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Les conservateurs outrés par le sort réservé à « monsieur », « madame »

L'opposition officielle à Ottawa a qualifié « d'erreur » les nouvelles directives que doivent observer les employés de Service Canada qui aborderont désormais les clients par leur nom complet ou en leur demandant de « quelle façon ils préfèrent que l'on s'adresse à eux », plutôt que d'utiliser systématiquement les termes « monsieur » et « madame ».

Selon le ministre Jean-Yves Duclos, responsable de Service Canada, qui a réagi aux informations obtenues par Radio-Canada, les fonctionnaires peuvent ensuite utiliser les termes « monsieur » et « madame » si les clients le demandent. Mais lors de la première interaction avec les clients, ils doivent utiliser un langage neutre pour ce qui est du genre.

Pour le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, Alain Rayes, ces directives sont « ridicules ». « Est-ce qu’on va se mettre à dire aux gens qu’on va abolir la fête des Mères, la fête des Pères? Je pense qu’on s’en va sur un terrain qui est extrêmement dangereux », a-t-il commenté.

M. Rayes affirme que ces nouvelles règles mettent les fonctionnaires dans une situation « extrêmement délicate ». « Les fonctionnaires parlent à mots couverts, se cachent parce qu’ils ont peur de représailles. On voit bien qu’il y a un malaise qui s’est installé », dit-il.

Selon lui, au lieu « d’enlever », le gouvernement devrait essayer « d’ajouter » quelque chose pour les gens à qui les conversations genrées posent problème et qui « se sentent interpellés ».

Quant au député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, il se dit catégoriquement contre la nouvelle façon de faire de Service Canada.

« Je ne pense pas que les gens attendent ce genre de décision de la part du gouvernement, poursuit-il. Il y a tellement d’autres problèmes à régler au Canada. »

Le député québécois de Rivière-du-Nord, Rhéal Fortin, partage l’opinion de Gérard Deltell. « Si quelqu’un nous dit qu’il n’est pas monsieur ou madame, on va corriger. Mais de là à donner des directives, je pense qu’on exagère un peu », dit-il.

Selon lui, les directives de Service Canada proviennent d’« une rectitude qui n’a pas sa place ».

« J'ai presque envie de vous dire que je suis content de voir qu'ils n'ont pas de plus gros problèmes que ça chez Service Canada », ironise-t-il.

Et au Québec?

De son côté, la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, ne conteste pas le choix de Service Canada, et pense plutôt qu’il faut le « respecter ».

Mme Vallée indique que le Québec ne compte pas faire de même pour le moment, mais elle avoue toutefois que la province analyse actuellement les demandes de différents groupes, pour « s’adapter à la nouvelle réalité des familles québécoises ».

Elle souligne que les nouvelles directives données aux employés de Service Canada reflètent une demande de la communauté LGBTQ+.

Une question d’éducation

Selon Louise Langevin, avocate et professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval, la décision de Service Canada est cohérente, puisqu’elle ne fait que refléter les orientations prises par le gouvernement Trudeau.

« Il a dénoncé la discrimination que les personnes trans ou non binaires vivent, et il veut corriger la situation, entre autres en demandant à ses fonctionnaires d’être plus sensibles à la question de l’identité de genre », explique-t-elle.

Mme Langevin pense d’ailleurs que cette décision fédérale s’inscrit dans un courant de société. Elle souligne par exemple que les gouvernements utilisent de moins en moins le sexe comme critère d’identification.

« En matière de passeport, les citoyens canadiens peuvent maintenant choisir de ne pas identifier leur genre. […] Pensons aussi à la carte d’assurance maladie en Ontario et au permis de conduire en Ontario », énumère-t-elle.

« De la même façon, le droit de la famille, que ce soit au Québec ou dans d’autres provinces canadiennes, est en train de se désexualiser, dans la mesure où le mariage est pour tous, l’adoption est pour tous, la parentalité est pour tous », poursuit l’avocate.

Par ailleurs, Louise Langevin ne croit pas que ces nouvelles directives vont bannir la politesse ou enlever quoi que ce soit aux Canadiens.

« Un geste important », dit Gabrielle Bouchard

« Je pense que c'est un beau geste d'inclusion, mais c'est un geste qui va demander à plusieurs personnes de s'adapter », a pour sa part commenté à ICI RDI la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Gabrielle Bouchard, elle-même transgenre, en réaction au reportage de Radio-Canada.

Pour Gabrielle Bouchard, ce geste du gouvernement canadien n’en est pas un de rectitude politique, mais bien de respect.

« On parle d’interaction entre des fonctionnaires et la population canadienne. On parle de s’assurer que la première interaction, c’est un mouvement d’inclusion qui va permettre à tout le monde de se reconnaître », dit-elle.

Mme Bouchard explique que les nouvelles directives fédérales vont permettre de faire baisser le stress que peuvent vivre les personnes LGBTQ+ dans leurs rapports avec les fonctionnaires.

La présidente de la FFQ pense que cette nouvelle façon de faire va aussi permettre à la population canadienne d’avoir une réflexion sur les problèmes que vivent les personnes qui se heurtent à une catégorisation de genre dans laquelle elles ne se retrouvent pas.

« J’espère que l’ensemble de la population va participer positivement à ce changement-là », dit-elle.

Selon elle, il sera intéressant de voir « comment les gens vont se réapproprier la politesse », qui passe actuellement par l'intermédiaire des titres « monsieur » et « madame ».

« On va découvrir de nouvelles interactions qui vont rester dans la politesse, mais qui vont être faites autrement. Donc, ça va être une belle aventure », dit-elle.

Gabrielle Bouchard juge que ces changements ne sont pas insurmontables, et que la façon de s’adresser aux gens a changé au cours de l’histoire.

« On a eu à faire une adaptation lorsque nos mères ont dû faire le changement du nom de leur mari vers leur nom de fille », fait-elle valoir.

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