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Les Creep Catchers accusés de menacer ceux qui remettent leurs méthodes en question

Une femme de Red Deer en Alberta s'inquiète pour sa sécurité après avoir dénoncé le groupe Creep Catchers, une milice privée qui chasse les prédateurs d'enfants, à la police. Elle a affirmé que le groupe voulait se servir d'une adolescente de 14 ans comme appât pour coincer un possible prédateur.

« Je suis très ébranlée », dit la femme qui a demandé l'anonymat pour sa sécurité. « Comme Creep Catchers est très appuyé, j'ai peur de sortir de la maison », ajoute-t-elle.

Une autre femme et elle ont dit à CBC qu'elles avaient été menacées par des membres de Creep Catchers après avoir dénoncé leurs méthodes. La milice privée dément ces allégations.

Les membres de Creep Catchers prétendent être des adolescentes dans le but de piéger les prédateurs sexuels. Ils organisent des rendez-vous avec ceux qu'ils appâtent et les confrontent en filmant la rencontre. Ils placent ensuite la vidéo en ligne.

Le groupe a récemment été critiqué pour avoir faussement accusé un agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ainsi qu'un homme de Surrey en Colombie-Britannique d'être des prédateurs sexuels. Il s'est par la suite excusé. Creep Catchers a aussi été critiqué pour avoir publié en ligne une vidéo d'une femme souffrant de problèmes de santé mentale, qui s'est ensuite suicidée.

La femme de Red Deer dit qu'elle s'est jointe au groupe parce qu'elle voulait défendre les enfants et qu'elle croyait que c'était l'unique objectif du groupe. Elle affirme que son opinion a changé en juillet quand une cible du groupe a envoyé un message à une adolescente de 14 ans lui demandant si elle était célibataire.

Elle a voulu communiquer immédiatement avec les policiers, mais affirme que le président du groupe de Red Deer, Tahner Chinksi, lui a affirmé qu'il était trop tôt, parce que dans son profil l'adolescente avait écrit avoir dans la vingtaine. Il a souligné que rien d'illégal n'avait encore eu lieu et qu'il valait mieux laisser les échanges se poursuivre.

La femme de Red Deer dit qu'elle a répliqué qu'il ne fallait pas soumettre plus longtemps une enfant à un présumé prédateur et a menacé de communiquer elle-même avec la police. À ce moment, elle soutient que Tahner Chinski lui a répondu : « Fais ce que tu penses que tu as à faire. Moi je ne parlerai pas à la police jusqu'à ce que j'en aie la preuve et que je puisse le faire accuser, et elle lui parle déjà ».

Elle ajoute que le lendemain, le président lui a demandé de quitter le groupe. La femme dit qu'elle a immédiatement parlé aux policiers et a communiqué une deuxième fois avec eux quelques jours plus tard quand la disparition de l'adolescente a été annoncée.

La jeune fille a été retrouvée saine et sauve et il n'y a pas de preuves que sa disparition est liée au groupe Creep Catchers. L'adolescente n'a pas répondu à une demande d'entrevue.

La GRC de Red Deer a confirmé qu'une femme avait communiqué avec eux au sujet de la jeune disparue, mais affirme qu'aucune enquête n'est en cours relativement à cette affaire.

« Ce n'est pas du travail qui devrait être fait par des amateurs », a déclaré la caporale Karyn Kay. « Ils n'ont pas la formation ni les habiletés requises, ils pourraient mettre en péril des enquêtes policières en cours, et ils ne suivent certainement pas les lois qui entourent la vie privée et les procédures équitables. »

Pour sa part, Tahner Chinksi dément avoir eu l'intention de laisser l'adolescente communiquer avec le suspect. Il affirme qu'il avait plutôt l'intention de demander à l'adolescente si le suspect connaissait son âge véritable et de confronter ce dernier si c'était le cas. Tahner Chinksi dit avoir envoyé un message à l'adolescente et avoir laissé tomber le dossier quand celle-ci ne lui a pas répondu. Pour Tahner Chinksi, les allégations viennent d'une ex-bénévole mécontente qui tente de les dénigrer. 

La femme de Red Deer dit que le fondateur du groupe qui habite Calgary, Dawson Raymond, lui a laissé des messages vocaux menaçants.

Dans un des ces messages vocaux obtenus par CBC, Dawson Raymond déclare : « Cesse de nous emmerder, c'est bon? Cesse de médire contre Tahner. Cesse toute cette merde ou tu sais ce qui arrivera. Tu n'aimeras pas ça. C'est bon? Je ne fais pas de menaces du tout. Tout ce que je dis c'est que si tu continues à médire contre un de nos gars, eh bien, je suis certain que tu as vu ce qui arrive à ceux qui font ça. »

Dawson Raymon a refusé de commenter le dossier. « Je ne vais pas continuer à alimenter cette haine. Je m'en fous si vous êtes des journalistes, je m'en fous si c'est dans l'arène publique, je m'en fous de qui c'est, a-t-il dit, c'est ridicule. »

Une ancienne membre des Creep Catchers d'Edmonton dit avoir également fait l'objet de menaces après avoir dénoncé les méthodes du groupe. Elle dit que le président de son ancien groupe, John Deep, lui a envoyé des messages qu'elle qualifie de menaçants après qu'elle eut dénoncé la mise en ligne d'une vidéo de la rencontre d'un membre du groupe avec une femme souffrant de problèmes de santé mentale qui s'est ensuite suicidée.

Dans un message texte, John Deep lui écrit : « J'espère que tu recevras la visite de mon copain ce soir :) (C'est une bonne chose que je sache où tu habites, non?) »

« J'ai senti que ce n'était pas approprié », dit celle qui préfère aussi garder l'anonymat par mesure de sécurité. « Je suis une femme avec un enfant et je vis seule », note-t-elle.

John Deep soutient que le message n'était pas une menace et qu'il a été pris hors contexte. Il a refusé de préciser sa pensée et a demandé à ce que CBC cesse de communiquer avec lui.

Entre-temps, la femme de Red Deer a verrouillé ses comptes dans les médias sociaux et a modifié son nom sur Facebook pour se protéger. « J'ai peur des Creep Catchers et de ceux qui les appuient », lance-t-elle.

D'après le reportage de Sheena Goodyear

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