puissant producteur, dont certains ont des projets avec Harvey Weinstein. Ils ont tous refusé de commenter les allégations de harcèlement sexuel qui pèsent contre le producteur ou n'ont pas répondu à notre demande », peut-on lire dans un article sur le sujet.

On cite les noms des acteurs Ben Affleck, Matt Damon, Colin Firth, Bradley Cooper, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Russell Crowe, George Clooney et Ewan McGregor. Les réalisateurs Quentin Tarantino, David O Russell, Ryan Coogler, Tom Hooper, Lin-Manuel Miranda, Michael Moore, Rob Marshall, Robert Pulcini, Garth Davis, Doug McGrath, John Madden, Simon Curtis, Kevin Williamson, Martin Scorsese, John Hillcoat et John Wells.

Ben Affleck et Georges Clooney ont dénoncé les allégations dans d'autres médias ou par voie de communiqué. Leonardo DiCaprio a publié une déclaration mardi soir dans laquelle il ne nomme pas Harvey Weinstein : « Il n'y a aucune excuse pour le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles. Peu importe qui vous êtes et quel est votre emploi. »

Rose McGowan lance une pétition

Rose McGowan, l'une des actrices qui ont accusé le producteur, a lancé une pétition demandant la démission du conseil d'administration de la compagnie de production The Weinstein Company. Elle s'est aussi insurgée des déclarations de Ben Affleck en lui répondant sur Twitter. « Nom de Dieu, je lui avais pourtant dit d'arrêter de faire ça! Voilà la phrase que tu m'as dite. Tu mens. »

Elle a aussi tweeté : « Vous le saviez tous. »

Sur Twitter, deux personnes ont souligné que Ben Affleck devrait être discret, car il a touché les seins d'Hilarie Burton lors d'une émission. « Helas, tout le monde a oublié », écrit quelqu'un sur Twitter. « Je n'ai pas oublié », a répondu Hilarie Burton.

Mercredi après-midi, l'acteur s'est excusé de son attitude sur Twitter : « Je n'ai pas agi correctement avec Madame Burton et je m'en excuse sincèrement. »

L'un des plus gros scandales à Hollywood

Harvey Weinstein a été renvoyé dimanche de sa propre entreprise, The Weinstein Company, qui pourrait changer de nom. Avant que le conseil d'administration ne le pousse vers la sortie, il avait lui-même pris congé de l'entreprise.

M. Weinstein est un des hommes les plus puissants d'Hollywood depuis trois décennies. Il est notamment connu pour les films Fiction pulpeuse et Shakespeare et Juliette, pour lesquels il a remporté un Oscar. Il a lancé la carrière de plusieurs actrices et réalisateurs avec sa boîte de production Miramax, qu'il dirigeait en compagnie de son frère Bob Weinstein. Les deux frères ont lancé en 2005 l'entreprise The Weinstein Company.

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