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Les circonscriptions libérales, championnes du financement au Québec

Les circonscriptions détenues par des députés libéraux restent celles qui récoltent le plus de contributions de citoyens. Et celles où siègent des ministres récoltent en moyenne plus que les cibles établies par le Parti libéral du Québec. 

Un texte de Julie Dufresne

Même si l'on est loin des « ministres à 100 000 $ » de l'époque du gouvernement Charest, les circonscriptions libérales récoltent en moyenne le double des circonscriptions péquistes.

Radio-Canada a compilé les plus récents rapports financiers remis au Directeur général des élections du Québec (2014). Ces chiffres révèlent que la circonscription qui a récolté le plus important montant en termes de contributions, tous partis confondus, est celle de Westmount-Saint-Louis, où a été réélu le président de l'Assemblée nationale Jacques Chagnon. En tout, 490 donateurs ont donné un total de 55 224 $.

Vingt-trois circonscriptions libérales dominent le palmarès des coffres les plus remplis, dont celles de 15 membres du Conseil des ministres.

Pour regarder ce tableau sur la version mobile, cliquez ici.

Une question de revenus et de notoriété

Le revenu des électeurs dans leurs circonscriptions explique en bonne partie le positionnement des libéraux, selon le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Michel Nadeau.

Et si autant de ministres sont en tête de liste, c'est en grande partie une question de notoriété, estime le professeur de sciences politiques à l'Université Concordia, Guy Lachapelle.

« Un ministre est certainement plus impliqué. Évidemment on pourrait parler de la règle que monsieur Charest avait établie, le financement à 100 000 $. Est-ce que ça a joué dans le fait que certains députés-ministres ont réussi mieux que d'autres et ont fait plus de pression dans leur circonscription? Il faudrait voir. Il faudrait voir aussi les dépenses du gouvernement par circonscription. »

Les partis d'opposition

Étonnamment, c'est la circonscription de Manon Massé, de Québec solidaire, qui se hisse le plus haut parmi tous les députés de l'opposition. La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, en 24e position, a récolté 17 571 $ en 2014, devant la première péquiste Véronique Hivon, en 25e position avec 17 364 $.

André Lamontagne est le caquiste qui fait le mieux, en 35e position, dans Johnson, avec 15 405 $.

À noter que c'est la première fois que la Coalition avenir Québec accepte de divulguer ces montants. Le parti n'ayant pas d'instances locales, la CAQ ne remet pas au DGEQ des rapports financiers par circonscription, comme les autres partis. Elle dépose plutôt un rapport financier global. Le parti a fourni les revenus de chacun de ses « comités d'action locale », c'est-à-dire les contributions et les allocations reçues du parti par les différentes circonscriptions.

Les chefs

Autre surprise : le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, siège dans l'une des circonscriptions qui récoltent le moins de contributions. Trente-six donateurs ont versé un total de 1735 $ en 2014, plaçant St-Jérôme en 118e position sur 125.

Il faut dire que les péquistes récoltent en moyenne moitié moins que les libéraux. Selon nos calculs, les députés péquistes avaient reçu en moyenne 6937 $, contre 15 081 $ chez les députés libéraux. Chez les députés-ministres (libéraux, il va sans dire), la moyenne grimpe même à 17 123 $.

En comparaison, les députés caquistes et ceux de Québec solidaire ont reçu en moyenne respectivement 3860 $ et 10 188 $. Les chefs libéral et caquiste, pour leur part, se placent respectivement en 46e et 116e place.

Des changements à la loi bénéfiques, dit un ex-DGEQ

Depuis le changement à la loi sur le financement des partis politiques, en vigueur depuis 2013, les partis ne peuvent recevoir qu'une contribution populaire maximale de 100 $ par personne, 200 $ en année électorale - ce qui était le cas en 2014.

Dans une rare entrevue, l'ancien directeur général des élections, Marcel Blanchet, a indiqué qu'à son avis, ces chiffres sont la preuve que les changements à la loi ont porté leurs fruits, les sommes totales accumulées étant bien moindres. « D'après moi, le changement est majeur », a indiqué Marcel Blanchet.

M. Blanchet soutient qu'il connaissait les techniques utilisées. « On donnait un boni au rendement à la condition qu'il y avait une partie qui aille aux partis politiques, on faisait de la fausse facturation, des choses comme ça. Tout ça existait, mais comment en faire la preuve hors de tout doute raisonnable devant le tribunal? C'était ça le gros défi. »

Au lendemain de l'arrestation de Nathalie Normandeau par l'UPAC, Philippe Couillard a indiqué que, depuis qu'il est à la tête du Parti libéral, les ministres n'ont plus d'objectif plus élevé que les députés, comme c'était le cas sous le gouvernement Charest. À l'époque, ils devaient alors récolter 100 000 $ par année.

Radio-Canada a révélé mercredi que certains ministres devaient même viser la cible de 150 000 $. Le Parti libéral a confirmé que les cibles de toutes les circonscriptions sont passées à 15 000 $, puis entre 5000 $ et 10 000 $ depuis février dernier.

Au PQ, le chef a confirmé qu'elles variaient de 3000 $ à 25 000 $, selon la circonscription. À la CAQ, les 20 circonscriptions où siègent des députés doivent viser 5000 $. Seul Québec solidaire dit ne pas avoir d'objectif chiffré.

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