Des Juifs ultraorthodoxes tournent le dos au monde religieux, mais le passage à la société laïque peut être un long chemin de Damas.

Un reportage de Danny Braün à Désautels le dimanche

Dans un mouvement de balancier, une quinzaine de jeunes hassidim argumentent sur la manière de manger le pain azyme préparé pour la Pessah, la Pâque juive. Ces jeunes Loubavitch venus de France veulent devenir rabbins. Et c'est dans une yeshiva de Montréal située dans Côte-Saint-Luc qu'ils consacrent leur journée à l'étude des textes religieux.

« Je suis ici depuis 7 h ce matin et ma journée se termine à 21 h. C'est long! » nous confie un jeune élève.

D'autres s'interrogent à savoir s'ils peuvent déposer un sachet de thé dans l'eau bouillante le jour du Sabbat, un geste qui pourrait être interprété par les ultraorthodoxes comme un acte de cuisson, une activité proscrite le septième jour de la semaine.

« On va à la synagogue le samedi matin. On n'a pas de temps libre. Les rabbins ont établi les règles. C'est ce que Dieu veut et il n'y a pas de place à la discussion. Le monde extérieur n'existe pas. Nous sommes le peuple choisi », se souvient Joey Yossi Tanny, qui a quitté la communauté Loubavitch il y a 17 ans.

Il fait partie de ces quelques Juifs ultraorthodoxes qui se sentaient trop à l'étroit chez les « pieux », les hassidim.

Sara Erenthal vit dans Brooklyn, à New York, à deux pas du quartier Williamsburg, où habite une des plus importantes communautés Satmar, les plus conservateurs des hassidim.

C'est un mariage arrangé qui lui a donné le courage de fuir sa communauté, raconte-t-elle. « Si je ne quittais pas à ce moment-là, j'aurais été coincée jusqu'à la fin de mes jours. »

Aujourd'hui, Sara est une artiste en art visuel, un peu bohème, dont les œuvres s'inspirent de sa vie actuelle, mais aussi de son passé hassidique.

« Ceux et celles qui quittent sont très peu nombreux. Ils n'ont plus beaucoup de liens avec la communauté. Ils sont morts pour nous », dit le rabbin Alex Werzberger de la Coalition des organisations hassidiques d'Outremont.

Sa communauté, les Satmar, est arrivée de Roumanie après la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd'hui, elle est la plus populeuse d'Outremont et représente, avec les autres groupes hassidiques, environ 25 000 personnes.

Cette rupture avec le monde ultraorthodoxe est ce qui a mené à la récente création du groupe Forward, qui vient en aide à ceux et celles qui quittent la communauté.

« Il y a des cas d'extrême nécessité chez ces jeunes. Il y en a qui ne savent pas où aller, qui se retrouvent à la rue, qui sont en détresse psychologique », dit Jessica Roda, une anthropologue qui fait partie de Forward.

S'ils sont peu nombreux à quitter la communauté, ils sont encore moins à garder un contact avec leur famille, qui partage peu d'intérêt et de points communs avec les Off of derech, ceux qui ont quitté le chemin.

Pour Abby Stein, qui a laissé sa communauté, les Vishnitz, après avoir affirmé son identité transgenre, trouver ses repères peut prendre un certain temps.

« Je fais le Sabbat. Je célèbre les fêtes religieuses quand je le souhaite et c'est bon comme ça. Il n'y a rien que je n'ai pas. Je ne retournerais pas en arrière. La cuisine me manque, mais, bon, quand ça arrive, je cuisine moi-même les plats juifs. »

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