En juin 1988, l'Assemblée nationale du Québec adoptait la loi sur l'aide aux victimes d'actes criminels. Dans la foulée, le premier CAVAC, ou centre d'aide aux victimes d'actes criminels, était créé.

Trente ans plus tard, plusieurs centaines de milliers de personnes ont pu bénéficier de l'expertise psychosociojudiciaire des intervenants d'un réseau qui compte 17 CAVAC dans l'ensemble du Québec. Ceux-ci offrent des services aux victimes, mais aussi aux proches et aux témoins.

Herbert Marx se souvient très bien de ce moment. L’ancien ministre de la Justice dans le Cabinet de Robert Bourassa est venu fêter le 30e anniversaire de ce qui est en quelque sorte son bébé. Même s’il tient absolument à nommer toute l’équipe qui l’a aidé en 1988.

« Monsieur Bourassa m'a dit : "Herb, fais ce que tu veux", et ça c’était mon premier dossier important. Je suis très fier », raconte-t-il.

Ce premier dossier d'importance, c'était le dépôt de la Loi sur l'aide aux victimes d’actes criminels.

Pour celui qui était ministre à l'époque, il s'agissait d'un dossier qu’il avait à cœur.

Juste après l’adoption de la loi, il a lancé le premier CAVAC à Québec.

« J’ai voulu ouvrir le premier, car je savais que quelques jours plus tard, je ne serai plus ministre », raconte-t-il avant d'éclater de rire.

Travailler en partenariat

En 30 ans, si le travail des intervenants a évolué, ce sont surtout la place des victimes et l'aide offerte qui ont changé, estime Kathleen Dufour, directrice générale du CAVAC Outaouais, qui travaille dans le réseau depuis 1997.

Les CAVAC ont donc tissé des liens avec des partenaires tels que des procureurs de la Couronne et des services de police pour améliorer l'efficacité des travaux du milieu de la justice.

Comme l'explique Vincent Richer, inspecteur en chef au Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et président du conseil d'administration du CAVAC Montréal, des intervenants des centres sont même installés dans divers postes de quartier, ce qui permet d'avoir des contacts à toute heure du jour ou de la nuit, y compris directement sur les lieux d'un acte criminel.

Transformations

L'an dernier, plus de 63 000 personnes ont eu recours aux services du réseau des CAVAC et de ses 300 professionnels. Des victimes dont le profil a changé, lui aussi.

« La victimologie et les services aux victimes s'adressaient essentiellement aux femmes victimes de violence conjugale et d'agressions sexuelles; il s'agit encore d'une grande partie de notre clientèle, mais on trouve aussi des crimes de cyberintimidation et de fraude sur Internet, sans compter que bien plus d'hommes [demandent de l'aide] maintenant », explique Jean-Thierry Popieul, intervenant et coordonnateur clinique du CAVAC Montréal.

Et grâce aux différents partenariats, les CAVAC ont réussi à rejoindre d'autres clientèles, comme les proches de personnes assassinées et les victimes de fraude, par exemple. Des gens dont, par le passé, on imaginait peu les séquelles émotives et psychologiques.

« Tout ce qui est aussi lié à la prostitution, au proxénétisme, à la traite de personnes, c'est une problématique dont on ne parlait pas ou très peu il y a quelques années; on voyait les travailleurs du sexe comme des gens qu'il fallait arrêter. Il y a eu changement de mentalité en la matière », poursuit M. Popieul.

Autre transformation, le CAVAC dispose depuis 2009 d'une équipe volante qui offre ses services chez les communautés cries de la baie James.

Comme l'explique Donald Nicholls, directeur du département de la Justice et des Services correctionnels, l'offre de services aux victimes est différente de celle dans le sud de la province, et s'est améliorée depuis une décennie.

Auparavant, indique-t-il, des services minimaux étaient offerts par des policiers ou des travailleurs sociaux.

Briser le silence

Si trouver le courage de rapporter un crime demeure difficile, la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, s'attend à ce que davantage de demandes soient déposées auprès des CAVAC.

Pour elle, les réalités sociales changent et les prochaines années seront chargées pour le réseau d'aide.

Avec les mouvements Et maintenant et Moi aussi, la ministre estime que des gens pourraient être poussés à dénoncer leur agresseur. De quoi faire grimper le nombre de victimes de violences sexuelles traitées par les CAVAC, qui viennent déjà en aide à 12 000 d'entre elles par année.

Avec les informations de Marie-Laure Josselin

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