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Les agriculteurs sauront-ils s'adapter aux changements climatiques?

Les changements climatiques annoncent un bouleversement important pour les régions plus froides du Québec comme le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. De nouvelles cultures jusqu'ici totalement absentes de ces régions, comme le maïs-grain et le soya, seront notamment possibles. Les producteurs sauront-ils s'adapter?

Un texte de Rachel Brillant de La semaine verte

Actuellement, le climat du Bas-Saint-Laurent est idéal pour la production de foin, qui est à la base de la ration alimentaire des vaches laitières. Le foin est composé de graminées et de légumineuses comme la luzerne. Cette plante fourragère représente plus de la moitié de la ration alimentaire de la vache.

Les températures fraîches assurent une bonne qualité des fourrages. Et une bonne couverture de neige procure à la luzerne une protection contre les gels. Or, avec les changements à venir, le climat de la région va se rapprocher de celui du sud du Québec, où le gel mortel des luzernières est déjà fréquent.

La luzerne qui subit un gel mortel ne repousse pas au printemps, ce qui représente d'importantes pertes pour les producteurs et les oblige à semer une céréale à la place, mais aussi à ajouter des engrais supplémentaires.

Toutefois, ces pertes pourraient être compensées par la vente hors ferme de nouvelles cultures plus payantes comme le maïs-grain et le soya.

Des récoltes plus rentables

En 2050, une saison plus longue permettra aux agriculteurs du Bas-Saint-Laurent des rendements de maïs-grain et de soya comparables à ce qui se récolte aujourd'hui dans le sud du Québec. 

En 2015, un hectare de fourrage rapporte en moyenne 830 $ en Montérégie, alors qu'un hectare de maïs-grain pas moins de 1700 $. Soit plus du double. Cette possibilité de réaliser des récoltes plus rentables pourrait avoir des conséquences sur le prix payé pour une terre en culture.

En 2014, un hectare de terre agricole se vendait :

  • 3100 $ dans le Bas-Saint-Laurent
  • 7800 $ dans le Centre-du-Québec
  • 22 600 $ en Montérégie-Est

Les cultures plus payantes comme le maïs-grain et le soya risquent donc de faire monter le prix des terres.

Les changements climatiques pourraient du coup accentuer la pression des grandes cultures vers le Centre-du-Québec et déloger les fermes laitières. Déjà, dans les basses-terres de la Montérégie, 80 % des pâturages ont disparu. L'hypothèse selon laquelle les fermes laitières s'éloignent lentement du centre vers les régions périphériques est posée.

Globalement, les régions de l'est du pays se situent au nord de la zone qui possède une importante capacité de production agricole. En 2050, pour le Québec et l'Ontario, les impacts des changements climatiques sur la culture du maïs-grain seront positifs en ce qui a trait aux coûts de production, aux superficies et aux rendements.

Cependant, les États américains de l'Iowa et de l'Illinois deviendront moins concurrentiels.

Trois petits degrés supplémentaires pourraient suffire à modifier la ration alimentaire des vaches, transformer les paysages cultivés et faire monter le prix des terres agricoles.

Des insectes ravageurs de culture

Une multitude d'insectes, d'acariens et d'araignées vivent dans les champs agricoles. Ils fécondent les fleurs, décomposent la matière organique ou se nourrissent des plantes cultivées. Le climat qui se réchauffe n'est pas une menace pour les insectes, car ils ont la capacité formidable de s'adapter : la température de leur corps varie avec la température extérieure.

Les ravageurs des cultures sont les plus inquiétants. Ils sévissent aux États-Unis et, peu à peu, traversent au Canada. Ils étaient confinés au sud du pays, ils s'étendent au nord. Plus d'insectes ravageurs est synonyme de plus de dégâts en agriculture.

Sous un climat plus chaud, les générations d'insectes ravageurs se renouvellent plus souvent et émergent plus tôt au printemps. La pression de ces insectes sur les cultures sera certainement plus forte, mais tant les agriculteurs que les chercheurs sont impuissants à décrire avec précision l'évolution des cultures sous un climat plus chaud.

Pour l'heure, des indices signalent un lien entre le réchauffement du climat et au moins cinq insectes ravageurs en terres agricoles cultivées :

1. Scarabée japonais

  • Ravageur des feuilles de plus de 250 espèces d'arbres, d'arbres à fruits, et de plantes maraîchères et ornementales.
  • Espèce introduite au Canada en Nouvelle-Écosse en 1939. Longtemps isolée dans le sud-ouest du Québec.
  • Elle est maintenant apparue dans les régions plus nordiques comme Trois-Rivières.

2. Carpocapse de la pomme

  • S'attaque principalement aux pommes. La larve creuse des galeries dans le fruit. Elle peut détruire 60 % de la récolte.
  • La population augmente si les gels extrêmes diminuent.
  • Complétait jusqu'ici une seule génération, mais au cours des dernières années, l'espèce a tendance à en faire une de plus.
  • Plus au sud, elle peut se reproduire jusqu'à quatre fois.

3. Le charançon de la carotte

  • Ravageur de la carotte, du panais et du céleri.
  • L'adulte perfore, déchire et grignote les feuilles du plant. Les larves se nourrissent des racines.
  • Véritable fléau dans les champs de carottes. La deuxième génération est de plus en plus présente dans les fermes maraîchères, la deuxième génération est la plus difficile à contrôler.

4. La mouche du chou

  • Ravageurs des choux, choux chinois, rapini, gaï-choi.
  • Ses larves se nourrissent des racines, parfois mêmes des tiges et du feuillage.
  • Les régions du sud du Québec sont actuellement à haut risque de propagation.
  • On note une augmentation du nombre de générations de cette mouche.

5. La pyrale du maïs

  • Ravageur très important du maïs-grain et du maïs sucré.
  • Les larves se nourrissent des parties aériennes du plant. Elle sont parfois même présentes sur les grains de l'épi, ce qui en fait un cauchemar pour les producteurs de maïs sucré.
  • La pyrale de race bivoltine, celle qui peut se reproduire deux fois, s'étend du sud-ouest du Québec vers Québec. Elle est maintenant présente à Montmagny.

En 2040, le climat de Saint-Hyacinthe sera l'équivalent des États américains de l'Indiana, de l'Ohio et de la Pennsylvanie. Là-bas, la pyrale réalise trois générations par année.

Des plantes envahissantes

Outre ces insectes, des plantes risquent aussi d'envahir les terres agricoles. La renouée du Japon, en pleine progression, en est un bel exemple. Elle pénètre en territoire agricole par les bandes riveraines du sud du Québec. Son invasion se fait dans l'indifférence générale, et ce, même si le phénomène est assez spectaculaire.

Les rives aménagées pour filtrer les rejets agricoles et consolider les berges sont maintenant dénaturées par sa prolifération récente.

Les biologistes se questionnent quant aux effets à venir de son acclimatation. Est-ce que la bande riveraine conservera ses propriétés filtrantes des polluants? Sera-t-elle plus ou moins sensible à l'érosion?

S'adapter pour faire face à l'avenir

Le Canada sera certainement moins frappé que d'autres régions du monde par les changements climatiques. Chose certaine, des provinces comme l'Ontario et le Québec profiteront d'une saison de production plus longue de certaines cultures. D'autres, par contre, bien adaptées aux conditions plus fraîches, devront s'adapter, sans quoi elles perdront du terrain.

En outre, les augmentations de rendements de plusieurs cultures importantes et le développement d'autres dans plusieurs régions du Québec constituent en soi un défi, puisque la valeur des terres augmentera, ce qui posera un obstacle en raison de la spéculation que cette nouvelle réalité créera.

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